MAROC
13/12/2018 09h:36 CET

Attaque de Strasbourg: la police française diffuse un appel à témoins pour retrouver le suspect

"Attention, individu dangereux, n'intervenez pas vous-même", prévient la police.

TERRORISME - Son identité est dévoilée et la police lance un appel à témoins. Chérif Chekatt, 29 ans et fiché S, est activement recherché par les forces de l’ordre après l’attaque du marché de Noël de Strasbourg, qui a fait trois morts.

“Attention, individu dangereux, n’intervenez pas vous-même. Contactez le 197”, avertit la police dans son appel diffusé sur les réseaux sociaux, décrivant un individu de 1,80 m, de “corpulence normale” et appelant toute personne en possession “d’informations permettant de le localiser” à prévenir les autorités.

À noter que le gouvernement a également mis un place une plateforme de signalement en ligne. Pour s’y rendre, il suffit de cliquer sur ce lien.

Capture du site du ministère de l'Intérieur.

Né à Strasbourg et fiché “S” (“sûreté de l’État”) pour sa radicalisation islamiste, ce jeune homme de 29 ans a un passé judiciaire très lourd avec déjà pas moins de 27 condamnations. Il est soupçonné d’avoir ouvert le feu mardi peu avant 20H00 dans des rues commerçantes du centre historique de Strasbourg, à quelques mètres du grand sapin du célèbre marché de Noël. Douze personnes ont également été blessées.

L’assaillant, doté d’une arme de poing et d’un couteau, a ensuite échangé des tirs avec les forces de l’ordre, qui l’ont blessé au bras. 720 membres des forces de l’ordre sont actuellement à sa recherche.

Selon le colonel Patrik Steiger, porte-parole de l’état-major des armées, une patrouille de l’opération Sentinelle, “alertée par les tirs”, s’est dirigée vers la place Kléber et “est tombée dans une rue adjacente, nez à nez ou presque, avec l’assaillant”. “Pris à partie par l’assaillant, les deux soldats de tête ont riposté, ce qui a provoqué sa fuite”.

“Trois personnes, des citoyens, ont tenté de l’interpeller. L’une d’elles a été blessée à coups de couteau”, a déclaré le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, parlant de “héros”. Dans des circonstances encore floues, l’assaillant a réussi à prendre un taxi pour se rendre dans le quartier du Neudorf, où a eu lieu un nouvel échange de tirs avec la police, avant qu’il ne disparaisse. Selon Le Parisien, Chérif Chekatt a déclaré au chauffeur de taxi qu’il voulait “venger ses frères morts en Syrie”. Ce même chauffeur a d’ailleurs été épargné après avoir dit à l’assaillant qu’il était un musulman pratiquant, affirme encore le quotidien.

Les autorités ont pensé un moment qu’il pouvait avoir passé la frontière et s’être réfugié à Kehl, juste de l’autre côté du Rhin, mais une intervention des polices française et allemande n’ont pas permis de retrouver sa trace.

Un très lourd passé judiciaire

“Au regard du lieu ciblé, du mode opératoire employé par l’assaillant, de son profil et des témoignages recueillis auprès de ceux qui l’ont entendu crier ‘Allah Akbar’, la section antiterroriste du parquet de Paris s’est saisie des faits”, a déclaré le procureur de la République de Paris, Rémy Heitz, lors d’une conférence de presse à Strasbourg. L’assaillant compte 67 antécédents judiciaires, dont 27 condamnations en France, en Allemagne et en Suisse pour des faits de droit commun.

“Il a déjà été incarcéré à de multiples reprises et était connu de l’administration pénitentiaire pour sa radicalisation et son attitude prosélyte en 2015”, a ajouté Rémy Heitz, confirmant qu’il était inscrit au Fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT) et faisait “l’objet d’un suivi de la DGSI”. Il devait être interpellé par les gendarmes mardi matin, dans le cadre d’une enquête de droit commun, quelques heures avant la fusillade donc, mais a échappé à cette arrestation.

Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour “assassinats, tentatives d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste et association de malfaiteurs terroriste criminelle”.

Les parents et deux frères de l’assaillant ont été placés en garde à vue, a-t-on appris de source proche du dossier, tandis que “plusieurs perquisitions” ont été réalisées dans la nuit de mardi et mercredi dans des lieux que le suspect est “susceptible de fréquenter”, a précisé Rémy Heitz.

Pour d’évidentes raisons de sécurité, le marché de Noël, qui attire chaque année deux millions de touristes, a été fermé mercredi et le restera jeudi. Le préfet estime que les conditions de sécurité ne sont pas encore suffisantes. Mais l’ensemble des équipements culturels et sportifs de la ville rouvriront. Un temps de prière œcuménique est prévu jeudi à 18h00 à la cathédrale de Strasbourg.

“Noël ne sera plus jamais comme avant”

Les victimes ont “entre 20 et 65 ans”, ce sont “des personnes en bonne santé, qui se promenaient”, a noté le professeur Pascal Bilbault, responsable du Samu et des urgences à Strasbourg.

“Heureusement quelques personnes ont eu des blessures légères, qui sont rentrées à domicile dès ce matin, d’autres vont rentrer dans peu de temps. Mais il y en a d’autres qui sont toujours dans les services de réanimation, pour lesquelles l’avenir se joue au jour le jour”, a-t-il ajouté.

“Il y a aujourd’hui deux morts, une 3e personne en état de mort cérébrale, et deux personnes dont le pronostic vital est engagé”, a ajouté la ministre de la Santé Agnès Buzyn, qui s’est rendue à l’hôpital de Hautepierre dans l’après-midi, où elle a rendu hommage au “travail remarquable des services de santé”.

Le Parlement européen, qui siège cette semaine à Strasbourg, a observé une minute de silence, de même que l’Assemblée nationale à Paris. “Noël ne sera plus jamais comme avant à Strasbourg”, a lancé devant l’Assemblée nationale le député La République en marche du Bas-Rhin, Bruno Struder, ému aux larmes et chaleureusement applaudi.

La Grande mosquée de Strasbourg a condamné un “acte infâme, lâche et barbare”.Sur la place Kléber, le coeur battant de Strasbourg, des passants ont commencé à rendre hommage aux victimes par des inscriptions “Je suis Strasbourg”, des bougies et pétales de roses.

Le gouvernement a porté le plan Vigipirate au plus haut niveau, “urgence attentat”, qui permet “la mobilisation exceptionnelle de moyens”. La France vit sous une menace terroriste élevée depuis la vague d’attentats jihadistes sans précédent, qui a fait 246 tués depuis 2015, jusqu’à l’attentat de Strasbourg ayant fait deux morts.

Cet article a initialement été publié sur le HuffPost France.