ALGÉRIE
12/04/2019 19h:28 CET

Après les manifestations massives de ce vendredi : le régime dans l'impasse

RFI

Le huitième vendredi de la contestation, malgré la répression de la manifestation à Alger, a de nouveau confirmé que la population et le pouvoir ne parlent pas le même langage. Le régime veut une élection à marche forcée, le corps électoral était dans les rues pour dire son refus.

Le chef de l’armée, Ahmed Gaïd Salah, est désormais avisé. Sa volonté d’aller à une solution dans le cadre de la Constitution, souvent bafouée grossièrement par les tenants du régime, se heurte au rejet des électeurs potentiels qui marquent ouvertement leur manque de confiance. Il s’agit bien d’une impasse.

Ce vendredi et alors que le corps électoral a été convoqué pour le 4 juillet,  les Algériens sont sortis par centaines de milliers dans les rues avec la même détermination que les vendredis précédents. Les manifestations massives à travers le territoire national ne faiblissent pas et l’essoufflement du mouvement tant espéré par le régime n’a pas lieu. Ni le déploiement sans précédent des forces de l’ordre, ni les provocations n’ont entamé la détermination de la population à réclamer un changement qui ne saurait se suffire à ses yeux au départ de Bouteflika. C’est un changement de régime où le principe de la souveraineté du peuple est exigé et de manière effective. A leurs yeux, une élection présidentielle dans 90 jours sous la supervision des « trois B », Bensalah, Bedoui, Belaiz est une reconduction du système qu’ils rejettent massivement.

Mercredi 10 avril, le chef d’Etat-Major depuis Oran où il était en visite d’inspection a continué à manier le chou et la carotte. Tout en caressant dans le sens du poil les revendications « légitimes » du peuple, il lui a lancé un appel pour mettre un terme aux manifestations et à leurs revendications jugées  irréalisables. Les Algériens ont clairement indiqué ce vendredi qu’ils ne transigeaient pas sur leurs demandes. Gaid Salah, dans son attaque contre les «tentatives de certaines parties étrangères, partant de leurs antécédents historiques avec notre pays, de pousser certains individus au-devant de la scène en les imposant comme représentant du peuple en vue de conduire la phase de transition», ciblait de manière  à peine voilée contre l’avocat et militant des droits de l’homme, Mostapha Bouchachi. La liesse qui a entouré ce vendredi à Alger, l’avocat a été une réponse éloquente. La thèse de la « main étrangère » tant de fois utilisée dans le passé ne fonctionne pas.  

Le chef de l’armée est dans une trajectoire qui le met dorénavant directement face au mouvement populaire qui lui reproche d’avoir oublié l’article 7 qu’il a constamment évoqué dans ces discours alors qu’il engageait le bras de fer avec le clan des Bouteflika. La confrontation entre la population et l’armée, institution respectée malgré les vicissitudes du régime, n’est pas inéluctable. Gaid Salah a utilisé le terme de “bande”(issaba) pour parler du clan Bouteflika. Or, le gouvernement Bedoui a été désigné par cette « bande » et le président du conseil constitutionnel, Belaiz, faisait partie de son dispositif. Et il est évident que les hommes de la “bande” ne peuvent être la solution à la crise de confiance qu’ils ont eux-mêmes provoquée.