MAROC
09/08/2019 12h:25 CET

Après l'adoption de la loi-cadre, les militants de la langue arabe veulent constituer un front

Ils estiment que le législateur a violé la constitution.

Youssef Boudlal / Reuters

ENSEIGNEMENT - Ils ne baisseront pas les bras. Les militants de l’enseignement en langue arabe réagissent à l’adoption par les deux Chambres du Parlement du projet de loi-cadre relatif au système de l’éducation, de l’enseignement, de la formation et de la recherche scientifique. Par la voie de la Coalition nationale pour la langue arabe, ils annoncent la poursuite de leur militantisme qualifiant, dans un communiqué publié ce vendredi, leur combat de “légitime”. 

“Nous avons été choqués par l’approbation de ce projet de loi-cadre. Pour nous, les élus représentent le législateur qui doit veiller sur le respect de la constitution ainsi que le peuple marocain dont il doit préserver l’identité. Ni les acquis constitutionnels ni ceux législatifs n’ont été pris en compte, malgré le refus et le désaccord qui ont porté sur les deux articles liés à l’alternance linguistique”, déclare au HuffPost Maroc Fouad Abou Ali, président de la Coalition nationale pour la langue arabe. 

Les deux articles en question, 2 et 31 de ce projet de loi-cadre, sont relatifs au processus linguistique permettant d’enseigner les matières scientifiques et techniques en langue étrangère, en l’occurrence, en français. “En adoptant ce processus, l’enseignement marchera en reculant”, s’insurge ce porte-parole des militants pour l’enseignement de toutes les matières en langue arabe, brandissant comme argument principal l’article 5 de la constitution. Ce dernier stipule que “l’arabe demeure la langue officielle de l’Etat” et appelle à “une loi organique” qui “définit le processus de mise en oeuvre du caractère officiel de cette langue, ainsi que les modalités de son intégration dans l’enseignement et aux domaines prioritaires de la vie publique, et ce afin de lui permettre de remplir à terme sa fonction de langue officielle”.

Les militants pour l’enseignement en langue arabe ont tenu une réunion le 7 août pour faire le point sur la situation et entreprendre les démarches qui s’imposent. “Ce communiqué que nous publions aujourd’hui annonce le début de la constitution d’un front contre cette loi-cadre, mais aussi contre le lobby francophone qui veut franciser l’enseignement marocain”, souligne Fouad Abou Ali. Le front dont il est question veut réunir les forces vives quelles qu’en soient la couleur et la nature. 

Réitérant leur “refus catégorique” de cette loi-cadre, qui entrera bientôt en vigueur, ces militants précisent, dans leur communiqué, qu’ils ne sont pas contre l’enseignement de langues étrangères “qu’il faut apprendre et maîtriser”, mais contre l’utilisation d’une autre langue à part celles constitutionnellement officialisées dans l’enseignement national. “Nous sommes prêts à entreprendre toute démarche pour faire arrêter ce dangereux dérapage qui menace les fondements de la nation”, préviennent-ils. 

Le front auquel ils appellent sera ouvert à tous ceux qui soutiennent et partagent leur cause. “Toutes les personnalités politiques, associatives sont invitées à le rallier. Pour l’instant, nous n’avons pas programmé des démarches protestataires, mais l’essentiel, pour nous, est de renforcer nos rangs en vue d’établir une stratégie dont nous annoncerons les principes probablement au cours de ce mois”, annonce Abou Ali.