MAROC
01/10/2018 18h:15 CET

Après la crise RNI-PJD, la majorité est-elle vraiment en danger?

"Le différend entre le PJD et le RNI n'a pas atteint le niveau d'une crise".

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ÉCLAIRAGE - Ce n’est pas une campagne électorale anticipée, même si elle en a des airs. Les frères ennemis, PJD et RNI, qui se sont livrés il y a quelques jours à un duel verbal remettant en cause, chacun de son côté, la légitimité de l’autre, chercheraient simplement à se démarquer. C’est du moins l’avis du politologue Ahmed El Bouz, pour qui la sortie des deux partis ne peut traduire des préparatifs à une campagne pour des élections qui n’auront lieu qu’en 2021. “La gestion temporelle politique et électorale au Maroc ne permet pas de l’affirmer. La distance qui nous sépare des élections est de près de 3 ans”, déclare-t-il au HuffPost Maroc.

Pour le politologue, c’est un repositionnement sur l’échiquier au sein même de la majorité que traduirait cet affrontement. “Ce différend entre le PJD et le RNI n’a pas atteint le niveau de crise. Les problèmes, qui agitent l’alliance gouvernementale, en ce moment, relève, à mon sens, du normal”, soutient Ahmed El Bouz, précisant toutefois que c’est “la première fois” dans l’ère Saad-Eddine El Othmani que la majorité fait face à une tension de ce type. “À en juger des conditions dans lesquelles s’est constituée l’alliance de ces partis aux idées opposées, la situation d’aujourd’hui était tout à fait prévisible”, déduit-il.

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Une simple turbulence en somme, sans véritable danger pour la majorité gouvernementale. “Ce qui arrive avec le RNI n’a rien de similaire avec ce qui s’est passé avec le parti de l’Istiqlal”, rappelle le politologue estimant que “rien ne présage d’un renouvellement au sein de la majorité”. “Toutes les majorités ayant constitué les gouvernements précédents ont vécu leurs moments de turbulence. Celle-là n’a même pas eu droit à sa lune de miel”, fait remarquer Ahmed El Bouz. Et de rappeler que les deux partis en question se livrent à des affrontements depuis le gouvernement de Abdelilah Benkirane.  

Quels que soient les litiges internes, les partis de la majorité les “ont maîtrisés”, selon ce politologue pour qui le duel RNI-PJD laisse plutôt penser que chacun des deux partis “teste sa popularité et réaffirme sa présence”. Le RNI, après la campagne de boycott qui a visé son patron Aziz Akhannouch, a donc tenté de rattraper le temps perdu, tandis que le PJD a voulu, de son côté, “relever la température sur le thermomètre de la popularité”. 

L’impact sur le gouvernement dépendra de la durée que prendra ce litige. “On ne sait pas si c’est un nuage passager qui se dissipera bientôt avec une réconciliation ou si d’autres facteurs émergeront pour l’aggraver”, s’interroge Ahmed El Bouz pour qui l’expérience électorale des deux partis les contraint à rester dans la majorité. 

Jean Blondin / Reuters

De son côté, Abdelhafid Edmino, professeur de droit public, explique au HuffPost Maroc que “la constitution hybride” du gouvernement lui vaut des turbulences “attendues”. “Entre le PJD et le RNI, la relation de l’entente n’a pas été de mise et la charte de la majorité qui devait arranger la situation s’est contenté de rappeler des principes”, souligne l’analyste. Et d’estimer que ce duel ne mettra pas en danger l’avenir du gouvernement. “Les actions du gouvernement seront touchées par ce différend au niveau de l’efficacité et de la coordination entre les départements. Il risque aussi de susciter des courants auprès des ministres”, met-il en garde. 

Abdelhafid Edmino situe le risque de la turbulence sur le terrain. Alors que les orientations royales se penchent sur des actions précises, ce genre de climat au sein de la majorité ne peut y être favorable, remarque notre interlocuteur. “Les projets sociaux imposent une mobilisation et une coordination des efforts”, tient-il à préciser.

Estimant lui aussi que les partis de la majorité restent attachés à celle-ci, le professeur en droit est convaincu que le PJD paie le prix fort dans l’état actuel des choses. “Le PJD est affaibli au niveau interne par ce litige avec le RNI. Le traitement de Saad-Eddine El Othmani de la question a créé des courants contradictoires”, affirme-t-il. Pour et contre l’alliance avec le parti de Aziz Akhannouch, c’est la question qui creuse le fossé entre les PJDistes, d’après Abdelhafid Edmino convaincu que le rang des contre, alliés en majorité de Abdelilah Benkirane, “s’élargit de plus en plus”. “Ce courant est toujours convaincu que l’alliance avec le RNI ne profite pas au PJD et l’autre pense qu’il s’agit d’un compromis nécessaire qui n’aura pas d’impact sur le parti”, précise l’analyste.

PJD en tête. L’objectif d’El Othmani de conserver sa place devra faire face à une rude compétition. “Le PJD sait que son conflit avec le RNI renforce ce dernier et lui confère plus de popularité. Le RNI a pour dessein de parvenir à la première place aux prochaines élections”, souligne l’analyse, estimant, toutefois, que “la majorité n’a pas à encaisser l’impact”. “Si ce différend entre les deux partis reste normal, il n’est pas acceptable pour le citoyen”, souligne Abdelhafid Edmino.