MAROC
28/05/2019 16h:16 CET

Après le décès de Abdellah Hajli, les enseignants contractuels veulent lui rendre hommage

Une marche des bougies, ce soir à Safi, et trois jours de deuil décrétés par la Fédération nationale de l'enseignement.

FADEL SENNA via Getty Images

ENSEIGNEMENT - C’est à Safi qu’ils se sont donné rendez-vous, ce mardi 28 mai. Les enseignants contractuels ont été appelés par la coordination nationale qui les représente à venir nombreux assister aux funérailles de Abdellah Hajli qui se tiennent après la prière Addohr à la mosquée Hay Ourida. Décédé tôt hier matin à l’hôpital Ibn Sina de Rabat, le père de Houda Hajli, enseignante contractuelle à Safi, avait été hospitalisé le 24 avril après avoir été blessé lors de la manifestation des enseignants contractuels tenue dans le centre ville de Rabat.

“Il est notre père spirituel”, écrit la coordination dans un communiqué, publié aujourd’hui. Elle y exprime sa tristesse et présente ses condoléances à la famille du défunt, le qualifiant de “martyre” de la cause de “tous les enseignants et enseignantes”. Soutenant que “l’Etat est responsable de sa mort”, la coordination annonce que Abdellah Hajli lui a laissé en testament cette conviction: “Nous ne laisserons pas tomber le combat”. 

Alors, pour rendre hommage à cet homme, sorti tristement de l’anonymat, les enseignants contractuels lui présenteront leurs adieux ce soir en public. Ils annoncent un grand rassemblement, après la prière des Tarawih devant la préfecture de Safi pour une marche nationale, bougies à la main. Des lumières mais aussi des cris, car cette marche sera aussi celle d’une colère unanime contre cette mort tragique. La coordination veut, dit-elle, la dénoncer, estimant que désormais, “la dignité du peuple marocain est en deuil”. 

Ce deuil, la Fédération nationale de l’enseignement (FNE) en fait un devoir suit au décès de ce père venu soutenir sa fille lors d’une manifestation à Rabat. Dans un communiqué, publié ce mardi, le syndicat décrète “3 jours de deuil national dès aujourd’hui dans le secteur de l’enseignement public”. Il appelle ainsi les enseignants à porter un brassard de couleur noire en signe de deuil durant cette période pour “rendre hommage à tous les martyres du Maroc”.

La FNE, qui fait partie des 5 syndicats qui menaient les négociations avec le ministère de l’Education nationale jusqu’au boycott du 3e round le 23 mai, appelle à faire la lumière sur les circonstances du décès de cet homme. Exprimant sa solidarité envers “les victimes des approches sécuritaires qu’adoptent l’Etat et ses appareils face aux manifestations pacifiques et revendicatives”. Et d’estimer qu’il est temps de constituer un front “contre la violence d’Etat”, appelant “les forces vives et démocratiques, politiques, syndicales, associatives et des droits de l’Homme à fédérer leurs efforts” dans ce but. 

Pour la FNE, Abdellah Hajli a été victime d’“une agression très grave” et d’“une violation du droit à la vie” suite auxquelles il a perdu la vie. Elle revendique, ainsi, l’ouverture d’une enquête pour “déterminer les responsabilités directes et indirectes” dans ce décès et “punir tous ceux dont la responsabilité est avéré dans ce crime”. 

Même son de cloche à l’Association marocaine des droits humains (AMDH). Cette dernière a, elle aussi, revendiqué, par le biais d’un communiqué publié hier, l’ouverture d’une enquête et que des mesures soient engagées contre les responsables. Cette association soutient également que la mort de Hajli est due à “une violation du droit à la vie, soutenant que “la violence des autorités” se poursuit avec “excès dans l’évacuation des manifestations pacifiques, faisant des victimes dans le sillage”.