MAROC
25/10/2018 13h:18 CET

Après des démissions en cascade, les médecins du secteur public en grève ce vendredi

130 médecins de Casablanca ont présenté leur démission collective hier.

Anadolu Agency via Getty Images

SANTÉ - Après plus d’un an de manifestations, grèves et sit-in, les médecins du secteur public passent à la vitesse supérieure. Mercredi 24 octobre, pas moins de 130 d’entre eux, travaillant dans la région de Casablanca-Settat, ont présenté leur démission collective.

Dans une lettre adressée au ministère de la Santé, accompagnée de la liste complète des médecins démissionnaires, ces derniers déplorent “la situation catastrophique” que connaît le secteur de la santé publique.

Huffpost MG

Depuis septembre 2017, leurs revendications n’ont pas changé. Selon Dr El Mountadar Alaoui, secrétaire général national du Syndicat indépendant des médecins du secteur public (SIMSP), interrogé par le HuffPost Maroc, les médecins demandent avant tout “l’amélioration des conditions de travail des professionnels de la santé et d’accueil du citoyen, comme le stipule la Constitution de 2011, ainsi que la revalorisation des salaires”.

“Depuis un peu plus d’un an maintenant, nous organisons de nombreuses formes de protestation: marches, grèves à répétition, sit-in, au niveau régional et national. En ce mois d’octobre, nous avons mené une grève le 11, puis organisé une semaine de la colère du 15 au 21. Vendredi 26 octobre, nous prévoyons une nouvelle grève”, annonce Dr El Mountadar Alaoui, précisant que celle-ci n’affectera pas les services d’urgence et de réanimation.

“Nos revendications ont trop duré, sans résultats”

Face au mutisme du ministère de tutelle, les médecins du secteur public ont choisi de diversifier leurs formes de contestation. “Nous avons lancé une série de démissions collectives. Ça a commencé il y a deux semaines dans la région de l’Oriental, avec une cinquantaine de démissionnaires, puis la province de Ouarzazate où une trentaine de médecins ont présenté leur démission, auxquels s’ajoutent les 130 d’hier à Casablanca”, souligne le délégué syndical, annonçant que cela se poursuivra “inéluctablement” dans d’autre régions. “Les démissions collectives sont une forme non commune de protestation, une manière de dire que nos revendications ont trop duré, sans résultats”, explique-t-il.

Selon lui, les médecins du secteur public sont avant tout des “victimes” du système de santé. “Nous sommes victimes d’agressions par des accompagnants de malades qui nous tiennent responsables du mauvais accueil et des mauvaises prestations, des rendez-vous médicaux qui sont de plus en plus espacés et du matériel qui tombe en panne parce qu’il est en surmenage”, déplore-t-il.

Autre doléance: le manque de médecins pour combler les besoins des patients. “En 2014, les statistiques officielles disaient qu’on avait besoin d’au moins 7.000 médecins, et ces besoins ne cessent d’augmenter”, explique Dr El Mountadar Alaoui. “Or on dit qu’en France, il y a déjà 7.000 médecins marocains! Si les conditions de travail étaient décentes au Maroc, ils ne partiraient pas, ou on pourrait les inciter à revenir travailler ici”.