ALGÉRIE
08/10/2018 11h:03 CET

Après la raffinerie d’Augusta en Italie, Sonatrach investit en Turquie

Fin 2018, le groupe algérien devrait signer avec deux sociétés turques un contrat pour la réalisation d'une unité de propylène en Turquie. C’est son deuxième grand investissement international après l’acquisition, fort critiquée, d’une raffinerie italienne d’ExxonMobil en mai 2018.

FAROUK BATICHE via Getty Images

Sonatrach et deux sociétés turques, Ronesans Endustri Tesisleri lnoaat Sanayi ve Ticaret et Bayegan, devraient signer à la fin de l’année un contrat portant sur la réalisation d’une unité de propylène en Turquie. C’est ce qu’a déclaré, hier à Alger, le PDG du groupe pétro-gazier algérien public Abdelmoumene Ould Kaddour, cité par Algérie Presse Service (APS).

Le propylène est obtenu par déshydrogénation du gaz propane. Très demandé dans l’industrie pétrochimique, sa production mondiale avoisinerait 100 millions de tonnes/an (2014) et devrait se situer en 2023, autour de 130 millions de tonnes.

Le mémorandum d’entente entre Sonatrach et ses deux partenaires turcs pour la réalisation d’une étude de faisabilité de ce projet a été signé il y a plus d’un an, en août 2017.

La part de Sonatrach dans celui-ci sera de 30%, et c’est elle qui fournira le propane pour l’unité de production, a indiqué Abdelmoumene Ould Kaddour, qui s’exprimait lors d’un point de presse à l’issue de la signature de deux accords avec le Français Total (un contrat d’exploitation pour le développement du périmètre Tin Foyé Tabankort Sud et un pacte d’actionnaires pour une joint-venture avec Total Entreprise Polymères).

Un premier acte du déploiement à l’international : la raffinerie d’Augusta

Ce nouveau partenariat est le deuxième acte d’une opération de « déploiement à l’international » du groupe énergétique algérien. Le premier acte en a été le rachat à Esso Italiana (filiale d’ExxonMobil), en mai 2018, de sa raffinerie d’Augusta (Sicile), ainsi que de trois terminaux pétroliers.

Le coût de l’acquisition de cette raffinerie n’a pas été révélé par Sonatrach. En septembre dernier, son vice-président par intérim de l’activité commercialisation, Ahmed Mazighi, s’est contenté d’indiquer qu’il correspond à un sixième du prix d’une raffinerie neuve.

Abdelmoumene Ould Kaddour a justifié cette transaction par le besoin d’améliorer l’approvisionnement de l’Algérie en produits pétroliers. « Nous devons importer jusqu’à 2 milliards de dollars par an de produits raffinés. Il faut mettre fin à ce paradoxe », a-t-il déclaré au journal économique et financier français Les Echos, rappelant que si le programme de réhabilitation et d’extension des raffineries algériennes est ambitieux, sa réalisation « prendra quatre à cinq ans au bas mot [alors qu’] avec Augusta, nous avons accès immédiatement à des capacités supplémentaires ».

Un déploiement à l’international critiqué

Le rachat de cette raffinerie n’est pas allé sans être critiqué. Le fait que les grandes firmes européennes et américaines investissent moins dans le raffinage en Europe, où le marché serait encore en surcapacité, a été notamment souligné. Ont été également soulignés les dangers environnementaux et sanitaires dont cette installation industrielle serait à l’origine ainsi que les craintes des syndicats pour le sort des salariés une fois que le nouvel acquéreur en aura pris le contrôle.

Le PDG de Sonatrach a vigoureusement balayé ces critiques. Dans un entretien accordé au Quotidien d’Oran en juin 2018, il a même contre-attaqué ses contradicteurs, estimant que les questions à se poser ne devraient pas porter sur l’opportunité de cette opération mais sur la présence peu importante de Sonatrach à l’international.