MAROC
04/10/2018 13h:57 CET | Actualisé 04/10/2018 15h:08 CET

Après #Masaktach, le hashtag #Machi_b_sif dénonce le meurtre de la jeune Oumaima qui a refusé une demande en mariage

Lorsqu'un simple non peut coûter la vie

AFP Contributor via Getty Images

SOCIÉTÉ - Oumaima, jeune fille de 20 ans, a été sauvagement assassinée samedi dernier à Meknès pour avoir refusé une demande en mariage. Son corps sans vie gisant sur le trottoir, non loin de la Chambre d’artisanat de Meknès où elle avait prit part à une conférence, a été lardé de 20 coups de couteau par son camarade à la faculté. Face à la barbarie de cet acte, le hashtag #Machi_b_sif (pas de manière forcée, ndlr), apparu hier soir sur les réseaux sociaux, dénonce le non-respect du consentement et les violences dont sont victimes celles qui disent non. 

Derrière cet appel, le mouvement Masaktach (je ne me tais pas, ndlr), lancé il y a quelques semaines suite à l’affaire Khadija, la jeune fille de 17 ans qui dit avoir été violée et séquestrée par un gang d’hommes dans la région de Beni Mellal. Pour Laila Slassi, avocate et co-fondatrice du mouvement, beaucoup pensent à tort que le hashtag #Masaktach, rapidement devenu viral sur Twitter, est né dans le but de dénoncer la diffusion des chansons de Saad Lamjarred, inculpé pour viol, sur les ondes de radios marocaines.

“L’action, lancée il y a deux semaines, prend ses sources dans l’histoire de Khadija qu’on a suivie avec attention. Masaktach dénonce avant toutes les formes de violences et le non respect du consentement. C’est un cri du coeur face à l’impunité des crimes commis sur les femmes”, explique-t-elle au HuffPost Maroc.  

Le consentement au coeur de la bataille 

D’ailleurs, poursuit-elle, le non-respect du consentement est un fait commun à toutes les affaires de violences infligées aux femmes qui ont récemment fait couler beaucoup d’encre, lorsqu’elles ne sont pas répertoriées comme “fait divers”.

”#Machi_b_sif est né suite à l’affaire Oumaima car il faut impérativement dénoncer ce crime commis sur une jeune fille aux ambitions et aux rêves autre qu’épouser son camarade de faculté. Un simple non lui a coûté la vie, et d’une façon des plus atroces. Il faut arrêter de catégoriser ces actes de ‘fait divers’, ce n’est pas du voyeurisme que d’en parler, c’est un fait de société. On a choisi de réagir car c’est complètement dans la vocation du collectif. Il faut remettre l’importance du consentement au centre des débats”, insiste Laila Slassi. Que ce soit Khadija, Oumaima ou la jeune fille du bus à Casablanca, leurs origines et leurs conséquences sont les mêmes. “L’origine est le non-consentement et la conséquence est la violence extrême” explique-t-elle. 

Oumaima était une étudiante en droit, harcelée depuis un an par un de ses camarades de faculté. Selon des témoignages recueillis sur place par le 360, quelques heures avant le drame, le jeune homme l’avait demandée en mariage à plusieurs reprises et la suivait lors de tous ces déplacements. “Oumaima vivait l’enfer, elle était terrorisée et nous aussi”, a déclaré sa mère au média. Souhaitant poursuivre ses études et ne voulant pas se marier, elle avait refusé une énième fois la demande, poussant le jeune homme à la tuer.

Le comité, qui compte aujourd’hui 13 personnes, espère à travers ces actions digitales, plus que jamais utiles à l’ère du hashtag, créer une vigilance et élever le seuil d’alerte sur les risques encourus par les femmes dans l’espace public comme privé, et de manière générale passer à la vitesse supérieure. “Lorsqu’il y une mobilisation de grande ampleur, il y a des résultats, c’est évident. Avec le premier hashtag #Masaktach, on a créé un débat, on interroge ceux qui ont la parole”, relève le comité.

Depuis l’apparition de #Machi_b_sif, quelques centaines de tweets ont réagi à la mort d’Oumaima et à la notion de consentement dans la société marocaine:  

“Il n’y a pas de crime passionnel tout comme il n’existe pas de crime d’honneur. On appelle cela un féminicide lorsqu’une femme est tuée car un homme ne supporte pas sa liberté de choisir”. 

De manière plus générale, Masaktach débute un travail de fond sur la jurisprudence et les peines infligées au Maroc pour les violences faites aux femmes. “Nous faisons un travail général sur toutes les affaires de viol pour voir à quelles peines ont été condamnés les agresseurs et si l’application de la loi est respectée dans ce pays où il est, histoire après histoire, de plus en plus révélateur qu’il existe une culture du viol”, conclut Laila Slassi. 

Pour adhérer, pas besoin de souscription, ni de carte de membre, insiste le comité. “Un simple tweet avec un message accompagné du hashtag fait de vous un ou une Masaktach”.