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16/09/2019 13h:51 CET | Actualisé 16/09/2019 13h:51 CET

Analyse des résultats du premier tour de l’élection présidentielle tunisienne de 2019 : Essai de décortication socio-politique

NurPhoto via Getty Images

Les élections présidentielles fournissent en Tunisie, depuis la chute de l’Ancien Régime, l’occasion de dessiner, à travers une carte, les rapports de force politiques majeurs dans le pays : le rapport classique gauche / droite bien entendu mais également la permanence des courants qui dépassent ou flirtent avec un score à deux chiffres, et enfin la marqueterie des « petits candidats » dont l’audience ne dépasse guère 5 %. La cartographie de l’opinion politique tunisienne devint une nécessité surtout qu’elle peut traduire le faible taux de participation (45% pour premier tour de la présidentielle de 2019), liée, pour une grande majorité des Tunisiens, à la non-crédibilité des discours politiques circulant sur l’Agora. Les résultats issus du premier tour de la présidentielle de 2019 peuvent donc bien être considérées comme une géoscopie relativement exhaustive de l’opinion publique tunisienne.

Passant maintenant aux scores obtenus par Kaïs Saïed et Nabil Karoui. La première explication sera à chercher dans l’affaiblissement de la machine électorale classique. Les partis qui les déploient, se sont presque toutes enrayés. Les grands meetings, boostés par les fans emmenés en fortes flottes de bus, et des shows musicaux, n’auront enthousiasmé que leurs organisateurs, induisant leur candidat dans la fausse bulle de la victoire (ex : Abdelkrim Zbidi, Youssef Chahed, Mahdi Jemâa…).

Les résultats du premier tour de la présidentielle tunisienne de 2019 nous permet aussi de constater que la géographie électorale tunisienne s’est structurée autour de deux dimensions principales, qui reflètent partiellement des oppositions politiques structurantes en devenir de l’espace politique tunisien. La première opposition est celle entre les grands partis dominants la scène nationale qui réalisent leurs meilleurs scores dans les zones urbaines et le reste du spectre politique et en particulier les antisystèmes (ex : Kaïes Saïed et Nabil Karoui), implantée dans les zones les moins développées du pays. Ainsi, émerge une forte opposition centre / périphérie dans les votes : les zones métropolitaines votent pour les grands partis dominants alors que les zones périphériques et peu développées ont participé nettement moins au scrutin, et réfutent tant les partis modernistes que les islamistes d’Ennahdha. La seconde opposition territoriale se situe entre les partis modernistes et les antisystèmes. Les analyses à l’échelle plus fine indiquent clairement que ces partis n’investissent pas les mêmes zones des villes : alors que les partis modernistes obtiennent en termes relatifs leurs meilleurs scores dans les délégations aisées, Kalb Tounès par exemple est implanté dans des quartiers plus populaires quoique pas nécessairement dans les quartiers les plus périphériques et les plus pauvres. Cette seconde opposition semble recouvrir une opposition sociale profonde entre classes dominantes et classes populaires, tant urbaines que rurales. De même, dans les zones intérieures, les partis s’implantent dans des régions différentes en termes relatifs : les partis modernistes obtiennent leurs meilleurs scores relatifs dans le nord-est et dans le Sahel, mais semblent presqu’inexistants dans le sud où les antisystèmes apparaissent presqu’hégémonique. Cette première analyse territoriale du scrutin du 15 septembre 2019 peut permettre d’identifier les bases géo-sociologique des partis. À titre d’exemple, si l’analyse statistique souligne une réussite de Nabil Karoui dans les zones sensibles, les enquêtes devront préciser non seulement la base sociale de ce candidat mais aussi les modes de son implantation et les types de réseaux sur lesquels il s’appuie afin de comprendre la mentalité électorale des Tunisiens.

En définitive, des élections, libres et transparentes, sont certes un critère pertinent pour analyser « l’exception tunisienne ». Cependant, la démocratie transcende les élections. Elle doit être une pratique constante qui doit guider l’action des gouvernants. Ainsi, les notions de respect des choix électoraux, de la participation ou la non-participation des citoyens deviennent des aspects importants qui visent à renforcer la vitalité démocratique du pays.

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