MAROC
02/11/2018 16h:47 CET | Actualisé 02/11/2018 20h:20 CET

Arabie Saoudite: L'exécution d'une domestique indonésienne provoque l'indignation

Une sanction "regrettable" pour l'Indonésie qui n'a pas été informée de l'exécution de sa ressortissante.

DRAME - L’Arabie saoudite, qui n’en finit pas de ternir son image et froisser ses relations avec la communauté internationale, nage à nouveau en eaux troubles. Quelques jours après l’assassinat du journaliste critique du pouvoir, Jamal Khashoggi, une domestique indonésienne a été exécutée par les autorités saoudiennes pour avoir tué son agresseur. Une sanction violente dénoncée par l’Indonésie, qui n’avait pas été informée au préalable de l’exécution de sa ressortissante et qui s’indigne de sa disparition.

Tuti Tursilawati, la trentaine, mère d’un enfant et originaire de Majalengka, en Indonésie, a été exécutée lundi, sept ans après avoir été reconnue coupable du meurtre du père de son employeur et condamnée à la peine de mort, en Arabie saoudite. Un acte de légitime défense contre des agressions sexuelles répétitives, selon l’ONG indonésienne Migrant Care qui condamne cet acte et précise que la jeune femme avait battu à mort son agresseur à l’aide d’un bâton car elle craignait à nouveau des abus sexuels.

Après l’incident, Tuti s’était enfuie mais avait été violée par neuf Saoudiens avant que la police ne l’intercepte. Tous ses violeurs ont été jugés séparément.

“Triste nouvelle d’Arabie saoudite. Tuty Tursilawati, une migrante originaire de Majalengka en Indonésie a été exécutée le 29 octobre 2018. L’application de sa peine de mort à de nouveau été faite sans aucune notification au gouvernement indonésien au préalable”, a tweeté l’ONG.

Le président indonésien Joko Widodo a annoncé, mercredi, avoir contacté le ministre des Affaires étrangères saoudien, Adel al-Jubeir, pour protester contre cette décision qui n’a été communiqué ni à la famille, ni aux autorités consulaires indonésiennes en Arabie saoudite, selon le Jakarta Post. Lalu Muhammad Iqbal, directeur du département de la protection des citoyens indonésiens au ministère des Affaires étrangères, a déclaré mardi à la presse locale que cette décision était “regrettable”.

“L’exécution de Tuti Tursilawati a été faite sans notification à nos représentants, que ce soit à Riyad ou à Jeddah”, a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse, ajoutant qu’il a annoncé à la famille de Tuti son exécution lors d’une visite du ministre dans sa ville natale pour présenter des condoléances. 

L’enfer des Indonésiens en Arabie saoudite

1,5 million d’Indonésiens, avec ou sans papiers, travaillent actuellement au royaume saoudien, selon le président de Migrant Care dans une déclaration au New-York Times. Les abus sexuels, l’exploitation au travail et les mauvaises conditions de logement, sont des traitements que subissent fréquemment les femmes comme Tuti Tursilawati, qui travaillent chez des familles saoudiennes pour subvenir aux besoins des leurs, restées en Indonésie. 

En 2011 déjà, une Indonésienne de 54 ans, avait été décapitée au sabre après avoir été déclarée coupable d’avoir tué sa patronne qui, selon elle, l’insultait et refusait qu’elle quitte le pays. En 2012, 25 autres employées domestiques étaient condamnées à mort pour “différents crimes”, sans plus de précisions.

Lors d’une visite du chef de la diplomatie saoudienne à Jakarta en octobre, le ministre des Affaires étrangères, Retno Marsudi, avait salué l’engagement du gouvernement saoudien à mieux protéger les Indonésiens qui y vivent et y travaillent, selon le Straits Times de Singapour, et conclu à un accord de notification consulaire obligatoire... qui n’a visiblement pas été respecté. Et ce malgré deux cas similaires d’exécution en 2015, sans que l’Indonésie soit mise au courant, indique Jakarta Post. 

A ce jour, l’Arabie saoudite n’a toujours pas commenté cette affaire.