MAROC
06/03/2019 12h:11 CET

Après l'attaque à Condé-sur-Sarthe, une vingtaine de prisons bloquées en France

La prison de Fleury-Mérogis est bloquée par une centaine de surveillants, de même que celle de Condé-sur-Sarthe, après un appel à manifester des syndicats.

JEAN-FRANCOIS MONIER via Getty Images

INTERNATIONAL - Plusieurs prisons de France sont actuellement bloquées par des surveillants ce mercredi 6 mars au lendemain de l’attaque de deux d’entre eux par un détenu et sa femme à la prison de Condé-sur-Sarthe. Une centaine de surveillants bloque l’accès de l’établissement où s’est déroulée l’agression, mais 18 structures ont été touchées par un mouvement de soutien à travers le pays, initié par les syndicats, selon l’administration pénitentiaire.

Dans ces 18 établissements, sur un total de 188 en France, les surveillants ont refusé de prendre leur service, a expliqué la DA, direction de l’administration pénitentiaire. Il y a également eu dans d’autres établissements des retards de prise de service. “A peu près 80% des établissements sont mobilisés”, a affirmé à l’AFP Yoan Karar, secrétaire général adjoint du syndicat FO (majoritaire). Toutefois, vers 11 heures, le nombre de structures bloquées est tombé à une dizaine et “certaines situations sont en voie de règlement”, selon la Chancellerie.

L’entrée de la plus grande prison d’Europe, Fleury-Mérogis, a été bloquée par plus d’une centaine de gardiens et selon BFMTV, ils se disaient déterminés à ne laisser entrer personne, salariés, visiteurs et gardiens. Les CRS ont été dépêchés pour déloger les manifestants et le blocage a été levé après 9 heures.

À Condé-sur-Sarthe, “il y a 130 personnes devant, tout est bloqué et personne ne rentre, la police, le personnel de direction, seule une infirmière a pu entrer”, a déclaré à l’AFP Emmanuel Guimaraes, délégué national FO, devant l’entrée de la prison de Condé. “C’est un mouvement illimité. L’émotion est très forte car ça faisait longtemps qu’on disait que ça allait arriver”, a-t-il ajouté au milieu de feux de palettes et de pneus.

À Marseille, la prison des Baumettes est elle aussi bloquée par une centaine de surveillants. De même que les établissements de Grasse et Nice selon France Bleu Azur. Une quarantaine de gardiens serait mobilisée pour le premier et une trentaine pour le deuxième. À Nice, les forces de l’ordre sont arrivés sur place pour évacuer les manifestants.

De même que la prison de Perpignan, selon le maire de la ville de Yerres.

La maison centrale de Saint-Maur, la maison d’arrêt de Besançon, les prisons de Roanne (Loire), de Rennes et de Fresnes (Val-de-Marne), le centre pénitentiaire de Longuenesse (Pas-de-Calais), celui du Muret (Haute-Garonne), de Foix (Ariège) ou encore de Nantes, Melun, Tarascon, Gradignan et Borgosont également mobilisés selon CGT Pénitentiaire et l’AFP.

Les syndicats dénoncent l’insécurité grandissante

Les syndicats FO et CGT ont lancé un appel national ce mercredi et dénoncent l’insécurité grandissante dans les maisons d’arrêt, la multiplication des agressions de gardiens et le manque de moyens. Ils exigent des “réponses politiques” à l’attaque survenue à Condé-sur-Sarthe, notamment la création d’établissements spécialisés dans l’accueil de détenus radicalisés.

“Les revendications portent sur la sécurité et les salaires. Il faut une revalorisation salariale car la grosse problématique, c’est qu’on n’arrive pas à recruter. Le problème, c’est que le métier n’est pas attractif. Donc il faut attirer des gens et éviter le départ des agents, par exemple vers la police municipale”, a affirmé à l’AFP Yoan Karar.

La ministre de la Justice Nicole Belloubet a reconnu mercredi sur RMC qu’il y avait “encore des failles” dans la gestion des détenus radicalisés.

“Il ne me semble pas pensable que l’on puisse entrer en détention avec des objets qui ne puissent pas être détectés”, a expliqué la garde des Sceaux, qui a demandé une inspection à Condé. Sur plus de 70.000 détenus en France, quelque 500 personnes sont incarcérées pour des faits de terrorisme et 1200 prisonniers de droit commun ont été identifiés comme “radicalisés”, qui ont tous vocation à passer par des quartiers d’évaluation de la radicalisation (QER).

La femme de l’agresseur est décédée

Michaël Chiolo, le détenu à l’origine de l’attaque contre deux surveillants à la prison de Condé-sur-Sarthe ce mardi 5 mars, est resté retranché plusieurs heures après les faits. Il a été interpellé avec sa compagne par le RAID qui a lancé l’assaut en début de soirée.

Selon plusieurs sources concordantes à l’AFP, une intervention du Raid a été lancée vers 18h40 contre l’assaillant, retranché dans l’unité de vie familiale avec sa femme. “Intervention du RAID en cours”, “assaut en cours”, ont indiqué à l’AFP des sources proches du dossier. Deux hélicoptères de l’armée de terre étaient également posés à quelques dizaines de mètres de la prison, ainsi qu’un hélicoptère du Samu qui s’est posé peu après 16h, selon une journaliste de l’AFP.

Le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a ensuite annoncé l’interpellation par le RAID de Michaël Chiolo et sa compagne. Les deux ont été blessés par balles lors de l’intervention: Michaël Chiolo a été légèrement touché à la joue, mais sa compagne, dont le pronostic vital était engagé, est décédée quelques temps après la fin de l’assaut.

Dans la soirée, trois personnes ont été placées en garde à vue dans le cadre de cette affaire.

Cet article a été initialement publié par Le HuffPost France.