TUNISIE
21/02/2019 10h:32 CET

Antisionisme: Quelle est la différence entre la pénalisation et ce qu'a proposé Macron?

Lors du 34e dîner du Crif, le président Emmanuel Macron a promis d'intégrer l'antisionisme dans la définition de l'antisémitisme.

LUDOVIC MARIN via Getty Images

POLITIQUE - Sous l’apparence d’une contradiction patente, Emmanuel Macron a opté pour un compromis prudent pour adresser la question sensible entourant l’antisionisme et l’antisémitisme. Lors du 34e dîner du Crif ce mercredi 20 février, qui intervenait dans un contexte de forte recrudescence des actes haineux visant les juifs, le président de la République a annoncé que la France allait mettre en oeuvre une définition de l’antisémitisme élargie à l’antisionisme.

Une proposition qui a pu surprendre dans un premier temps, le chef de l’Etat s’étant formellement opposé ce mardi à l’idée d’un député LREM de pénaliser l’antisionisme au même titre que l’antisémitisme.

Changement de pied en 24 heures? Dans les faits, Emmanuel Macron entend bien combattre l’antisionisme lorsqu’il consiste à nier le droit à l’existence de l’État d’Israël mais exclut encore et toujours d’en pénaliser le principe même, au nom de la liberté d’expression.

Définition non-contraignante

Pour ce faire, le président de la République propose d’élargir la définition légale de l’antisémitisme sans pour autant toucher aux textes de loi qui sanctionnent les dérives haineuses. “La France, qui l’a endossée en décembre avec ses partenaires européens, mettra en œuvre la définition de l’antisémitisme adoptée par l’Alliance internationale pour la mémoire de la Shoah (IHRA”, qui intègre l’antisionisme, NDLR), a dit le chef de l’État, en martelant que “l’antisionisme est une des formes modernes de l’antisémitisme”.

 

Cette définition, non-contraignante pénalement, propose une série de recommandations, qui permettront de mieux former les agents publics, les policiers ou les enseignants à lutter contre l’antisémitisme, a pris soin de préciser l’Elysée.

Quelques minutes avant le discours d’Emmanuel Macron, le président du Crif, Francis Kalifat, en avait fait la demande. ”À l’unisson des autres pays européens, la France a voté en faveur de cette définition lors de son adoption par l’IHRA en 2016 et encore tout récemment fin 2018 dans la résolution du Conseil européen sur la lutte conte l’antisémitisme. Conformément aux recommandations du Parlement européen et du Conseil européen, plusieurs États membres l’ont déjà intégrée dans leurs propres textes de référence”, avait-il dit.

Une définition qui n’entrave pas la critique d’Israël

En proposant sa propre définition, l’Alliance internationale pour la mémoire de l’holocauste (IHRA) vise précisément à inciter les États à adapter leurs législations et politiques de prévention aux nouvelles formes que peut prendre l’antisémitisme.

Cette définition relativement large et consensuelle (disponible en anglais uniquement) est accompagnée de plusieurs exemples de manifestations antisémites, depuis l’appel à tuer des juifs au nom d’une idéologie religieuse jusqu’à la contestation de la réalité de l’Holocauste. S’ils ne citent pas explicitement le mot, ces exemples intègrent une des manifestations de l’antisionisme par le fait de “dénier au peuple juif le droit à l’auto-détermination, notamment en affirmant que l’existence de l’Etat d’Israël est une entreprise raciste”.

A l’inverse, cette définition ne condamne pas la possibilité de critiquer la politique israélienne, son personnel politique, sa diplomatie ou son rôle dans la géopolitique au Moyen-Orient, ni les éventuels appels au boycott. Un point controversé et toujours en débat.

Antisionisme et inquiétudes politiques

Portée par le député LREM Sylvain Maillard, l’idée de sanctionner l’antisionisme avait été fraîchement accueillie par le gouvernement et dans la majorité. La France insoumise, très critique à l’égard de la politique du premier ministre conservateur israélien Benjamin Netanyahu, s’était alarmée des risques posés par cette initiative pour la liberté du débat public.

“J’alerte sur le fait que, derrière cette question, il peut y avoir des enjeux politiques, géopolitiques”, a encore mis en garde le député LFI Adrien Quatennens ce jeudi 21 février sur France 2. “Est-ce qu’il va être encore possible d’avoir une appréciation purement politique par exemple de ce que fait le gouvernement israélien sans être soupçonné d’antisémitisme?”, s’est-il inquiété, tout en relevant “qu’Emmanuel Macron ne voulait pas pénaliser cette question (de l’antisionisme, NDLR), contrairement à une proposition qui avait été faite”.

“71% des Français, selon une enquête d’opinion, considèrent par exemple que le gouvernement israélien a une lourde responsabilité dans le fait qu’il n’y ait pas de négociations avec les Palestiniens; est-ce qu’on va soupçonner raisonnablement 71% de Français d’être antisémites ? Ce n’est pas sérieux”, a-t-il prévenu.

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