MAROC
25/04/2019 14h:52 CET

Après le décès tragique de l'écrivain Mohcine Akhrif, une association porte plainte pour négligence

L'auteur a été emporté par une électrocution, dimanche 21 avril, lors de sa participation au Salon “La Fête du livre” de Tétouan.

Facebook

INCIDENT - La fête a tourné au drame. Le dimanche 21 avril, sous une tente, place El Feddan à Tétouan, alors que se tenait une rencontre organisée dans le cadre de la 21ème édition du Salon “La Fête du livre”, l’écrivain et poète Mohcine Akhrif prend le micro et subitement tombe raide devant une assistance qui ne réalise pas, à cet instant précis, qu’il vient d’être foudroyé par une violente décharge électrique. Akhrif a rendu son dernier souffle sur les tapis mouillés qui recouvraient le sol. “La mort rodait autour de nous, elle attendait que quelqu’un mette les pieds dans l’eau pour lui sauter dessus”, écrit la modératrice de cette rencontre Fadila Ouazani Touhami sur sa page Facebook

Cette dernière a été témoin du tragique accident face auquel elle exprime sa tristesse, mais aussi son incompréhension. “J’assurais la modération de la séance, le micro à la main. Alors qu’on était sur le point de clôturer, j’ai été surprise par Mohcine Akhrif qui venait vers moi rapidement pour empêcher un intrus de perturber la rencontre. Il a récupéré le micro et avant qu’il ne le tende... Comme immobilisé, il est tombé en arrière sur les tapis trempés se débattant contre la mort. Tout s’est passé très vite (...)”, raconte-t-elle dans ce post:

Une mort soudaine qui a endeuillé ce rendez-vous annuel. Le ministère de la Culture, sous l’égide duquel se tenait la manifestation, a publié des condoléances sur son portail web, exprimant sa “profonde tristesse”. Et de rappeler que le défunt était l’un des écrivains et chercheurs les plus brillants du Maroc, ayant “enrichi la bibliothèque marocaine par ses créations composées de travaux de recherches, de romans et de recueils de poésie qui lui ont valu des prix nationaux et internationaux”.

À aucun moment, l’origine de la mort d’Akhrih, également président de la Ligue des écrivains du nord du Maroc, n’est citée par le département ministériel, pas plus que d’éventuelles démarches entreprises à la suite de ce drame. Qui en est responsable? C’est à cette question que cherche une réponse l’Association Al Karama pour la défense des droits de l’Homme. La structure vient de saisir la justice en déposant une plainte auprès du procureur général du roi près la cour d’appel de Tétouan. 

Dans cette plainte, dont le HuffPost Maroc détient copie, l’association demande l’ouverture d’une enquête estimant que “l’ensemble des administrations responsables de l’organisation du Salon, en particulier la direction provinciale du ministère de la Culture et toutes les institutions participantes et/ou assurant la supervision ainsi que la société Amendis et le président de la commune doivent répondre de leur responsabilité et en assumer les conséquences judiciaires”.

Capture d'écran

“Ce Salon représente un marché qui engage un budget de fonctionnement provenant de deniers publics et des parties qui y sont associées. Le premier responsable de la sécurité des citoyens reste la commune, conformément à la loi organique 113-14 relative aux communes”, déclare au HuffPost Maroc le président de l’association, Lahcen Akbayou. Cette loi organique accorde aux communes le droit de délivrer les autorisations d’occupation de domaines publics et d’en assurer le contrôle. “C’est du président du conseil communal que relèvent la sécurité et la sûreté des citoyens dès qu’il signe cette autorisation”, souligne Akbayou, affirmant que, pour l’association, “il y a eu négligence surtout en matière d’équipements utilisés dans ce Salon”. “Le matériel était vétuste et les fils électriques ont été directement raccordés aux poteaux électriques et enfouis sous les tapis. Le courant a atteint 380 volts”, assure le président de l’association, rappelant qu’il pleuvait ce jour-là. 

Al Karama soutient n’avoir aucun doute “que la victime ait bien été foudroyée par une surcharge électrique, après avoir mené sa propre enquête”. “Nous avons publié un communiqué, puis déposé une plainte. J’ai été reçu, hier, par le procureur général du roi à ce propos”, nous confie le président de l’association affirmant que son interlocuteur lui a assuré que la plainte sera traitée. “Le ministère public a aussi, de son côté, ouvert une enquête sur la mort de Mohcine Akhrif”, ajoute Lahcen Akbayou, soulignant que l’association revendique des poursuites judiciaires pour négligence ayant causé la mort. “Pour nous, selon un degré de responsabilité dans cet incident, nous plaçons en premier lieu le président du conseil communal, ensuite le responsable du ministère de la Culture, Amendis et, enfin, le comité d’organisation dans lequel l’ensemble est représenté”, tient-il à préciser. 

L’association promet de suivre l’évolution de l’affaire de près. Militante pour les droits de l’Homme, elle fait de cette affaire une mission mais aussi “un engagement moral envers un des fils de Tétouan”. “Nous le connaissions, Mohcine Akhrif avait vu le jour à Tétouan qu’il n’avait jamais quitté. C’était un jeune homme bien élevé, papa d’un enfant d’à peine 4 ans”, nous confie ce militant tétouanais ému avant de poursuivre: “Il nous a été arraché à cause d’une erreur”. Mohcine Akhrif a été inhumé le jour même de sa mort, laissant une famille en deuil et des écrivains sans mots.