MAROC
14/02/2019 13h:05 CET

Après la réduction de la peine contre le blogueur Al-Nguad, ses avocats se préparent à saisir la our de cassation

La charge d'"outrage à l’emblème et aux symboles du royaume” a été abandonnée en appel.

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PROCÈS - “Après 4 mois passés en prison, il aurait dû être libéré”. C’est ce que déclare au HuffPost Maroc Jabir Baba, un des avocats du blogueur tétouanais de 32 ans Soufian Al-Nguad. Ce dernier avait été condamné en première instance, le 18 octobre dernier, à deux ans de prison ferme assorti d’une amende de 20.000 dirhams. Une sentence que la Cour d’appel a fini par alléger, le 11 février, en réduisant sa peine à un an et l’amende à 2.500 dirhams. 

Mais, pour Jabir Baba, le verdict reste “injustifié”. “La condamnation de Al-Nguad en première instance a été très dure. Il n’avait fait que poster un texte de solidarité sur Facebook après la mort tragique de Hayat et il a été partagé par les supporters du club Moghreb de Tétouan”, rappelle l’avocat, estimant que le blogueur “ne devait pas être poursuivi”. “Il a été surpris par cela. D’autres, qui avaient pourtant commis des actes de vandalisme, n’ont été condamnés qu’à 4, 6 ou 10 mois de prison ferme”, indique l’avocat.

Selon ce dernier, plusieurs charges avaient été retenues contre le blogueur, en première instance. Elles ont porté sur “la propagation de la haine”, “l’appel à l’insurrection civile”, “l’incitation à participer dans une manifestation non autorisée”, ainsi que sur “l’outrage à l’emblème et aux symboles du royaume”. Cette dernière charge a finalement été abandonnée, d’après cet avocat, par la Cour d’appel. “En réponse à une question que le président de l’audience lui a posé, Al-Nguad a déclaré clairement qu’il n’avait aucune hostilité envers le régime marocain ni avec les autorités locales et souligné qu’en tant que citoyen, il défend sa patrie”, rapporte Me Baba.

Suite à cette deuxième sentence, Al-Nguad, rassure l’avocat, tient le coup. “Il est en très bonne forme. Le verdict n’a pas eu d’impact sur lui”, assure-t-il. Et d’ajouter que le blogueur “est conscient que les poursuites dont il a fait l’objet ne sont que la facture de son militantisme pour les droits humains et sa solidarité exprimée envers les manifestations notamment à Al Hoceima et Jerada”. 

Loin d’être soulagé, l’avocat, ainsi que ses cinq collègues qui assurent la défense du jeune homme, ne comptent pas lâcher prise. Ils souhaitent saisir la Cour de cassation pour faire annuler la condamnation de Soufian Al-Nguad. “Sincèrement, nous y réfléchissons en ce moment. Nous devons en discuter avec sa famille d’abord. Nous sommes solidaires avec Soufian et nous lui devons bien cela”, confie l’avocat. 

Deux jours avant la sentence de la Cour d’appel, l’ONG Human Rights Watch avait lancé cet appel au Maroc: “Libérez un citoyen qui n’a fait que s’exprimer sur Facebook”. L’ONG estime que cette condamnation est “une violation du droit à la liberté d’expression” nécessitant le “réexamen de ce verdict abusif”.