MAROC
13/02/2019 14h:03 CET

Après la réhabilitation de son film censuré, Mostafa Derkaoui fait l'objet d'un documentaire

Le réalisateur sort de l'oubli.

KALEO FILMS

CULTURE - Lumière sur Mostafa Derkaoui. Le réalisateur marocain, dont le premier film “De quelques événements sans signification” (1974) vient d’être restauré et doit être projeté à la Berlinale (Allemagne) puis au Maroc après avoir été longtemps censuré, fait l’objet d’un documentaire.

“Librement, Mostafa Derkaoui” (“Freely, Mostafa Derkaoui” en anglais), réalisé par Sophie Delvallée, est actuellement en phase finale de post-production. Le documentaire retrace l’histoire de son premier film, sa censure et le travail de restauration dont il a fait l’objet. Il ramène également Mostafa dans l’École nationale de cinéma de Łódź, en Pologne, où il a étudié il y a plus de 40 ans, indique un communiqué de presse publié par FilmNewEurope.

“Ce voyage est une opportunité pour lui de revenir sur la liberté de création qu’il a expérimentée dans ce pays. Pour nous, c’est une façon de comprendre comment ses films d’étudiant tournés en Pologne préfigurent esthétiquement son premier long métrage”, souligne le communiqué.

Mostafa Derkaoui parle également du lourd tribut qu’il a dû payer après l’interdiction de projection de son premier long métrage, lorsqu’il est rentré au Maroc, et la manière avec laquelle il a réussi à continuer à faire des films, poursuit la même source.

Dans ce documentaire, Derkaoui, en fauteuil roulant, qui a dû lutter pendant de nombreuses années contre la maladie, tente également de réaliser un dernier film rêvé, souligne Kaleo Films, la société de production française qui produit le documentaire aux côtés de Entertain Pictures (Pologne) et Abel Aflam (Maroc) . “La possibilité de restauration de son film mythique et interdit par la censure (...) va encourager son rêve de création”, précise Kaleo Films.

Interrogée par le HuffPost Maroc, la réalisatrice Sophie Delvallée, qui travaille depuis de nombreuses années sur ce projet, confie que ce documentaire est “presque de la fiction”. “Il y a une analogie esthétique entre la restauration de son premier film et le combat contre la maladie de Mostafa. Dans les deux cas, c’est comme une renaissance”, explique-t-elle.

Le documentaire est également une réflexion sur ce qu’était être cinéaste au Maroc dans les années 70, et comment Mostafa Derkaoui a voulu construire un cinéma post-colonial, à une époque où les voix divergentes peinaient à se faire entendre.

Envoyé dans plusieurs festivals à travers le monde, “Librement, Mostafa Derkaoui” devrait être projeté dans les prochains mois au Maroc, en Pologne et en France. Il a été réalisé avec le soutien, entre autres, du Centre national du cinéma et de l’image animée, du Centre cinématographique marocain, de l’Institut du film polonais et de 2M TV Maroc.

Né en 1944 à Oujda, Mostafa Derkaoui est l’auteur de onze longs métrages, dont “Les beaux jours de Shahrazade” (1981), “Fiction première” (1992), “Les Sept portes de la nuit” (1994), “La grande allégorie” (1995) et “Casablanca by night” (2003).