MAROC
03/09/2019 16h:18 CET | Actualisé 11/09/2019 10h:43 CET

Arrestation de la journaliste Hajar Raissouni accusée "d'avortement illégal"

Sur la toile, plusieurs anonymes et personnalités ont défendu la journaliste d'Akhbar Al Yaoum.

Facebook/Hajar Raissouni
Hajar Raissouni

SOCIÉTÉ - Une histoire qui fait couler beaucoup d’encre. La journaliste marocaine Hajar Raissouni, officiant dans le journal arabophone Akhbar Al Yaoum, a été arrêtée samedi soir à Rabat et a comparu lundi devant le procureur du roi.

Selon ChoufTV, site ayant révélé l’information, cette dernière aurait été interpellée par la police samedi dans un cabinet de gynécologie de la capitale, “en flagrant délit avec son fiancé, un gynécologue, un anesthésiste et un infirmier”. La journaliste serait suspectée de “relations sexuelles illégales ayant entraîné une grossesse et un avortement illégal”.

Récit contesté 

Des faits réfutés par les premiers concernés lors leur passage devant un tribunal de Rabat ce lundi 2 septembre. Comme le rapporteAlYaoum24, média en ligne appartenant à Akhbar Al Yaoum, le gynécologue aurait déclaré devant le juge que la journaliste a été victime d’une hémorragie nécessitant une opération immédiate: “Nous n’avons effectué aucun avortement. J’ai procédé à une intervention urgente”, rapporte le site arabophone.

Des faits confirmés par la jeune femme, rapporte la même source. Cette dernière, selon les dires d’AlYaoum24, se serait présentée devant le juge dans un état affaibli, ayant du mal à se tenir debout.

Elle a notamment déclaré au tribunal être mariée religieusement à son fiancé, un professeur universitaire de nationalité soudanaise, et attendre des documents de l’ambassade du Soudan pour officialiser l’union qui, selon la presse, devait avoir lieu dans deux semaines.

Si ChoufTV affirme que l’arrestation s’est faite dans le cabinet du médecin, suite à un flagrant délit, les accusés déclarent de leur côté que Hajar Raissouni a été interpellée par des policiers en dehors de la clinique et forcée à retourner dans le bureau du médecin.

Selon AlYaoum24, les interpellés resteront emprisonnés jusqu’à la seconde audience, qui aura lieu le 9 septembre prochain. Le site d’information assure par ailleurs que “le dossier ne contient aucune preuve matérielle concrète de l’accusation d’avortement”.

Soutien sur la toile

Depuis l’annonce de cette arrestation, plusieurs personnes ont exprimé sur la toile leur soutien à la journaliste. Certains, à l’instar du Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (M.A.L.I) et du militant des droits humains Salah El Ouadie, ont défendu le droit à la journaliste de disposer de son corps.

D’autres qualifient cette arrestation de “politique”, la jeune femme étant la nièce de Soulaimane Raïssouni, éditorialiste à Akhbar Al Yaoum et soutien à Taoufik Bouachrine, ex-directeur des sites d’actualité AlYaoum24 et Soltana, qui purge actuellement dix ans de prison pour, entre autres, “harcèlement sexuel et recrutement d’individus en vue de la prostitution dont une femme enceinte”. Plusieurs figures du PJD, dont la députée Amina Mae Elainine, ont également exprimé leur soutien à la journaliste.

“MAROC - LE CORPS DES FEMMES N’EST PAS UNE PROPRIÉTÉ PUBLIQUE 
Soutien et solidarité à la journaliste Hajar Raissouni. Soupçonnée d’avoir pratiqué un avortement, la journaliste ainsi que l’équipe médicale accusée d’avoir procédé à l’intervention ont été incarcérées. M.A.L.I. qui lutte pour la liberté des femmes à disposer de leur corps, rappelle que le droit à l’avortement est un droit fondamental.”

“Changeons la loi punissant l’avortement. Mme Hajar Raissouni et toutes les personnes arrêtées dans son contexte doivent être libérées.”

Pour l’instant, les autorités n’ont pas réagi à cette affaire.