TUNISIE
15/05/2018 20h:52 CET

Appel à la non fermeture des cafés pendant ramadan et au respect des libertés individuelles

Comme à chaque ramadan la question du respect des libertés individuelles est soulevée.

GARDEL Bertrand via Getty Images

Comme chaque ramadan la question du respect des libertés individuelles est soulevée avec son lot de polémiques. Tout a commencé par une question posée par la députée Hager Ben Cheikh Ahmed l’année dernière au ministre de l’Intérieur de l’époque Hédi Majdoub concernant les fondements de la fermeture des cafés et restaurants pendant le mois de ramadan sur la base de la circulaire de 1981 qui s’oppose à l’article 6 de la Constitution. La réponse du ministère intervient en novembre 2017 et elle a fait le tour des réseaux sociaux récemment.

Dans ladite réponse, le ministère de l’Intérieur s’appuie sur l’article premier de la Constitution qui fait référence à l’islam comme religion du pays ainsi que l’article 6 de la Constitution qui énonce que l’État est garant de la religion pour justifier la fermeture des cafés et des restaurants.

″Étant donné que le jeûne pendant ramadan est l’un des cinq piliers de l’islam et un rite important pour la majorité des citoyens, par conséquent ouvrir les cafés et ne pas déterminer les conditions de leur ouverture pourraient être considérés comme provocateurs auprès de beaucoup d’entre eux”, a expliqué la lettre du ministère, qui agite le risque de réactions violentes de la part de certains citoyens ou de la part de terroristes qui trouveraient un prétexte pour embrigader et comploter contre l’État. (ci-dessous) 

La députée Hager Ben Cheikh Ahmed a exprimé son indignation suite à cette lettre du ministère la qualifiant de “dangereuse”. Elle rétorque en se basant également sur l’article 6 de la Constitution qui dispose que l’État garantit les libertés individuelles, comme la liberté de conscience, de croyance, et de ce fait il est amené à protéger les droits des minorités religieuses et des non-pratiquants. “De quel droit s’auto-désigne-t-il protecteur du sacré?!”, a-t-elle lancé.

La députée a expliqué la futilité de l’argument de la provocation des sentiments des jeûneurs en soulignant que ces derniers font leurs courses pendant le ramadan, et sont exposés à la vue de toutes sortes de produits susceptibles d’attiser leur appétit. Elle a également soulevé l’exemple des musulmans pratiquants dans les pays étrangers.

Le collectif pour les libertés individuelles, regroupant une trentaine d’associations, a publié quant à lui un communiqué, le 15 mai,  pour dénoncer le musellement des libertés individuelles, en évoquant “la teneur fort inquiétante” et la “lecture restreinte, sélective et conservatrice de la constitution” de la part du ministre de l’Intérieur. 

Le collectif a mis en garde “comme les années précédentes et à l’approche du mois de Ramadan” contre “la montée des discours de haine contre la diversité confessionnelle dans notre pays et l’augmentation des menaces contre les libertés de conscience, de religion, d’opinion et d’expression”.

Le Collectif appelle le président de la République ”à remplir son obligation constitutionnelle de ’veiller au respect de la Constitution (Article 72) comme une unité cohérente selon l’article 146”. Il demande au chef du gouvernement d’abroger les circulaires qui violent la Constitution à l’instar de la circulaire de 1981 ainsi que l’abolition des lois répressives des libertés individuelles contenues dans le code pénal. 

Le collectif pour les libertés individuelles invite les autorités judiciaires à “abandonner toute poursuite judiciaire arbitraire en contradiction avec la Constitution” et à protéger les libertés. 

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