MAROC
10/04/2015 12h:26 CET

Art et patrimoine: 7 artistes français et marocains exposent dans les espaces publics du royaume

Institut français du Maroc
Art et patrimoine: 7 artistes français et marocains exposent dans les espaces publics du royaume

ART CONTEMPORAIN - "Renouveler le regard que nous portons sur les sites emblématiques du patrimoine marocain, en y installant des objets artistiques", c’est l’objectif de l’opération "Art et Patrimoine", lancée officiellement mercredi 8 avril à Casablanca. En tout, sept artistes français et marocains s’approprient un élément du patrimoine dans une des dix villes du royaume, pour y ajouter leur propre composition artistique. Travail sonore pour Younes Baba-Ali à la Citerne de la cité portugaise d’Al-Jadida, travail sur la lumière pour Mounir Fatmi à la prison Kara de Meknès, ou oeuvre audiovisuelle d’Yto Berrada au marché du Grand Socco de Tanger. A Casablanca, c’est Daniel Buren qui s’empare du jardin du Sacré-Coeur. Son oeuvre y sera dévoilée samedi 11 avril. Rencontre avec l’artiste.

DANIEL BUREN - né à Paris en 1938

Incisif, critique, engagé, le travail de Buren, continuellement développé et diversifié, suscite toujours commentaires, admiration et polémique. En 1986 est réalisée sa commande publique la plus célèbre, Les Deux Plateaux, pour la cour d’honneur du Palais-Royal à Paris. La même année, il représente la France à la Biennale de Venise et remporte le Lion d’or. Ses interventions in situ jouent sur les points de vue, les espaces, les couleurs, la lumière, le mouvement, l’environnement, la découpe ou la projection, assumant leur pouvoir décoratif ou transformant radicalement les lieux, mais surtout interrogeant les passants et spectateurs. Parmi ses interventions les plus importantes, on peut citer "l’œil du cyclone" au Guggenheim de New-York en 2005, "la Coupure" au Musée Picasso en 2009 ou sa participation à Monumenta au Grand Palais en 2012.

Daniel Buren devant son travail dans les jardins du Sacré-Coeur/2015

HuffPost Maroc: Comment avez vous choisi le site sur lequel vous avez travaillé?

Il y a quelques mois, on m’a d’abord proposé un lieu tout à fait formidable qui est l’église du Sacré-Coeur de Casablanca. C’est un lieu qui est déjà beau en lui-même, et j’envisageais donc très difficilement la possibilité de venir ajouter quoi que ce soit, ou de transformer quoi que ce soit dans ce lieu. Après avoir vu beaucoup d’endroits différents, je suis revenu à une petite chose qu’on avait vu au tout début, puisque c’est à côté de l’église. Il y a deux espèces d’arcades, parallèles, qui encadrent un chemin au milieu du parc, et ça me semblait être quelque chose d’intéressant à utiliser. En réalité, ces arcades étaient enterrées, elles appartenaient à une prison, et elles ont été déterrées pour venir créer ce décor dans le parc. Donc on est en face de quelque chose qui fait partie d’un patrimoine, mais ce patrimoine était caché, et il n’a plus aucun rapport avec son origine. Un peu comme les fausses ruines qu’on voyait souvent dans les jardins du XIXème siècle, à Paris ou à New York.

Vous avez prolongé ces arcades de vos propres constructions, comment faut-il regarder votre travail?

J’ai reconstruit trois arcades perpendiculaires aux arcades d’origine, et parallèles les unes aux autres, il y a un jeu entre trois couleurs différentes, et sur l’autre côté, il y a le même jeu avec encore trois couleurs différentes. Ce qui veut dire que, comme d’ailleurs dans tout ce que je fais, il faut bouger. Il faut voir en marchant, ou en montant, ou en descendant… Ici, on marche, on peut tourner autour, passer sous les arcades, et quand on est d’un côté ou de l’autre, on n’a pas du tout la même impression étant donné le jeu créé par les couleurs et leurs dispositions.

"D'une arche aux autres" - travail in situ, jardins du Sacré-Coeur/2015

Cette oeuvre est-elle représentative de la manière dont vous avez appréhendé Casablanca?

Je n’ai aucune prétention de traiter Casablanca, plus que Paris ou n’importe ou… C’est dans un lieu très petit de la ville, un lieu de promenade, une sorte de poumon au milieu de la ville. Cette ambiance là, elle est particulière, et elle ne fait que donner un point au milieu de milliers d’autres points qui forment la ville. Ce n’est pas quelque chose qui veut dire quoi que ce soit sur la ville.

Vous prolongez des arcades qui étaient celles de l’ancienne prison portugaise d’Anfa, doit-on y voir un message?

Pour être un peu sec, je dirais que je n’ai jamais aucun message à donner. Maintenant, quand vous faites quelque chose, les gens vont réagir, et c’est ça qui va déterminer si l’oeuvre fonctionne bien, ou pas. Parce que dans un lieu public, si tout le monde est agressé, ça ne fonctionne pas… Appeler un artiste pour faire quelque chose dehors en agressant des gens qui sont déjà agressés toute la journée, ça ne vaut pas la peine… Maintenant, s’il en ressort un message, c’est peut-être qu’il y en avait un que je n’avais même pas vu. Mais moi je n’en délivre pas. Si je portais un message, cela voudrait dire que je sais comment le public doit réagir, et ce n’est pas ma façon de travailler.

Galerie photo Les 6 autres artistes de l'opération "Art et Patrimoine" Voyez les images
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