MAROC
05/11/2018 15h:10 CET | Actualisé 05/11/2018 15h:11 CET

Après la mort du berger, les autorités locales se défendent de toute négligence

L'AMDH n'est pas convaincue.

AMDH/Tahla

DRAME DE TAHLA - Un homme discret devenu “martyre du gagne pain”. Le berger Hamid Baali, 30 ans, a été inhumé hier à douar Tanchrarate (commune rurale de Bouiblabe à Tahla) où il habitait, après avoir été retrouvé sans vie, la veille, enseveli sous la neige à Jbel Bouiblane. Parti chercher le troupeau de moutons dont il avait la garde, il était porté disparu depuis le samedi 27 octobre. Une semaine plus tard, la macabre découverte de son cadavre suscite colère et indignation. “La mort de Baali est le résultat d’une négligence et du retard pris par les autorités locales pour lancer l’opération de recherche”, déclare au HuffPost Maroc le président de la section Tahla de l’Association marocaine des droits humains (AMDH), Mustapha Khattar.

Les recherches, ce sont la famille et les habitants qui les ont menées en premier. “Le samedi au soir, Hamid Baali est allé chercher le bétail constatant que le temps instable annonçait l’arrivée d’une tempête imminente. En effet, une chute de neige importante a été enregistrée ce week-end là”, raconte ce militant, habitant lui aussi de Tahla. Et de préciser que le berger était célibataire et vivait avec son frère et la famille de celui-ci. “A sa disparition, ces derniers aux côtés des habitants se sont mobilisés dès le lendemain, dimanche, pour essayer de le retrouver”, ajoute-t-il, précisant que “les appels des habitants de Bouiblane et de la section locale de l’AMDH aux autorités locales n’ont pas suscité d’échos”.

D’après ce militant, les autorités locales n’ont lancé les recherches qu’au sixième jour de la disparition du berger. Auprès des autorités locales, il n’y pas lieu de parler d’une négligence. “Durant les premières 48 heures de sa disparition, il était impossible qu’un hélicoptère puisse survoler la zone à cause du brouillard”, déclare au HuffPost Maroc le président de l’arrondissement de Tahla, Khalid Naïm. 

La rudesse du climat explique, pour ce responsable, le retard pris à lancer les recherches. “Les habitants n’ont pas laissé non plus les agents de la protection civile aller sur la montagne. Ils les ont prévenus qu’ils risquaient de ne plus revenir dans ces conditions climatiques”, indique ce représentant des autorités locales. Et de souligner qu’il est tombé six mètres de neige pendant dimanche et lundi.

Quant à l’alerte, le président de l’arrondissement affirme que les autorités ne l’ont reçue que lundi. “Il n’y a pas eu de déclaration avant. Les bergers ont l’habitude de passer parfois des nuits en dehors de leur maison lorsqu’ils vont à la montagne”, dit-il. Mais il n’y a pas que les aléas climatiques qui semblent avoir posé problème, Khalid Naïm déplore aussi les difficultés d’accès dans “un terrain difficile connu pour ses altitudes”. “Tous les accès étaient enclavés lundi. Le caïd est passé par un douar relevant de Guercif situé derrière la montagne pour mener ses recherches avec ses équipes auprès des habitants”, précise-t-il.

Selon ce dernier, les recherches ont ainsi été lancées, lundi, mais c’est à partir de mercredi qu’elles se sont élargies lorsque le climat s’est éclairci. “L’hélicoptère a pu survoler la zone pendant deux jours: mercredi et jeudi. La protection civile, les forces auxiliaires et la gendarmerie royale avec des chiens renifleurs ont ensuite élargi les recherches”, explique le président de l’arrondissement. Et d’ajouter que les représentants des autorités locales ont passé 5 jours au douar Tanchrarate. “On ne peut pas nous accuser d’avoir failli à notre mission lorsqu’on écrit sous sa couette, ignorant ce que représentent les pentes de Bouiblane pour une équipe de recherche”, regrette-t-il. 

Pour Khalid Naïm, les autorités locales ont mené leur mission dans la mesure du possible. “Avec cette tempête de neige imprévue qui s’est abattue samedi, il y avait peu chance de le retrouver vivant”, reconnaît-il.      

La préfecture a pris en charge les funérailles de Hamid Baali qui n’est malheureusement pas le premier à laisser sa vie dans ces conditions. Des cas comme lui sont monnaie courante dans la région. “Ce sont les réseaux sociaux qui ont permis de faire connaître ce cas. Pour les habitants, ici, des drames similaires font partie du vécu depuis toujours”, indique le président de l’AMDH-Tahla.

Si les autorités locales estiment avoir rempli leur mission, l’AMDH, elle, n’est pas convaincue. Elle compte rendre visite dans les prochains jours à la famille de Hamid Baali. “Nous irons lui expliquer que cette mort aurait pu être évitée et qu’elle peut saisir la justice pour faire valoir ses droits”, nous annonce-t-il.