MAROC
02/04/2019 14h:54 CET | Actualisé 02/04/2019 15h:16 CET

Après le concert interreligieux, une association marocaine dénonce “le retour du discours de la haine”

Et se dit choquée par la sortie dangereuse de l'"Association des savants musulmans".

Youssef Boudlal / Reuters

DROITS DE L’HOMME - “Il n’était pas question de ne pas réagir, pour nous, cela s’impose”. Au HuffPost Maroc, le coordinateur du Front national pour la lutte contre l’extrémisme et le terrorisme, Moulay Ahmed Douraidi, déclare que son association a été “choquée” par un communiqué publié par “l’Association des savants musulmans” (رابطة علماء المسلمين). Cette dernière s’est attaquée, dans un long communiqué daté du 31 mars, au concert de musique organisé la veille, à l’auditorium de l’Institut Mohammed VI de formation des imams, à l’occasion de la visite du pape François au Maroc. L’Orchestre philharmonique du Maroc (OPM) avait alors interprété un arrangement dans lequel Allahu Akbar, Adonaï et Ave Maria ont été chantés à l’unisson.

Si le but de ce concert était de célébrer la tolérance et la coexistence entre religions, le récital a été, pour “l’Association des savants musulmans”, la représentation de ce qu’elle qualifie comme un “amalgame entre l’appel à la prière (Al Adan) et les rituels de la mécréance”. Elle estime qu’il “y a eu atteinte aux fondements de la Oumma, dans sa religion et sa croyance” et qu’une “prière commune interreligieuse relève du haram dans la chariaâ”. Et de mettre en garde, à la fin de son communiqué, le Conseil supérieur des oulémas et le ministère des Habous et des Affaires islamiques les appelant ”à assumer leur responsabilité à éclairer les personnes”. 

“Nous assistons à un contre-courant de toute une culture des droits humains, de la tolérance. Et cela ne se limite pas à un communiqué, car il s’agit bien de toute une mouvance qui va au-delà de cette Rabita”, insiste le coordinateur du Front national pour la lutte contre l’extrémisme et le terrorisme. Ce dernier a publié, ce mardi, un communiqué où il dénonce avec force la sortie de cette association et met en garde contre “le retour du discours de la haine”. Le front estime que ce dernier s’est attisé pendant “la préparation et la mobilisation pour l’accueil du pape”.

La visite du chef de l’Eglise catholique, les 30 et 31 mars à Rabat, a suscité, selon le front, une “campagne de mépris et de stigmatisation menée par des leaders de mouvements et d’organisations qui utilisent toujours la religion comme référence et instrument dans les affrontements politiques et culturels”. “Des leaders salafistes font de leurs sorties un combat contre une force satanique qui vise le Coran, l’islam, Al Adan, l’arabe et autres”, estime Douraïdi. Et de souligner sa conviction que ce courant “vise la monarchie” en “semant la peur au sein de la société à chaque fois que celle-ci vit un événement important comme l’instauration de la Moudawana ou le débat sur la liberté de croyances et les libertés individuelles, ainsi que pour le sujet de l’interruption volontaire des grosses (IVG)”. 

Cette nouvelle sortie signée par cette “rabita” s’inscrit dans ce cadre pour le front, qui appelle dans son communiqué à la considérer comme “discours terroriste incitant à l’apostasie”. “Ce sont des jamaats (groupements) extrémistes bien loin des principes de l’islam de tolérance et de dialogue entre les religions et de coexistence entre les civilisations”, écrit le front dans son communiqué. Et de préciser que cette association a fait preuve “d’ignorance” : “Ce qui a été chanté n’est pas un appel à la prière, qui n’est considéré comme tel que lorsqu’il est donné au sein des mosquées et en préambule des prières. Ce qui est bien différent des litanies, sans oublier que la poésie arabe s’est fortement inspirée du Coran et, pourtant, aucun penseur, alem ou fakih n’a prétendu que cela était une atteinte au livre sacré”.

Pour agir sans attendre, ce front national ne se limite par à la dénonciation et appelle le Maroc à y mettre fin. “Il faut considérer l’incitation à l’apostasie comme une forme de participation à un acte terroriste”, recommande-t-il. “Saisir la justice pour la dissolution d’organisations et associations religieuses extrémistes prônant le discours de la haine”, est également sur le liste des recommandations soumises au royaume.