TUNISIE
30/10/2018 17h:52 CET

Angela Merkel quitte la scène politique: l'analyse du HuffPost Allemagne

"D'une bonne analyse, Merkel tire les mauvaises conclusions."

Hannibal Hanschke / Reuters

INTERNATIONAL - La débâcle électorale dans l’État de la Hesse divise profondément la CDU, le parti chrétien-démocrate allemand. Contrairement à ses engagements passés, Angela Merkel veut renoncer à une partie de son pouvoir et quitter la présidence du parti.

Selon Le HuffPost Allemagne, il est évident que son retrait n’a que trop tardé et qu’il offre au parti la possibilité de se repositionner, et même de se réinventer. Il ne fait aucun doute non plus que la CDU pourrait alors espérer retrouver sa puissance et son assurance d’antan. Cependant, en dépit des réactions euphoriques qui ont accueilli sa décision, celle-ci s’accompagnera de complications majeures.

D’une bonne analyse, Merkel tire les mauvaises conclusions

“L’image que le gouvernement fédéral donne de lui-même est inacceptable”, a-t-elle dit au siège du gouvernement. En effet. La moitié des électeurs de la Hesse ont voulu infliger une punition à la Grande Coalition (l’alliance au pouvoir à Berlin et menée par Merkel, NdT). La plupart ne désapprouvaient pas la personne elle-même, mais l’état des relations entre les politiques, et le fait que le gouvernement n’ait aucune réponse à apporter à des questions comme celle du diesel.

Angela Merkel semble être la seule à savoir ce que son départ pourrait changer. Si elle reste chancelière, chacun sait que le chaos persistera.

Les problèmes de la Grande Coalition ne disparaîtront pas pour autant

 

Faiblesse du parti social-démocrate (SPD), angoisse de nouvelles élections, un fauteur de troubles au ministère de l’Intérieur (Horst Seehofer, NdT)... Le retrait de la chancelière ne résout aucun des problèmes de la Grande Coalition.

Un autre des problèmes de l’alliance était la faiblesse de la cheffe du gouvernement. Sur les questions cruciales, elle était constamment en désaccord avec son groupe parlementaire, avec ses alliés de la CSU (les partenaires bavarois de la CDU, NdT) ou avec les électeurs de base. C’était notamment le cas sur les questions de la double nationalité, du soutien financier pour la Grèce, ou du refoulement des réfugiés à la frontière.

Tous ces débats ont semé le chaos et contribué à l’impression de désunion, au sein de la CDU comme de la Grande Coalition. Loin de le résoudre, le retrait d’Angela Merkel aggravera cet état de fait.

Pendant que la nouvelle CDU émerge, l’ancienne règne encore

Le successeur de Merkel à la tête du parti doit repositionner la CDU sur les sujets cruciaux, et la position de l’actuelle chancelière ne pèsera plus lourd.

Le poste de chef du groupe parlementaire de la CDU est maintenant occupé par Ralph Brinkhaus, qui n’est pas un de ses fidèles. Désormais bien isolée, la cheffe du gouvernement est dangereusement fragilisée.

Tant que la Grande Coalition applique ce qui relève de son contrat de coalition, cela ne pose probablement pas de problème. Mais, sur tous les autres sujets, son successeur aura son mot à dire, ce qui rendra encore plus complexe des pourparlers entre des partenaires de coalition qui n’avaient franchement pas besoin de cela.

Un conflit inéluctable

Comment réagira-t-elle jusqu’en 2021 quand elle sera en désaccord avec son successeur sur les principaux sujets? Et cela alors que, dans son domaine préféré, l’Europe, se profilent à l’horizon – avec le Brexit, la crise italienne et une potentielle nouvelle crise de l’Euro – des problèmes qui font tout autant l’objet de débats au sein même de la CDU.

Ne parlons même pas des questions stratégiques, comme celle d’éventuelles coalitions avec l’AfD au niveau des États, qui se reposera au plus tard au moment des élections en Allemagne de l’Est, en 2019. Décidera-t-elle d’aller à l’encontre de ses propres convictions, de s’opposer à son parti – pire, de ne rien décider?

Tous ces scénarios seraient perçus par la population comme des conflits supplémentaires et amoindriraient encore le prestige de la Grande Coalition et du CDU. Les grands partis traditionnels ont encore plus à y perdre.

L’Europe, elle non plus, ne peut pas se permettre une chancelière affaiblie

Plus grave encore: l’Europe ne peut pas se permettre une chancelière affaiblie dans le plus important des États membres de l’UE, économiquement et politiquement parlant. Beaucoup trop de décisions à prendre ont déjà été repoussées aux calendes grecques. Sur des problèmes cruciaux comme le climat ou la politique d’asile, l’Europe n’a jamais été aussi divisée.

L’Allemagne, censée jouer un rôle moteur en Europe dans ces domaines, n’a été en fait préoccupée que d’elle-même dans les mois qui viennent de s’écouler. Et Angela Merkel, en véritable canard boiteux, a d’ores et déjà perdu énormément de son ascendant sur les autres chefs d’État ou de gouvernement européens.

Ce qui aurait été cohérent: quitter aussi son poste de chancelière

En 2004, quand Gerhard Schröder, alors chancelier, avait démissionné du poste de chef du SPD, Merkel avait qualifié cette initiative de “perte d’autorité sur toute la ligne”. Elle est moins sévère envers elle-même et ne qualifie que “d’entreprise risquée” le fait de rester chancelière sans être cheffe de parti. Pourtant, elle sait que le jugement qu’elle portait sur Schröder vaut aussi pour elle.

Lui aussi voulait aller jusqu’au bout de son mandat de chancelier (soit jusqu’en 2006, NdT). Mais, des élections anticipées ont eu lieu en 2005. C’est encore sans doute ce qui pourrait arriver de mieux, afin de permettre un nouveau départ, sans Angela Merkel aux commandes.

Du reste, elle-même a laissé une telle option ouverte. Elle a seulement dit qu’elle ne voulait pas se représenter une nouvelle fois, pas qu’elle resterait chancelière jusqu’au bout.

Cet article, publié à l’origine sur le HuffPost Allemagne, a été traduit par A. et Uta Becker pour Fast for Word.

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