MAROC
09/07/2018 15h:52 CET

Après le verdict, les avocats des détenus du Hirak pointent du doigt les dysfonctionnements du procès

“Le seul dénouement de ce procès, pour nous, ne peut être que politique".

FADEL SENNA via Getty Images

PROCÈS DU HIRAK - “C’est un dossier exceptionnel sous tous les aspects”. L’avocat Abdelkarim Elmoussaoui, membre du collectif de défense des détenus du Hirak, confie au HuffPost Maroc que l’expérience qu’il a vécue au cours de ce procès avec ses nombreux collègues est bien unique. Pour le démontrer, le collectif de défense des détenus du Hirak a invité les médias, ce lundi matin au siège du barreau de Casablanca “Dar Al Mouhami” (“Maison de l’avocat”), pour une conférence de presse.

Après le verdict prononcé, le 26 juin, à l’encontre des 53 détenus condamnant ces derniers à des peines allant d’un an avec sursis à 20 ans de prison ferme, leurs avocats estiment que le temps est venu, pour eux, de faire des révélations. Alors qu’ils viennent de déposer un recours auprès de la Cour d’appel de Casablanca faisant appel du jugement en première instance au profit de l’ensemble des détenus, les avocats font un arrêt sur leur parcours dans cette affaire.

Des critiques et des dysfonctionnements, ils ont en cités plusieurs, au cours de cette conférence de presse. L’un des plus récurrents: “un excès de zèle sécuritaire” qu’ils remettent en question. Les membres du collectif de défense se sont dit ainsi étonnés de se voir interdire d’entrer au pénitencier munis de serviettes de travail pour rendre visite aux détenus et de devoir subir une inspection au sein du tribunal. “Ce genre de mesures sécuritaires aussi strictes a toujours été très rare dans nos tribunaux. Même au procès de Belliraj, ces mesures n’ont pas été prises, alors que dans certaines audiences, des armes saisies avaient été présentées”, nous explique Me Elmoussaoui.

Des conditions que les avocats contestent, soutenant que leur statut professionnel n’a pas été pris en considération dans ce procès. Et pour l’attester, ils présentent d’autres preuves. Citant le cas de leurs deux confrères et membres du collectif de défense des détenus du Hirak, en l’occurrence Abdessadek El Bouchattaoui et Mohamed Ziane, ces avocats se sont dits indignés par “les pressions subies par la défense”. “Ces deux avocats représentent un exemple des intimidations que le collectif a vécues au cours de ce procès. Nous estimons que si un avocat commet une infraction liée à l’exercice de sa profession, c’est uniquement au conseil de l’Ordre de trancher”, précise l’avocat.

Les poursuites dont les deux avocats ont fait l’objet ne sont, pour le collectif de défense, qu’un “moyen de dresser des obstacles” face aux avocats des détenus du Hirak. El Bouchattaoui, connu pour être très actif sur les réseaux sociaux et militant pour le Hirak du Rif, avait été condamné, début février dernier, par le tribunal de première instance d’Al Hoceima à 20 mois de prison ferme assortis d’une amende de 500 dirhams. Il avait été reconnu coupable de plusieurs chefs d’accusations, dont participation à l’organisation de manifestations non autorisées, incitation à y participer et incitation à commettre des délits et des crimes.

L’ancien bâtonnier, l’avocat Mohamed Ziane a, lui, été poursuivi, au mois de mars dernier, pour “dénonciation d’un crime qui ne s’est pas produit”. Il faisait aussi partie du collectif de défense des détenus du Hirak avant de se retirer à la demande des détenus.

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Pour le collectif, l’expérience de ce procès montre surtout qu’il est “politique à 100%”. “Le seul dénouement de ce procès, pour nous, ne peut être que politique. Et notre conviction est nourrie par tout ce que ce dossier a traversé dès son déclenchement”, confie Me Elmoussaoui.

Le collectif de défense estime que l’aspect fondamental de ce dossier, bien avant même sa constitution, a été politique dès lors que des partis de la majorité sont intervenus pour “accuser les militants du Hirak d’être des séparatistes”. Ensuite, l’enquête menée par la Cour des comptes a abouti à des résultats qui se sont traduits par des instructions royales ayant limogé les premiers responsables du retard pris par “le programme Al Hoceïma Manarat Al Moutawassit”. “Ce limogeage représente un verdict politique et ce procès, pour nous, est une pièce indissociable de tout cet historique”, soutient cet avocat, relayant le constat du collectif de défense. Pour ce dernier, “un dossier de cette importance ne peut être soumis à des procédures judiciaires ordinaires”.

Tant que c’est le cas, pour le moment, ce dossier fera de nouveau l’objet d’un autre procès en appel. “Nous allons débattre à l’occasion de tous les aspects du dossier. Cet appel permet à ce dernier de rester ouvert à différents niveaux: politique, médiatique et celui des droits humains”, assure Abdelkarim Elmoussaoui. 

Le collectif de défense des détenus du Hirak se dit confiant quant à l’aboutissement du dossier. “Nous nous accrochons à l’espoir que cette étape représente”, confie-t-il. Un optimisme vu comme un “dernier recours” pour ces avocats convaincus que le verdict à l’encontre des détenus a été “très lourd”. Ils se disent prêts à livrer une nouvelle bataille. “Nous attendons que la copie du jugement à l’encontre des détenus soit prête pour connaître les éléments qui ont légitimé le verdict et préparer notre défense en appel”, annonce Me Elmoussaoui.

D’ici là, ces avocats estiment plus urgent de sauver la vie du détenu Rabie Al Ablaq. En grève de la faim depuis plus d’un mois, ce dernier entame son 42e jour dans un état de santé jugé “grave” par ses avocats qui revendiquent une intervention immédiate pour lui éviter une mort certaine.