MAROC
29/06/2018 13h:57 CET

Après la condamnation de Hamid El Mahdaoui, son avocat plaide son innocence et sollicite une grâce royale

Une intervention royale attendue à l’approche de la fête du Trône.

Anadolu Agency via Getty Images

JUSTICE - Inattendu. Le verdict qui met fin au procès, en première instance, du journaliste Hamid El Mahdaoui exaspère et déçoit sa défense. “Il a été reconnu coupable de n’avoir pas dénoncé un crime, mais ce dernier n’a jamais existé. Comment peut-on dénoncer une fiction?”, s’emporte son avocat Mohamed El Hini, ancien juge, livrant au HuffPost Maroc ses impressions sur le jugement.

Condamné à 3 ans de prison ferme assortie d’une amende de 3.000 dirhams, Hamid El Mahdaoui “paie la facture de la liberté d’expression”, aux yeux de sa défense, convaincue de son innocence de la charge retenue contre lui: “non dénonciation d’un crime portant atteinte à la sûreté de l’État”. “Nous avons démontré par la voie de 17 arguments tangibles exposés à la cour que Hamid El Mahdaoui est innocent, qu’il n’a jamais cherché à nuire à l’Etat de quelque façon que ce soit”, souligne Mohamed El Hini.

La défense a surtout tenté de démonter l’accusation estimant également que, juridiquement, “on ne peut poursuivre une personne de n’avoir pas dénoncé un crime dont les autorités sont déjà informées”. El Hini précise ainsi que les enregistrements des appels téléphoniques d’un Marocain résidant aux Pays-Bas reçus par El Mahdaoui, et sur lesquels se fonde la poursuite de ce dernier, montrent en soit que “les autorités n’ignoraient pas leur contenu”. “Au cours de ma plaidoirie, j’ai interpellé le juge présidant l’audience, sur ce point précis”, affirme l’avocat. Et de préciser que le représentant du ministère public ne s’y pas opposé et qu’il a “même été élogieux envers Hamid El Mahdaoui”. “Nous nous attendions tout logiquement à l’acquittement, mais le tribunal a été sourd”, regrette l’ancien juge, qualifiant le verdict de “très sévère” envers Hamid El Mahdaoui et de “point noir dans l’histoire de la justice marocaine”.

Mohamed El Hini annonce, toutefois, que la défense de Hamid El Mahdaoui ne baissera pas les bras, en faisant appel de ce verdict. “Pour nous, le combat juridique se poursuit. Nous allons faire appel, car, il est impossible, pour nous, de ne pas saisir ce droit”, soutient l’avocat, précisant que Hamid El Mahdaoui a été “choqué par le verdict mais qu’il s’est repris pour affronter cette nouvelle manche”. 

Cette “nouvelle manche”, l’avocat souhaiterait que le journaliste en soit dispensé par une intervention royale à l’approche de la fête du Trône. “En tant qu’avocat de Hamid El Mahdaoui, je sollicite  le souverain pour lui accorder sa grâce royale”, déclare-t-il, rappelant que la constitution, dans son article 58, confère seul au roi le droit de grâce. “Cette intervention royale permettra d’apaiser la tension et les esprits, mais aussi de rectifier des jugements prononcés au nom du roi en faveur de l’élan démocratique choisi par le Maroc. Nous avons grande confiance en le roi”, soutient-il. 

La grâce royale, le seul espoir auquel s’accrochent aussi la famille de Hamid El Mahdaoui et celles des détenus du Hirak du Rif condamnés, mardi dernier, à des peines allant de 20 ans de prison ferme à un an de prison avec sursis. “Pour nous, l’intervention du roi est nécessaire pour redorer l’image du Maroc. Ces verdicts sont indignes d’un Maroc sensé respecter la liberté d’expression”, confie au HuffPost Maroc la sœur de Hamid El Mahdaoui, Asmae El Mahdaoui. Décrivant le verdict comme “un deuil” que vit la famille, cette dernière affirme qu’elle continuera à se battre pour la liberté de Hamid. 

L’épouse de Hamid El Mahdaoui, Bouchra El Khounchafi, se dit pour sa part très choquée par le jugement. “Nous avions espéré son acquittement et nous y croyions jusqu’à l’énoncé du verdict”, regrette-t-elle, se rendant à l’évidence que l’épreuve ne touche pas encore à sa fin. 

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