TUNISIE
29/03/2019 13h:22 CET

Arrestation obscure de Moncef Kartas, expert onusien disparu à son arrivé à l'aéroport Tunis-Carthage

Détenteur d'un passeport diplomatique, son arrestation constitue une violation de la Convention sur les privilèges et immunités des Nations Unies de 1946.

Linkedin / Moncef Kartas

Moncef Kartas, diplomate chercheur en conflits, sécurité et développement auprès des Nations Unies à Genève, et chargé de préparer un rapport sur le trafic d’armes à la frontière tuniso-libyenne, a été arrêté à son arrivée le 26 mars à l’aéroport Tunis-Carthage, a déclaré au HuffPost Tunisie un porte-parole de l’ONU.

“Nous savons que Monsieur Moncef Kartas, membre du groupe d’experts du comité des sanctions contre la Libye, a été arrêté à son arrivée à Tunis le 26 mars. Il reste en détention.

Nous sommes en contact avec les autorités tunisiennes pour connaître les raisons de son arrestation et de sa détention ainsi que les conditions dans lesquelles il est détenu. Les experts en mission pour les Nations Unies, comme Monsieur Kartas, sont couverts par la Convention sur les privilèges et immunités des Nations Unies.” - Porte-parole aux Nations Unies

Une affaire d’espionnage?

Tout comme les Nations Unies, personne ne connait vraiment les motifs de son arrestation, car du côté des autorités tunisiennes, c’est le silence radio depuis trois jours.

Aucune explication n’a été jusque là fournie par le gouvernement, d’autant plus que Moncef Kartas est détenteur d’un passeport diplomatique. Son arrestation constitue donc une violation de la Convention sur les privilèges et immunités des Nations Unies de 1946.

Le ministère de l’Intérieur a pour sa part publié un communiqué dans lequel il ne cite pas le nom de l’expert onusien, mais déclare que dans le cadre d’une opération de renseignement lancée depuis 2018, deux Tunisiens ont été arrêtés pour soupçons d’intelligence avec des parties étrangères.

Ces soupçons d’espionnage ont été d’ailleurs avancées dans un article du journaliste Nicolas Beau publié sur le journal Monde Afrique, qui évoque une implication de Kartas dans un réseau d’espionnage, mais que ces accusations demeurent selon lui infondées.

“Un certain nombre de documents secrets contenant des données précises et sensibles ont été également saisis, ainsi que des équipements techniques utilisés dans notre pays, susceptibles de compromettre la sécurité nationale, et pouvant être utilisés pour brouiller et intercepter les communications” note le ministère de l’Intérieur, toujours sans aucune précision quant à l’identité des individus arrêtés.

Les affirmations médiatiques reposent, elles, sur les déclarations de sources sécuritaires anonymes. D’après Univers News, Kartas aurait été interpellé par “une douzaines d’agents en tenue civile qui s’étaient présenté comme étant des agents des services de sécurité”. Il serait actuellement entre les mains de la Brigade antiterroriste d’El Gorjani.

Toujours selon la même source, qui est d’ailleurs à l’origine de l’information, Kartas aurait été placé en détention par le procureur de la République Béchir Akremi.

Des révélations dérangeantes?

Selon MondeAfrique, Kartas se rendait à Tunis pour présenter son rapport sur le trafic d’armes entre la Tunisie et la Libye à l’occasion du Sommet arabe, et que celui-ci accuseraient Ennahdha, le Qatar, et la Turquie d’avoir violé le blocus sur les armes en Libye imposé par le Conseil de sécurité des Nations Unies.

La même source affirme que Kartas entretiendrait une relation amicale étroite avec la chancelière allemande Angela Merkel.

Cette affaire menacerait selon Nicolas Beau la candidature de la Tunisie pour siéger au Conseil de Sécurité des Nations Unies.

Indignation sur le net

Sur la toile, les voix se sont élevées contre le flou qui entoure cette arrestation, et demandent à ce que le gouvernement se manifeste pour expliquer la ou les raisons.

“Deux jours de détention? Toujours pas de nouvelles des accusations portées contre Moncef Kartas, ancien coordinateur des activités nord-africaines pour Small Arms Survey en Suisse, muni d’un passeport diplomatique en tant que membre du groupe d’experts de l’ONU surveillant l’embargo sur les armes imposé à la Libye. Cela se passe en Tunisie”

“C’est très grave, Moncef Kartas, membre du groupe d’experts de l’ONU sur l’embargo sur les armes imposé à la Libye par le Conseil de sécurité a été arrêté lors de son arrivée à Tunis le 26 mars, et est porté disparu depuis. Le bureau de l’ONU à Tunis demande des explications”

 

La directrice de Human Rights Watch MENA, Sarah Leah Whitson a dénoncé l’arrestation de Kartas, appelant à une explication immédiate de la part des autorités. “Les autorités tunisiennes doivent relâcher immédiatement Monsieur Kartas, ou au moins, lui donner accès à un avocat” a-t-elle noté.

Contacté par le HuffPost Tunisie, aucune source officielle ni au ministère de l’Intérieur, ni au ministère des Affaires étrangères n’a souhaité s’exprimer sur le sujet.

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