ALGÉRIE
13/09/2018 08h:55 CET | Actualisé 13/09/2018 09h:00 CET

Assassinat de Maurice Audin: Macron va reconnaître la responsabilité de l’Etat français

Archives

Le président français va reconnaître la responsabilité de l’Etat dans la mort de Maurice Audin, mathématicien communiste et militant de l’indépendance de l’Algérie, arrêté le 11 juin 1957 en pleine bataille d’Alger, torturé par l’armée française et disparu sans laisser de traces.

Selon le mathématicien et député LREM, Cédric Villani, dans un entretien à la radio de France Inter, Emmanuel Macron va annoncer solennellement cette décision cet après-midi, jeudi 13 septembre 2018, dans une visite à la famille.

“Le président de la République a (…) décidé qu’il était temps que la Nation accomplisse un travail de vérité sur ce sujet, va annoncer l’Elysée dans un texte qui doit être dévoilé jeudi 13 septembre. Il reconnaît, au nom de la République française, que Maurice Audin a été torturé puis exécuté ou torturé à mort par des militaires qui l’avaient arrêté à son domicile”, a-t-il fait savoir.

La reconnaissance de ce crime était attendue depuis 61 ans par les membres de la famille du mathématicien.

Le 18 juin 2014, François Hollande avait fait un premier pas en démentant la version officielle, selon laquelle Maurice Audin s’était évadé. Le président socialiste a reconnu qu’il était mort en détetion sans toutefois donner plus de détails.

Des décennies d’attente

Selon le quotidien Le Monde, Emmanuel Macron va également reconnaître officiellement que l’Etat a failli en permettant le recours à la torture lors de la guerre d’Algérie. “Si la mort de Maurice Audin est, en dernier ressort, le fait de quelques-uns, elle a néanmoins été rendue possible par un système légalement institué : le système “arrestation-détention”, mis en place à la faveur des pouvoirs spéciaux qui avaient été confiés par voie légale aux forces armées à cette période, explique l’Elysée.

En 1956, le Parlement français a voté une loi donnant carte blanche au gouvernement pour rétablir l’ordre en Algérie. La loi a permis l’adoption d’un décret qui autorise la délégation des pouvoirs de police à l’armée, lequel décret avait été mis en œuvre en 1957 par arrêté préfectoral, d’abord à Alger, puis dans toute l’Algérie.

C’est ce “système légalement institué qui a favorisé les disparitions et qui a permis la torture à des fins politiques”, estime le texte de l’Elysée.

Selon son entourage, la conviction de M. Macron était faite depuis longtemps sur l’affaire Audin. “Il y a peu de cas où la version officielle est aussi éloignée de la vérité historique”, estime un conseiller.

Lors de la campagne présidentielle, le candidat d’En marche ! avait eu une première longue conversation avec Mme Audin, par l’intermédiaire du mathématicien Cédric Villani, proche des enfants de Maurice Audin (deux sont mathématiciens), aujourd’hui député (La République en marche) de l’Essonne.

Plusieurs membres de la famille Audin avaient ensuite été reçus à l’Elysée en février et l’ont été à nouveau le 10 septembre.

Cette reconnaissance par le président français répondra aux exigences de plusieurs associations, qui réclamaient ce geste depuis des dizaines d’années. 

Cédric Villani, qui préside également le jury du prix Maurice-Audin, décerné chaque année à deux mathématiciens, l’un français et l’autre algérien, a exprimé son “soulagement”. “C’est un moment historique, l’accomplissement d’une démarche qui permet enfin à la France de regarder en face une partie de son histoire”. 

Le 31 mai dernier, rappelle-t-on, plus d’une cinquantaine de personnalités, historiens, politiques, juristes, journalistes et cinéastes, ont demandé au président Emmanuel Macron de reconnaître la responsabilité de l’Etat français dans l’assassinat de Maurice Audin.

En juin, l’association Maurice-Audin tenait un rassemblement à Paris pour exiger la reconnaissance officielle de l’assassinat du militant pour la cause algérienne. 

D’autres personnalités appellent désormais le président français à reconnaître les autres crimes coloniaux de la France, tels les massacres du 8 mai 1945 ou la répression meurtrière du 17 octobre 1961.

 Le 11 juin 1957, pendant la bataille d’Alger, Maurice Audin, mathématicien communiste de 25 ans, était arrêté par les parachutistes du général Massu devant sa famille, avant d’être torturé. 

Le jeune assistant à la faculté d’Alger n’en est jamais revenu, et l’armée française a fait disparaître son corps», ont rappelé les signataires du lettre ouverte adressée au président Macron, soulignant que tous ceux qui ont travaillé sur cette affaire» ont établi que Maurice Audin avait été torturé et assassiné par l’armée française, agissant dans le cadre des pouvoirs spéciaux votés par le pouvoir politique.