ALGÉRIE
21/09/2019 17h:31 CET

Après l’incarcération de Mohamed Djemaï, le FLN dans le brouillard

Reuters
Mohamed Djemai, (R) who, according to state television, has been elected as the new leader of Algeria's ruling National Liberation Front (FLN) party talks with Mouad Bouchareb, the president of the National Assembly in Algiers, Algeria October 24, 2018. Picture taken October 24, 2018. REUTERS/Ramzi Boudina

Le FLN, qui garde toujours la majorité au Parlement, traverse une nouvelle zone de turbulences après l’incarcération de son secrétaire général Mohamed Djemaï, jeudi 19 septembre 2019, pour “destruction de documents officiels et menaces”. Djemai a rejoint en prison, Djamel Ould Abbes, ancien secrétaire général du FLN, poursuivi pour une affaire de corruption. Le FLN n’a pas réagi à la mise en détention de ses dirigeants.  Le vieux parti, qui a soutenu sans aucune retenue les quatre mandats d’Abdelaziz Bouteflika, depuis 1999, ne semble plus retrouver ses marques. La contestation populaire, qui a obligé Bouteflika à quitter le pouvoir et a ouvert “les portes de l’Enfer” sur son entourage et ses soutiens, a pris pour cible le FLN et les autres partis de l’ex-Alliance présidentielle. Le slogan « FLN dégage ! » est apparu dans les marches du vendredi mettant dans l’embarras, non pas la direction du parti, mais les responsables de l’Organisation nationale des Moudjahidine (ONM) qui a demandé à préserver le sigle du FLN, symbole du combat du peuple algérien contre le colonialisme français. L’ONM
 a ajouté de l’eau au moulin de ceux qui appellent à mettre le FLN dans le “Musée” pour rejoindre les ex-partis uniques de l’Europe de l’Est et des Partis du pouvoir de la région arabe, chassés par les soulèvements populaires.

“Nous demandons pardon au peuple algérien !”

Arrivé à la tête du FLN pour le “sauver”, après le passage désastreux de Moad Bouchareb, bombardé en 2018 “coordinateur du parti” en remplacement de Djamel Ould Abbes, sorti par la petite porte pour “défaut d’allégeance”, Mohamed Djemai a tenté péniblement de rassembler les rangs au moment où des ministres du FLN étaient convoqués pour des affaires de corruption et de dilapidation de deniers publics. Des ministres assimilés à “la bande” de Bouteflika accusée d’avoir mis le pays en coupées réglées. “Nous demandons pardon à son Excellence le peuple algérien, le grand héros, pour toute défaillance ayant mis à mal sa confiance en nous”, a plaidé Mohamed Djemaï. Une demande qui n’a eu aucun écho.

 

Le même Djemaï a défendu le projet du 5ème mandat pour Bouteflika, qualifiant l’ex-locataire du Palais d’El Mouradia, d’homme sage. Il n’a pas écarté la possibilité de présenter un candidat ou de soutenir un candidat, “qui suit la ligne patriotique authentique”, lors de la prochaine élection présidentielle. “Si l’intérêt national l’impose, nous mettrons un frein à nos ambitions”, a-t-il déclaré lors de la seule interview accordée à un média, Echrourouk news, début septembre 2019. Or, le FLN, depuis l’arrivée Bouteflika au pouvoir en 1999, a mis de côté ses “propres choix” et “oublié” d’avoir des idées politiques.

Bouteflika, toujours président du FLN !

Le FLN a adopté “le programme présidentiel de Bouteflika” comme son propre programme effaçant complètement sa personnalité politique et cédant sur son autonomie en tant que parti. Un parti sans projet de société connu. Le Comité central du FLN a accepté que Bouteflika soit “le président du FLN”. Bouteflika garde toujours ce titre, cinq mois après sa démission de la présidence de la République. Bouteflika et son entourage ont considérablement déstabilisé le FLN l’utilisant comme un instrument par souci de vengeance (après la mise à l’écart de 1982). Depuis 1999, huit secrétaires généraux sont passés par le parti. En 2004, le FLN a été obligé de deux tenir deux congrès en raison du bras de fer entre Ali Benflis, obligé au départ du  poste secrétariat du général du FLN, et Abdelaziz Bouteflika, autour de la présidentielle. Le 26 août 2014, Bouteflika a, par décret, mis fin à toutes les activités de Abdelaziz Belkhadem (secrétaire général du parti entre 2005 et 2013) de “l’ensemble des structures de l’Etat” et ordonné son exclusion des instances dirigeantes du FLN pour des raisons qui restent inconnues à ce jour.

Critiqué par la rue et banni du “dialogue national” par l’instance Karim Younes, le FLN éprouve toujours des difficultés à s’éloigner de la périphérie du pouvoir et ne sait plus comment redevenir un parti politique comme les autres pour s’adapter à la nouvelle situation politique dans le pays. Il lui faudra trouver un autre Abdelhamid Mehri.  Mais, la quête sera compliquée faute de candidats à la hauteur de la mission.