MAROC
18/04/2018 19h:23 CET

Apprendre à mieux traiter les détenus, une formation qui commence demain à Tiflet

Un moyen notamment de prévenir la torture.

Toru Hanai / Reuters

PROJET - Des prisons humaines. Pour exaucer ce vœu, il faudra d’abord cultiver les principes des droits de l’Homme auprès du personnel des pénitenciers. C’est le projet dont l’annonce a été faite, ce mercredi à Rabat, et dont le lancement effectif est prévu demain à Tiflet, dans la province de Khemisset, donnant ainsi le coup d’envoi d’une série de formations ciblant les fonctionnaires des prisons.

La Délégation générale à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion (DGAPR), le Centre d’études en droits humains et démocratie (CEDHD) en sont à l’origine. Soutenu par l’ambassade des Pays-Bas au Maroc et par le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH), ce projet vise précisément “le renforcement des capacités des responsables et des établissements pénitentiaires en matière de prévention de la torture et de traitement des détenus”. 

Prise de conscience

Mohamed Salah Tamek, à la tête de la DGAPR, parle d’une prise de conscience que la stratégie de son institution aspire à concrétiser. “La DGAPR est consciente de l’importance du renforcement de la culture des droits de l’Homme dans le milieu carcéral et c’est la raison pour laquelle ce chantier est, pour nous, l’une des composantes prioritaires de notre stratégie”, a-t-il déclaré au cours du lancement officiel du projet. Et dans ce chantier, le délégué général retient quatre points: humanisation des conditions de détention, préservation de la sécurité et la sûreté des détenus, préparation des détenus à la réinsertion et  modernisation de l’administration et renforcement des mesures de gouvernance. “La principale préoccupation de la DGAPR est de mettre cela en oeuvre”, reconnait Mohamed Salah Tamek, rappelant que le détenu reste “un citoyen, quel que soit son crime”.  

Et dans le respect de la dignité justement du détenu, les fonctionnaires des complexes pénitenciers sont la clé de la réussite. “La gestion d’un établissement pénitencier repose sur une alliance entre le sécuritaire, l’humain et le social. Ce qui impose la réhabilitation de ses ressources humaines”, a-t-il fait remarquer. Le centre de formation des cadres a donc fait des droits de l’Homme une matière à toutes les sessions qu’il tient quelles soient fondamentales ou continues.  

Un guide sur le traitement des détenus et la prévention de la torture et les différents engagements pris par le Maroc à l’échelle mondiale ainsi que la législation sera distribué aux bénéficiaires. L’un des engagements rappelé, à l’occasion, concerne le “Protocole facultatif se rapportant à la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants”. Ratifié par le Maroc en novembre 2014, l’une des mesures qu’il prévoit porte sur l’installation “d’un système de visites régulières, effectuées par des organismes internationaux et nationaux indépendants, sur les lieux où se trouvent des personnes privées de liberté, afin de prévenir la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants”.

Responsabilité de tous

Le CNDH, qui a vu ses attributions s’élargir, pourra veiller sur le respect de ces engagements. Son secrétaire général Mohamed Sebbar l’a affirmé, à l’occasion du lancement de ce projet de formation, précisant que la loi 76-15 relative à la réorganisation du CNDH apporte à ce dernier les garanties nécessaires. “Le CNDH pourra effectuer des visites régulières dans tous les lieux de détention et de sans préavis”, a-t-il souligné. Et de préciser qu’en tant que mécanisme de prévention de la torture, le CNDH devra accéder à toutes les informations se rapportant aux lieux de détentions et tenir éventuellement des entretiens avec des détenus. Pour le CNDH, ce projet de formation s’intègre parfaitement dans un chantier national qui se doit d’être efficace. 

Un maillon de plus, ce projet s’inscrit dans le cadre d’autres initiatives similaires. Selon le président du CEDHD, Lahbib Belkouch, cette formation cède le pas à une autre qui avait ciblé les médecins des prisons. “Nous sommes sur le point de boucler ce projet qui a donné lieu à 6 sessions de formation et à un guide ciblant ces médecins”, a-t-il indiqué. 

Si les médecins dans les prisons ont été la cible de cette formation, c’est en raison de l’importance qu’ils représentent. Le juriste Driss Belmahi a tenu à le préciser au cours de son intervention, au lancement de ce projet. Il a rappelé la reconnaissance constitutionnelle par le Maroc des droits des détenus, citant l’article 23 de la constitution. Dans ce dernier, il est, entre autres, stipulé que “toute personne détenue jouit de droits fondamentaux et de conditions de détention humaines”. 

 De son côté, le médecin chef de Centre psychiatrique universitaire de Casablanca et membre du CCNDH, le Pr. Omar Battas, a attiré l’attention sur l’importance de doter les prisons de médecins spécialisés en médecine pénitentiaire. Pour lui, améliorer le service médical dans les prisons relève d’une urgence dictée notamment par “l’ampleur des maladies mentales au sein des prisons”, estime-t-il. Une étude sur la prévalence des maladies mentales dans les prisons marocaines est sur le point d’être bouclée. Ses résultats sont attendus dans les prochaines semaines. 

La santé dans les prisons marocaines 

Les établissements pénitentiaires du Maroc sont dotés de 56 cliniques, en plus de 110 infirmeries. Selon des données de la DGAPR au titre de l’année 2017, les établissements pénitentiaires disposent aussi de 58 pharmacies et de 15 laboratoires. Quant à l’effectif médical, il compte 683 cadres médicaux et para-médicaux.

Dans les prisons, il y aurait un médecin pour 820 détenus, un dentiste pour 1381 et un infirmier pour 162 autres. Quant aux consultations médicales, elles sont, en moyenne, de 6 annuellement pour chaque détenu.

Les maladies mentales et contagieuses sont les plus répandues auprès des détenus, par rapport à la population en général. Quant aux décès liés aux maladies, ils sont une centaine, d’après la même source qui précise que les maladies pulmonaires, cardiaque et les cancers en sont les premières causes.   

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