TUNISIE
23/04/2019 14h:42 CET

Après l'assassinat de la journaliste Lyra McKee, l'Irlande du nord ressasse son passé

Jeudi 18 avril, Lyra McKee, jeune journaliste de 29 ans, a été tuée par balle dans le quartier de Creggan à Derry, en Irlande du Nord.

Clodagh Kilcoyne / Reuters

Dans la nuit du jeudi 18 au vendredi 19 avril, des émeutes ont éclatées à Derry (Londonderry pour les unionistes), en Irlande du Nord. Lyra McKee, journaliste de 29 ans a trouvé la mort lorsqu’elle s’est fait tirer dessus par un homme dans le quartier de Creggan (quartier catholique pauvre) , lors d’affrontements avec les forces de l’ordre, selon la police nord-irlandaise (PSNI).

Deux jeunes hommes âgés de 18 et 19 ans ont été arrêtés puis conduits à Belfast, en vertu de la législation antiterroriste, pour y être interrogés. Les deux hommes ont été relâchés de leur garde à vue ce 22 avril, sans inculpation. Le commissaire Jason Murphy, a lancé, suite à la libération des deux suspects, un appel à témoins, par le biais d’un communiqué: “Je sais qu’il y a des gens qui savent ce qui s’est passé mais qui ont peur de se manifester. Mais si vous avez des informations, aussi petites soient-elles, veuillez contacter les enquêteurs.”

La ville de Derry est située à la frontière entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord. Cette ville est tristement célèbre pour le “Bloody Sunday” de 1972. Le 30 janvier 1972, des soldats britanniques avaient tirés sur des manifestants pacifistes, faisant 14 morts, ce qui engendra de sérieux “troubles” dans la région, qui continuent près de 50 ans après. La chanson “Bloody Sunday” du groupe U2 raconte ce malheureux épisode.

 

Les évènements de jeudi dernier, surviennent après une première vague de violence en janvier dernier. Alors en pleine tension sur le Brexit, où la frontière irlandaise constitue un des principaux points de désaccord, une voiture piégée avait explosé à Derry. Cela avait déjà fait craindre une flambée de violence dans cette ville emblématique de la guerre civile qui a opposé unionistes et républicains en Irlande du Nord.

Qui est Lyra McKee, la journaliste tuée?

Journaliste et auteure, elle avait grandi à Belfast près d’Antrim Road, endroit surnommé “le mile du meurtre” au vu du grand nombre de victimes qui y sont décédées à l’époque des “Troubles”. Membre de la communauté catholique, elle venait de terminer un livre sur l’assassinat du leader unioniste Robert Bradford.

Ouvertement lesbienne, elle était militante LGBT et féministe. Elle avait quitté Belfast et emménagé à Derry pour vivre avec sa compagne. Elle s’est fait connaître en 2014 lorsqu’elle publiait sur un blog une lettre à l’adolescente qu’elle a été. 

 

Pour un livre à publier en 2020, Lyra enquêtait sur la disparition de deux jeunes adolescents en 1974 près de Falls Road, le quartier de l’ouest de Belfast dominé par les républicains catholiques. Venant elle-même d’un milieu catholique défavorisé, elle avait 8 ans lors de la signature de paix du Vendredi Saint, le 10 avril 1998. 21 ans après, c’est sa mort qui a ému tout le pays et qui a “unifié tous les partis politiques qui ont unanimement et fermement condamné son meurtre”, déclare Fabrice Mourlon, spécialiste de l’Irlande du Nord et maître de conférences à l’université Sorbonne Nouvelle, à Franceinfo.

Renaissance des tensions

La mort de Lyra McKee a ému beaucoup de monde et a donné lieu à la condamnation de cet acte par tous les partis. Cependant, d’un autre côté, cela a fait ressortir les blessures du passé.

Pendant près de 3 décennies, opposants républicains nationalistes (catholiques), partisans de la réunification de l’Irlande, et loyalistes unionistes (protestants), défenseurs du maintien dans la Couronne britannique n’ont cessé de s’affronter, faisant de nombreux morts.

La police a qualifié le meurtre de Lyra McKee d’ “incident terroriste” commis par des “dissidents républicains violents” appartenant “très probablement à la Nouvelle IRA”, un groupe dissident de l’IRA, l’armée républicaine qui a déposé les armes en 2005, et qui “réclame toujours une Irlande unie n’acceptant pas l’accord de paix de 1998”, souligne l’historien Fabrice Mourlon à Franceinfo.

La Nouvelle IRA, s’était montrée régulièrement active avec l’attentat à la voiture piégée en janvier dernier, la découverte de plusieurs paquets contenant des explosifs, retrouvés dans des bâtiments des aéroports de Londres-City et Heathrow. “Chaque année, ceux-ci sont responsables d’une cinquantaine d’incidents avec armes à feu et de l’explosion d’une vingtaine de bombes”, note Le Monde d’après un témoignage de la police.

Une des principales raisons de la résurgence des groupuscules violents est le climat politique dans lequel se trouve l’Irlande du Nord aujourd’hui.

Depuis l’accord de paix du Vendredi Saint, une frontière souple existe entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande. Une frontière presque “imaginaire”.

En pleine négociation pour le Brexit, l’Irlande du Nord qui fait partie du Royaume-Uni risque une sortie sans accord de l’Union Européenne. Cela entraînerait la création d’une frontière physique entre les deux Irlande, et donc de faire ré-émerger les tensions entre loyalistes unionistes protestants et républicains nationalistes et catholiques, qui refusent de siéger ensemble depuis janvier 2017 suite à une affaire de corruption.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Twitter.

Retrouvez le HuffPost Tunisie sur notre page Instagram.