MAROC
19/04/2019 13h:02 CET

Après des démissions collectives en cascade, les médecins du public porteront le 29 avril des "blouses noires"

Plus de 300 médecins de la région du nord ont déposé une démission collective le 18 avril.

STR via Getty Images

SANTÉ - “Le patient arrive dans un état de crise à l’hôpital et lorsqu’il apprend du médecin que le scanner, la radiographie ou autre appareil sont en panne, il s’en prend à lui. Et cela dégénère, parfois, en agression verbale ou physique”. Au HuffPost Maroc, le Dr Abdellah El Mountadar Alaoui, secrétaire général national du Syndicat indépendant des médecins du secteur public (SIMSP) décrit le quotidien des médecins exerçant dans les structures étatiques. Pour ce dernier, il n’y a qu’un seul mot pour qualifier leurs conditions de travail: “lamentables”.

“Des médecins ont déposé des démissions à titre individuel. Mais leur requête n’ayant reçu aucune suite de l’administration, ils ont saisi la justice et obtenu gain de cause. Sauf que, là aussi, le ministère de la Santé se refuse d’exécuter les décisions de justice. C’est un engrenage infernal dans lequel ils vivent sous la contrainte!”, fustige le syndicaliste, soulignant que cette catégorie de médecins choisit de plus en plus de déposer des démissions collectives pour se faire entendre.

“Hier (18 avril), les médecins publics de la région du nord ont déposé collectivement 305 démissions. Et depuis novembre dernier, l’Oriental a enregistré 50 démissions collectives, Ouarzazate 30, Casablanca 131. Et d’autres régions pourraient s’ajouter à la liste”, prévient le Dr Abdellah El Mountadar Alaoui. 

Une situation “catastrophique”

C’est le secrétaire régional du SIMSP à Tanger-Tétouan-Al Hoceima qui a adressé cette demande de démission au directeur régional du ministère de la Santé (ci-dessous). Dans celle-ci, les médecins annoncent “avec regret” leur décision de démissionner “en raison de la situation catastrophique que vit le secteur de la santé ne répondant pas aux normes scientifiques mondiales”. Les démissionnaires précisent aussi que cette situation “ne répond pas aux besoins des citoyens ni à leur droit à la santé garanti par la constitution”.

SIMSP

“Il faut préciser que ces démissions sont des demandes qui doivent faire l’objet d’une procédure administrative pour être accordées. Malheureusement, à ce jour, aucune de ces démissions collectives n’a donné de suite”, annonce le SG du SIMSP. Et d’affirmer que ces médecins continuent donc d’assurer leur travail.

“Nous avons prévenu le ministère qu’il n’avait que deux options: la première consiste à répondre à notre dossier revendicatif, ce qui, pour nous, est le plus important. Sinon, la deuxième option est qu’il accepte les démissions, qu’il nous délivre”, explique-t-il. Et d’insister sur le fait qu’il “est impossible de continuer à travailler dans une ambiance électrique dans laquelle le patient et le médecin sont victimes”.

Blouses noires et sit-in

Ces médecins se disent prêts à réitérer leurs démarches protestataires. “Nous avions observé des grèves et des sit-in et nous continuerons notre militantisme. Le 29 avril, nous mettrons des blouses noires en guise de deuil parce que les services hospitaliers dans ces conditions sont morts. Nous tiendrons un sit-in devant le ministère de la Santé aussitôt suivi d’une marche vers le Parlement”, annonce le SG du SIMSP. 

Ce que revendiquent ces médecins? Améliorer les conditions de travail et d’accueil du patient sont, d’après ce syndicaliste, les priorités du dossier revendicatif. Cette catégorie de médecins attend que le ministère mette en pratique ses engagements, notamment l’application de toute urgence de l’indice-échelon 509 (Bac+8) dans le calcul du salaire et leur accorder deux grades hors échelles qui seraient actuellement soumis à l’étude.

Un accord entre ce syndicat et le ministère avait pourtant fait l’objet d’une annonce officielle par le département d’Anass Doukkali, fin décembre dernier. Le ministère s’était engagé à accélérer le versement des indemnités liées à la garde, l’astreinte et la responsabilité, mais aussi à continuer, dans le cadre d’un comité mixte, l’étude d’autres points, dont la valorisation du statut de la médecine générale.