MAROC
20/02/2019 15h:52 CET

AMO: Les cliniques privées menacent de se retirer de la convention fin mars

700 cliniques et établissements assimilés sont concernés.

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SANTE - Trois mois après leur grève, les médecins du privé lancent un ultimatum: révision de la tarification ou retrait de la convention de l’assurance maladie obligatoire (AMO). L’Association nationale des cliniques privées (ANCP) estime avoir patienté longtemps avant de prendre une telle décision. “Cela fait une année que notre association en discute avec tous les intervenants de l’assurance maladie, mais on ne voit rien changer. Aujourd’hui, les cliniques subissent une grosse pression face à laquelle elles ne peuvent plus continuer”, déclare au HuffPost Maroc le président de l’ANCP, Dr. Redouane Semlali. 

D’après ce dernier, cette “pression” s’exerce en deux manières dans les cliniques: “La première lorsque le patient est appelé à payer un supplément thérapeutique non couvert pas l’AMO. Il pense, alors, qu’on l’arnaque. Et la seconde porte sur les finances des cliniques qui ne parviennent pas à assurer un équilibre (financier) avec une tarification aussi basse. Notre survie en dépend”. La situation est, pour l’ANCP, ingérable à ce stade. “Soit les intervenants décident d’agir vite et de mettre en route une nouvelle nomenclature, donc une nouvelle tarification, soit on sera contraints, avec toutes les conséquences que cela suppose, d’interrompre cette convention d’ici fin mars”, prévient le Dr. Semlali.

L’une des conséquences les plus lourdes sera, souligne le président de l’ANCP, que 9 millions d’assurés soient dans l’incapacité d’accéder aux soins dans les cliniques où il n’y aura plus de prise en charge et où tout frais sera supporté par le patient. “Nous ne voulions pas utiliser ce moyen de pression, mais nous n’avons plus le choix”, regrette-t-il. 

700 cliniques et établissements assimilés sont concernés. “La tarification en vigueur actuellement a été mise en place en 2006 et devait être renouvelée en 2009. Aujourd’hui, en 2019, elle n’est toujours pas renouvelée”, rappelle le Dr. Semlali. Et de préciser que les coûts d’exploitation, des médicaments et des charges ont augmenté et les méthodes de traitement ont changé. “Ce n’est plus viable de travailler avec la même tarification qu’en 2006!”, fustige ce médecin.

Dans les cliniques, la prise en charge du patient est payée à 50% par lui. “C’est énorme! Alors, pour ne pas être en conflit avec nos patients, nous préférons désormais leur dire que nous ne sommes pas conventionnés. On travaillera peu mais on restera transparents envers nos malades”, tient à préciser le Dr. Semlali.

L’ANCP a publié un communiqué, hier, pour s’exprimer sur cet état des lieux. Elle y a surtout décrit son rôle en tant que prestataire de soins indispensable appelant à l’urgence de régler le problème de cette révision qu’elle qualifie de “dossier paralysé”. Dans cette situation, “aujourd’hui, vous ne trouverez aucun spécialiste qui assure une consultation à 150 dirhams et aucun généraliste ne le fait à 80 dirhams comme inscrit dans la tarification 2006”, nous avait déclaré le président du Collège syndical national des médecins, Dr. Saïd Afif, à l’occasion de la grève de 24 heures des médecins du secteur libéral, observée le 18 octobre dernier. Et d’estimer que le patient paie pour les lacunes de la loi, mais aussi pour le non respect des accords de prise en charge.