MAROC
11/06/2018 13h:15 CET | Actualisé 11/06/2018 13h:19 CET

"On ne peut pas tenir longtemps", la directrice de l'ONG qui affrète l'Aquarius explique la situation à bord

"C'est la première fois que l'on refuse de nous donner un port d'arrivée" selon Sophie Beau, de SOS Méditerranée.

MIGRANTS - 629 personnes sont bloquées sur l’Aquarius depuis plus de 24h. Depuis dimanche soir, les gouvernements italien et maltais se renvoient la responsabilité d’offrir un port d’arrivée au navire de l’ONG humanitaire SOS Méditerranée, qui a sauvé des eaux 629 personnes dans la nuit de samedi à dimanche.

Le ministre de l’Intérieur italien Matteo Salvini a refusé dimanche 10 juin que l’Aquarius n’accoste et a demandé à Malte de l’accueillir. La Valette a aussitôt refusé, disant ne jouer aucun rôle dans les opérations de sauvetage, “en pleine conformité avec ses obligations internationales”.

En attendant que la crise diplomatique ne soit réglée, le bateau est en stand-by. “Depuis hier soir, le navire est à l’arrêt, à équidistance entre Malte et l’Italie, sur instruction du Centre de coordination des secours maritimes italien (MRCC) de Rome”, a expliqué au Huffpost France Sophie Beau, directrice générale de SOS Méditerranée, comme vous pouvez le voir dans la vidéo en tête d’article.

Des sauvetages menés à la demande des autorités italiennes

Dans la soirée de samedi, l’ONG est contactée par les autorités maritimes italiennes qui leur indique une “zone de détresse”. L’Aquarius se rend immédiatement sur place. “Nous avons pu prendre en charge deux sauvetages dans la soirée, dont un critique, parce que le bateau s’est cassé, raconte Sophie Beau. Les pneumatiques étaient surchargés, une quarantaine de personnes sont tombées à l’eau, de nuit. D’après les rescapés et les sauveteurs, tout le monde a été sauvé.” Au total, 229 personnes sont récupérées.

Mais ensuite, les autorités italiennes demandent au navire de prendre en charge quatre transferts supplémentaires, de “quatre bateaux italiens, dont trois garde-côtes italien et un bateau de marine marchande, poursuit Sophie Beau. Nous nous sommes donc retrouvés avec 400 personnes de plus, soit 629 personnes à bord.”

A bord, la situation est critique

La situation à bord est complexe. “Une partie des migrants ont vécu un sauvetage très compliqué, donc la situation médicale est stabilisée mais complexe. Et surtout nous sommes au-delà de notre capacité d’accueil à bord, qui est de 500 personnes”, indique la responsable de SOS Méditerranée.

Le chef du gouvernement italien, Giuseppe Conte, a annoncé que l’Italie avait envoyé en direction du navire deux patrouilleurs avec des médecins à bord “prêts à intervenir et à protéger la santé de toute personne se trouvant à bord de l’Aquarius qui pourrait en avoir besoin”. Une information que dément l’ONG.

“Il y a une équipe de Médecins sans Frontières qui est toujours à bord. Mais sinon personne n’a été dépêché sur le bateau, précise Sophie Beau. On ne peut pas tenir longtemps comme ça. Nourrir 629 personnes, ce n’est pas en nourrir 200. Nous ne sommes pas équipés pour garder autant de monde sur l’Aquarius, il faut que la situation se débloque rapidement et que l’on trouve un port dans les heures qui viennent.”

La journaliste Anelise Borges, à bord du bateau, a posté sur Twitter une vidéo lundi 11 juin au matin depuis le navire.

“Nous n’avons pas bougé depuis hier soir. Les gens commencent à se demander pourquoi nous sommes arrêtés.”

Otage de la situation politique

La situation est d’autant plus inquiétante qu’elle semble être l’objet d’une prise de position politique de la part du ministre de l’Intérieur et patron de la Ligue (extrême droite) Matteo Salvini. “Nous n’avons pas la capacité d’avoir une surveillance médicale sur 630 personnes d’un coup. Ce n’est pas possible, on ne peut pas être pris en otage comme ça de la situation politique” dénonce Sophie Beau.

Après le sauvetage des différents bateaux, le MRCC de Rome avait tout d’abord indiqué à l’Aquarius de se diriger vers le Nord, vers un port d’accueil en Sicile. “Dans l’après-midi, nous avons appris la déclaration de de Metteo Salvini par voie de presse. Puis contre-ordre du MRCC, nous indiquant qu’ils allaient essayer de nous faire débarquer à Malte”, raconte Sophie Beau.

Cette situation est sans précédent, comme l’indique la directrice générale : “Lors des 228 opérations que nous avons effectuées auparavant, toutes se sont terminées par un débarquement en Italie. C’est la première fois qu’on nous dit qu’il y a un problème. D’après le droit maritime international, ils ont l’obligation de nous donner un “port sûr” de débarquement.”

C’est la première fois depuis l’arrivée au pouvoir de la coalition entre la Ligue et le Mouvement Cinq étoiles que l’Italie bloque ainsi ses ports. Matteo Salvini avait fait campagne avant les législatives sur le thème de la fermeture des frontières aux migrants, et prévenu à maintes reprises qu’une fois au pouvoir, il ferait tout pour empêcher ces débarquements.