MAROC
19/01/2019 11h:05 CET

Au Danemark, partager la vidéo de l'assassinat au Maroc de la jeune Louisa pourrait être punissable

Beaucoup de Danois ont vu la vidéo, y compris des jeunes élèves.

Louisa Vesterager Jespersen
Louisa Vesterager Jespersen, touriste danoise de 24 ans, a été assassinée sauvagement à Imlil par des sympathisants de Daech, le 17 décembre 2018. 

DANEMARK - L’assassinat des deux touristes scandinaves à Imlil près de Marrakech, le 17 décembre dernier, continue de marquer les esprits en Norvège et au Danemark, d’où étaient originaires les deux jeunes femmes.

Alors que la vidéo du meurtre de l’une d’entre elles, Louisa Vesterager Jespersen, Danoise de 24 ans, par des sympathisants marocains de Daech a fait le tour de la toile au Danemark, la Justice danoise a décidé de mener une enquête pour savoir s’il était illégal - et donc punissable - de partager cette vidéo.

“La vidéo, qui est très violente, a été partagée et visionnée par un nombre important de personnes dans tout le pays, selon le procureur général”, a déclaré Kirsten Dyrman, procureure à Viborg (nord du Danemark) et chargée d’enquêter sur cette question. “L’accusation est d’avis que le partage d’une telle vidéo peut être punissable. Par conséquent, j’exhorte les gens à s’abstenir de le faire”, a ajouté la procureure, dont les propos ont été rapportés par les médias danois.

Prévention dans les écoles

Ces derniers jours, plusieurs médias ont notamment indiqué que de nombreux enfants et jeunes ont partagé ou vu la vidéo de l’assassinat. Ainsi, selon DR Nordjylland, des élèves de l’école Vejgård Østre Skole, dans la banlieue d’Aalborg au nord du Danemark, ont été convoqués par les responsables de l’établissement pour parler de ce sujet.

À Helsingor, une autre ville au nord-est du pays, la municipalité a envoyé un message aux directeurs d’établissements scolaires pour les encourager à faire de la prévention auprès des élèves et des parents pour éviter que la vidéo ne soit partagée. “Nous voulons vraiment que les parents à Helsingør et dans les environs entament un dialogue critique avec leurs enfants sur le partage de contenus en ligne”, a déclaré un responsable du département des services sociaux de la ville.

“Bien qu’il ne soit pas encore clair s’il est illégal de voir et de partager la vidéo, les spécialistes du Centre national contre la cybercriminalité (NC3) s’emploient avec acharnement à empêcher la diffusion de la vidéo”, rapporte l’agence de presse danoise Ritzau. “Nous avons fait et faisons toujours ce que nous pouvons pour empêcher la diffusion de cette horrible vidéo. Si vous recevez la vidéo, nous vous recommandons de la supprimer immédiatement”, a déclaré le chef du NC3, Claus Birkelyng.

Une blogueuse danoise épinglée

Le 20 décembre, l’auteure et blogueuse danoise Jaleh Tavakoli avait écrit un post sur Twitter, faisant référence à la vidéo montrant l’assassinat de la jeune fille. Elle avait ajouté le lien de la vidéo sur le réseau social Reddit (supprimé depuis). Un partage qui pourrait lui valoir une condamnation si les autorités judiciaires danoises en décident ainsi.

Interrogée par la chaîne danoise DR, la jeune femme, connue pour ses tribunes dans lesquelles elle critique souvent l’islam, ne regrette cependant pas d’avoir partagé la vidéo de l’assassinat, même si elle risque d’être punie. Selon elle, la rétention d’informations par les autorités danoises dans cette affaire serait même nuisible à la société.

“Les autorités ont intérêt à couvrir les affaires de terrorisme, pour que l’on n’en parle pas publiquement. Nous pensons que nous sommes en train de vaincre le terrorisme. Mais ce n’est tout simplement pas le cas. Nous devons pouvoir nous rapprocher de la réalité pour pouvoir en discuter”, explique-t-elle, estimant qu’il existe au Danemark “beaucoup d’histoires liées au terrorisme dont nous n’entendons pas parler”.

Selon plusieurs spécialistes du droit pénal interrogés par les médias danois, le partage de la vidéo pourrait constituer une infraction en vertu de l’article 264 du Code pénal. Selon le paragraphe, une personne peut être punie si elle transmet de manière injustifiée des messages ou des images concernant les affaires privées de quelqu’un d’autre.