04/03/2019 13h:32 CET | Actualisé 04/03/2019 19h:55 CET

Argent, pouvoir et ambition: Les confidences de Aziz Akhannouch à "Jeune Afrique"

Le patron du RNI et ministre de l'Agriculture s'est livré à quelques confidences dans une interview fleuve.

Anadolu Agency via Getty Images

POLITIQUE - Rares sont les déclarations faites par Aziz Akhannouch aux médias. Dans une interview exclusive publiée cette semaine par le magazine Jeune Afrique, celui qui porte la double casquette de chef du Rassemblement national des indépendants (RNI) et ministre de l’Agriculture et de la Pêche s’est livré à quelques confidences. Ses ambitions pour les législatives de 2021, son rapport avec le palais royal, son immense fortune, ses dissensions avec le PJD, sa réaction face au boycott de 2018 et au Hirak du Rif... Retour sur les déclarations phares du milliardaire originaire du Souss.

Le secteur de la pêche a changé de visage.

Ministre de l’Agriculture et de la Pêche depuis bientôt douze ans, Aziz Akhannouch voit les choses en vert. Pour lui, les deux secteurs ont connu des avancées significatives ces dernières années, boostées par la mise en œuvre du plan Halieutis d’une part, “qui a permis de protéger nos ressources tout en les valorisant”, et du plan Maroc Vert d’autre part, qui a permis au PIB agricole de “grimper de 67% au cours de la dernière décennie, pour atteindre 125 milliards de dirhams”. Objectif désormais: faire émerger une vraie classe moyenne agricole, en améliorant notamment les revenus des agriculteurs.

Les causes de la crise du Rif sont multiples, mais c’est essentiellement un problème d’agenda.

Interrogé sur la crise qu’a connue la région du Rif dès fin 2016, le ministre est catégorique: c’est avant tout un problème d’agenda. “Ces événements ont coïncidé avec une période de flottement postélectorale qui n’a pas facilité les choses, tant il est vrai que le populisme ne doit pas prendre le dessus sur la réalité”, indique-t-il, pointant du doigt “le retard de réaction” du dernier gouvernement face au mouvement social. Selon lui, “les partis politiques auraient pu mieux encadrer la population pour éviter d’en arriver là”.

Contrairement à ce que l’on dit, j’ai des relations amicales avec Saad-Eddine El Othmani.

Les dissensions entre le RNI et le PJD au sein de la majorité gouvernementale sont un secret de polichinelle. Si Akhannouch ne s’en cache pas (”‘Je t’aime, moi non plus’ est un grand classique entre partis politiques concurrents”, avoue-t-il), le ministre tient à rappeler qu’il y a “un respect mutuel entre nos ministres respectifs, et tout se passe bien en Conseil de gouvernement”, qualifiant même sa relation avec le chef du gouvernement et leader du PJD, Saad-Eddine El Othmani, d’amicale. “C’est un ami avant tout. Et le RNI fera en sorte de l’épauler dans la réussite de sa mission et à mener son mandat jusqu’au bout.”

Si [le boycott] ne visait que ma personne, cela aurait été un moindre mal. J’ai appris à encaisser.

Interrogé sur la campagne de boycott née en avril 2018, qui visait, entre autres, les stations services Afriquia, appartenant à Akwa, le groupe familial de Aziz Akhannouch, ce dernier estime qu’il est ”évident (...) qu’un malaise social a été exploité à fond à coups de manœuvres politiciennes”, mais que le secteur productif est sorti “plus fort de l’épreuve”. Il en veut pour preuve les tendances économiques de ces derniers mois: “la confiance, donc l’investissement, est de retour”, assure-t-il.

Nos futurs électeurs, nous irons les chercher (...) partout, y compris chez ceux du PJD qui apprécient et respectent notre travail.

Le patron du RNI se verrait bien en haut de l’affiche lors des prochaines élections législatives en 2021. En tout cas, il y travaille. “Chaque parti qui se respecte a pour ambition de remporter les élections”, explique-t-il, et il compte bien chercher ses électeurs “là où il sont, c’est-à-dire partout”, y compris dans les rangs du PJD. “Mais le véritable réservoir, ce sont les abstentionnistes. Sur les 21 millions de Marocains en âge de voter, seuls 7 millions vont aux urnes. Ce sont ces 14 millions de voix potentielles qu’il faut convaincre”, ajoute celui qui en est à sa troisième tournée des régions du royaume.

Moi comme le RNI aimerions bien avoir une place particulière dans le sérail.

Sa proximité avec le roi fait régulièrement les choux gras de la presse nationale. Assumant ses rapports avec le roi qui sont “fluides”, ainsi qu’avec son conseiller Fouad Ali El Himma, Aziz Akhannouch laisse à l’opinion publique le choix de “qualifier comme elle veut cette relation”, tout en balayant d’un revers de main l’idée selon laquelle le Palais tenterait de contrer l’ascension du PJD en soutenant le RNI. “La plupart des partis politiques rêvent d’une proximité avec le Palais royal, car il n’y a pas de meilleur appui. D’ailleurs, celui qui utilise le plus Sa Majesté dans ses discours, c’est bien le PJD”, lance-t-il, assumant le fait que, lui comme le RNI, aimeraient bien “avoir une place particulière dans le sérail. Mais nous ne sommes pas les seuls.”

Je suis fier de mon parcours d’entrepreneur.

Akhannouch, l’une des plus grosses fortunes du royaume, assume sa réussite tout en démentant une quelconque collusion entre argent et pouvoir, notamment dans la réussite des affaires de sa femme Salwa Akhannouch, à la tête du groupe Aksal. “Je suis fier de mon parcours d’entrepreneur, et d’avoir réussi à préserver, moderniser et développer des affaires familiales qui ont soixante ans d’existence”, affirme-t-il, soulignant que “les milliards” qu’on lui attribue “ne sont pas des liquidités, mais des actifs d’un groupe familial (...) qui a connu un développement naturel”. Affirmant ne jamais avoir touché de salaire en tant que ministre, il confie prendre souvent à sa charge ses propres voyages, ainsi que ceux de ses collaborateurs.