MAROC
12/03/2019 16h:06 CET

Après leur annonce de suicide collectif, les diplômés chômeurs malvoyants veulent passer à l'acte

“Nous avons ramené des bouteilles de gaz, des bidons d’essence et des cordes".

Hanane El Arjoun/HuffPost Maroc

DRAME - Le 26 février, ils avaient fait une terrible annonce. Par la voie de leur coordination nationale, les diplômés chômeurs malvoyants et non-voyants avaient annoncé leur décision de procéder à “un sacrifice collectif” en mettant fin à leur vie en “leur âme et conscience”. Moins d’un mois après, ils réitèrent leur décision soulignant qu’elle est dictée par la conviction que “rien ne changera pour eux”. “Personne ne nous répond. Nous avons encore saisi le chef du gouvernement cette semaine en lui adressant une nouvelle lettre dans laquelle nous lui décrivons notre détresse, en l’appelant à nous accorder notre droit à l’emploi. Mais rien!”, s’exclame le coordinateur de ces diplômés chômeurs, Hossine Adllal, dans une déclaration au HuffPost Maroc.

Ce mardi, en fin de matinée, ils sont passés à l’action. “Nous avons ramené des bouteilles de gaz, des bidons d’essence et des cordes et nous sommes montés au dernier étage de l’annexe du ministère de la Solidarité (Rabat-Agdal)”, raconte le coordinateur. Les diplômés chômeurs ont ainsi fait irruption dans cette annexe du même département sur le toit duquel ils avaient observé un sit-in d’une vingtaine de jours en octobre dernier. Un sit-in qui avait été marqué par un drame: la chute mortelle d’un des manifestants, Saber El Haloui. “Aucune personne de sa famille n’a reçu une indemnité, même pas son frère qui lui aussi faisait partie des manifestants. Nous ne sommes personne pour ce gouvernement”, s’indigne Hossine Adllal, qui observe, en ce moment, avec une quinzaine de diplômés chômeurs comme, lui un nouveau sit-in au quatrième étage de cette annexe ministérielle. 

Dans un communiqué publié ce mardi, la coordination légitime son action par “l’indifférence” et “l’exclusion” dont elle se dit être victime. “C’est ainsi que nous protestons contre le laisser-aller des responsables dont les ministres et les parlementaires qui n’ont pas tenu leur engagement de nous trouver une solution”, souligne-t-elle dans ce communiqué.

Une impasse que ces diplômés chômeurs disent avoir longtemps supportée depuis 2011. “Nous sommes déterminés à sacrifier nos vies pour notre cause et nous ne comptons pas y renoncer”, prévient la coordination. Ils y sont et ils resteront. D’après Adllal, tous les membres du groupe des malvoyants et non-voyants ne sont pas parvenus à rejoindre le quatrième étage du bâtiment, une bonne partie du groupe ayant été retenue en bas de l’immeuble par des agents de sécurité. “Nous avons eu un affrontement à notre arrivée avec les agents de sécurité. Nous sommes 16, dont une seule femme, à avoir réussi à monter”, nous confie-t-il. Et d’ajouter que certains des manifestants se sont assis sur les rebord des fenêtres. 

En l’absence d’autre alternative, ces diplômés chômeurs sont prêts au pire. “Nous avons fait nos adieux à nos familles. Pour notre dignité, nous ne pouvons plus accepter de vivre ainsi, de mendier pour manger. Si dans trois jours, aucun responsable ne nous apporte des solutions, nous passerons à l’acte”, menace-t-il.