MAROC
24/12/2018 17h:00 CET | Actualisé 24/12/2018 17h:07 CET

Après sa réunion avec le ministre de la Santé, la fédération des pharmaciens maintient sa grève le 27 décembre

"Nous avons besoin de solutions, pas de commissions”.

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PHARMACIE - “Nous vivons dans une situation de crise face à laquelle nous avons besoin de solutions, pas de commissions”. C’est ce que déclare au HuffPost Maroc le Dr. Mohamed Amine Bekkaoui, président de la Fédération nationale des syndicats des pharmaciens du Maroc (FNSPM), qui a annoncé une grève nationale des pharmaciens jeudi 27 décembre. 

En colère, le Dr. Bekkaoui n’est pas convaincu par les propositions du ministre de la Santé, Anass Doukkali, qui a tenu avec la FNSPM et la Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc (CSPM) une réunion le 21 décembre au siège de son département. L’ordre du jour avait été consacré à l’étude de l’état des lieux du secteur de la pharmacie, en présence du directeur général des impôts, étant donnée que l’une des principales revendications des pharmaciens porte sur “une fiscalité équitable”.

D’après un communiqué publié au lendemain de cette réunion par le ministère de la Santé, Doukkali a promis aux professionnels du secteur de rester à leur écoute et proposé la constitution d’une commission mixte alliant le département de tutelle, la direction générale des impôts et les professionnels du secteur pour mettre au point un programme de travail devant étudier point par point les revendications des pharmaciens. 

“On veut du concret!”

Une issue décevante pour la FNSPM, qui a décidé le maintien de la grève, persuadée que “les pharmaciens risquent de ne voir aucune évolution positive dans l’état actuel des choses”. “Cette réunion n’a rien apporté de nouveau pour que l’on décide de geler cette grève. Le ministre parle de commission, à l’instar de ses prédécesseurs, alors que nous avons eu trois suicides de pharmaciens au cours des trois dernières années. On veut du concret!”, explique le président de la fédération.

La grève est une nécessité, aux yeux du Dr. Bekkaoui, pour qui la patience des pharmaciens est mise à rude épreuve. “Nous allions en observer une le 27 juin dernier, mais le secrétaire général du ministère de la Santé nous avait demandé deux à trois mois, le temps que les nouveaux directeurs du département soient nommés. Six mois plus tard, rien n’a changé pour nous”, fait-il remarquer estimant que les pharmaciens n’ont plus d’autre choix. “Ce sera notre première grève, mais pas la dernière. Nous comptons désormais observer une grève à la fin de chaque mois, jusqu’à ce que nos doléances soient prises en compte”, prévient-il, soulignant que le rôle du pharmacien n’est pas évalué à sa juste valeur.

La fédération veut des changements concrets et dans l’immédiat. “Comment se fait-il qu’à ce jour, il n’y a toujours pas de régionalisation des conseils des pharmaciens? On n’en a que deux: un au nord et l’autre au sud. Un pharmacien à Oujda doit aller à Rabat pour une attestation de 20 dirhams, c’est aberrant!”, fustige le Dr. Bekkaoui, affirmant que la régionalisation des conseils représente l’une des plus anciennes revendications des pharmaciens. 

Une situation de crise et de nombreuses défaillances

D’autres concernent la couverture sociale et médicale des pharmaciens ainsi que leur droit à une caisse de retraite. La FNSPM dénonce une véritable situation de crise, dans un communiqué publié hier. Elle y exprime son inquiétude quant à “la faillite de plus de 3.000 pharmaciens et la souffrance d’autres à différents niveaux”.

Vente illégale de médicaments, utilisation du médicament dans des campagnes électorales et d’associations, non respect des horaires légaux du travail ou encore droit de substitution... la fédération pointe du doigt plusieurs défaillances du secteur. “Il est inadmissible que le médicament soit donné ou vendu sans une inspection préalable par les services concernés. C’est nécessaire non seulement d’un point de vue professionnel, mais aussi citoyen”, s’insurge le Dr. Bekkaoui.    

Quant à la baisse des prix du médicament actée par l’ancien gouvernement, ce responsable ne pense pas que la mesure ait changé quoi que ce soit: “Il n’y a pas eu de réels résultats parce que les citoyens, dans leur majorité, n’ont pas de couverture médicale et ils n’ont donc pas de quoi acheter le médicament quel qu’en soit le prix”, affirme-t-il. 

Service minimum assuré

Regroupant 54 syndicats, la FNSPM ne compte pas revenir sur sa décision de grève. “Les syndicats l’ont transmise aux autorités concernées pour les aviser qu’un service minimum sera assuré. Les médicaments urgents seront disponibles mais pas le reste des produits à utilisation régulière, comme le lait, par exemple”, explique-t-il, précisant que les syndicats veulent “uniquement transmettre un message”. 

Toutefois, la fédération a appelé les citoyens, via son communiqué, à acheter par avance les médicaments dont ils pourraient avoir besoin notamment en ce qui concernent les maladies chroniques. “Cette grève n’est pas contre le citoyen, elle vise aussi à préserver la sécurité et l’approvisionnement en médicament”, tient à préciser la FNSPM.

La CSPM, elle, ne compte pas se joindre au mouvement de protestation. Après avoir organisé un sit-in le 3 décembre dernier, la confédération avait décidé de ne pas en observer le suivant qui était prévu le 9 courant suite à l’annonce de l’ouverture du dialogue. La première réunion entre la direction générale des impôts et les représentants des pharmaciens devrait avoir lieu le 10 janvier prochain.