MAROC
03/10/2018 09h:55 CET

Anima, ce petit coin de paradis près de Marrakech où la nature et l'art se rejoignent

Créé par le grand artiste autrichien André Heller.

Anima

JARDIN - C’est à 30 kilomètres de Marrakech, sur la route d’Ourika, que le grand artiste autrichien André Heller a choisi d’installer sa dernière création. Connu pour ses oeuvres aussi excentriques que démesurées, l’artiste touche-à-tout qui a déjà construit plusieurs musées et jardins un peu partout dans le monde, est resté fidèle à son style lorsqu’il a pensé le nouveau jardin “Anima, le retour du Paradis”, ouvert en octobre 2016 et officiellement présenté à la presse le 28 septembre 2018. 

Heller connaît très bien Marrakech et s’y rend chaque année depuis les années 70. À travers la création de ce jardin, ce compositeur, réalisateur, dramaturge et écrivain dit vouloir “offrir quelque chose en retour à la ville ocre qui l’a tant inspirée”, comme l’explique l’artiste au HuffPost Maroc. Le designer a donc préféré vendre une de ses créations favorites “Le Jardin botanique à Gardone Riviera” en Italie et sa villa vénitienne pour réaliser son rêve en se procurant 8 hectares qu’il divisera en deux parties; la partie publique et sa résidence privée donnant sur une vue époustouflante des montagnes du Haut Atlas.

“Quand tu as un rêve aussi grand, tu dois forcément renoncer à quelque chose que tu as déjà pour le réaliser et je n’ai jamais eu de regrets. Je voulais créer quelque chose de complètement nouveau sur un terrain vierge”, nous confie André Heller. “Cet endroit précis était le parfait emplacement pour Anima. Nous sommes à 800 mètres d’altitude, il ne fait donc jamais trop chaud. L’air est sec et la terre reçoit assez de pluie par an. Nous sommes aussi assez loin de la pollution atmosphérique et sonore de la ville”, souligne-t-il.

Étendu sur 4 hectares, le jardin, qui accueille tous les jours jusqu’à 200 personnes, regroupe une variété d’arbres et de plantes importées de différentes parties du monde allant du palmier au bambou en passant par le cactus. Mais pour réussir à mettre en place une telle biodiversité, André Heller a fait appel à des experts qui ont complètement changé la texture et la qualité de la terre.

L’artiste ne s’est pas contenté de faire revivre la terre de son jardin mais a également donné un nouveau souffle à tout ce qui l’entoure. Son jardin emploie aujourd’hui plus de 70 habitants de la région où l’artiste a également fait construire une école pour les enfants et pour leurs mères. La construction d’Anima a également conduit à l’installation d’un système d’irrigation pour les maisons autour du jardin où vivent la plupart de ses employés.

“Je tenais à créer des opportunités d’emploi dans la région et je pense que c’est une des meilleures décisions que j’ai prises dans ma vie”, admet Heller, souriant. 

Une galerie en plein air

Heller est également un grand collectionneur d’objets d’art et n’a pas hésité a en faire profiter les visiteurs d’Anima. En se baladant dans le jardin, il n’est pas rare de tomber sur une oeuvre d’art cachée au milieu des feuillages comme une pièce signée par Picasso, une sculpture de Keith Haring ou encore une reproduction officielle du Penseur de Rodin. Les oeuvres d’autres artistes africains, moins connus, sont aussi nichées dans le jardin.

“Je tenais à montrer qu’on est bien en Afrique, aussi parce que l’art africain est un peu à l’origine du développement de l’art européen, notamment le cubisme. Picasso ou Braque auraient par exemple des oeuvres complètement différentes s’il n’y avait pas cette influence des sculptures africaines”, affirme Heller.

L’artiste s’inspire d’ailleurs lui-même de l’Afrique. Plusieurs de ses sculptures suivent du regard les visiteurs du jardin comme les drôles de tête coiffées de plantes alors que d’autres, plus abstraites, les poussent à l’interprétation.

“Je ne donne jamais d’explications pour les oeuvres dans le jardin. C’est beaucoup plus amusant pour les visiteurs de découvrir sans directive et d’essayer de deviner ce que représente chaque oeuvre”, explique André Heller qui a également choisi de ne pas mettre de flèches ou autres signalétiques dans ce jardin qu’il imagine comme un petit coin de paradis.

“Quelques personnes ont cette obsession de vivre au paradis car il est difficile de le faire dans cette planète si l’on n’a pas été chanceux dans la vie”, assure l’artiste autrichien. “Je voulais créer quelque chose qui, chaque jour, embellirait davantage et ferait face au temps, peu importe si l’on se rappelle de la personne qui l’a créée”, ajoute l’artiste.

Heller dit avoir voulu construire un endroit qui “aurait un effet thérapeutique sur la personne, un endroit où l’on peut fermer les yeux et méditer, un endroit où les adultes s’amuseraient autant que les enfants, un endroit qui inspire”. Et d’après les regards émerveillés -parfois intrigués- des visiteurs, le pari semble réussi.