MAROC
11/04/2019 14h:23 CET | Actualisé 11/04/2019 14h:26 CET

Amnesty International se voit interdire un sit-in sur la peine de mort devant le Parlement

"Première interdiction du genre".

AFP via Getty Images

DROITS DE L’HOMME - “Nous nous apprêtions à entamer notre sit-in symbolique contre la peine de mort à 18h devant le Parlement lorsque nous avons été surpris par l’arrivée de plusieurs éléments de la sûreté nationale. Ils nous ont demandé d’évacuer les lieux, en nous indiquant que le Wali de la région interdit notre sit-in”. Le secrétaire général d’Amnesty international Maroc, Mohamed Sektaoui, raconte au HuffPost Maroc comment l’ONG s’est vue interdire l’observation d’un sit-in qu’elle avait programmé, hier mercredi 10 avril, dans le cadre de son plaidoyer pour l’abolition de la peine de mort. La manifestation victime de cette “première interdiction du genre”, relève le militant, intervenait quelques heures après la présentation, dans la matinée, par Amnesty international de son rapport annuel sur la peine de mort dans le monde.

Le sit-in prévu devait s’accompagner de représentations de théâtre de rue animées par des jeunes. “Nous avions l’habitude d’organiser ces spectacles pour défendre de manière artistique notre cause. C’est ce que nous avions d’ailleurs fait plus d’une fois de la même façon et au même endroit”, précise Sektaoui, regrettant que ce sit-in n’ait pas eu lieu. “Face aux représentants des autorités, nous leur avons assuré que nous nous conformons au respect de la loi, en leur demandant de nous délivrer la décision d’interdiction écrite et justifiée conformément à la pratique légale dans ces situations”, affirme-t-il. 

Une demande sans suite, l’ONG n’a pas obtenu d’écrit, mais elle a dû se plier à cette “interdiction orale”. “Les autorités se sont montrées très insistantes pour qu’on évacue les lieux. Nous en avons alors informé les dizaines de membres et militants qui commençaient à rallier la manifestation”, indique le SG d’Amnesty Maroc, estimant que cette interdiction est “une décision abusive dans le fond et la forme”. “C’est une violation de la constitution marocaine, des conventions internationales ratifiées par le Maroc et de ses engagements pris pour le respect des droits de l’homme”, assure-t-il.

Pour ce représentant d’Amnesty International, si cette interdiction n’était pas attendue, elle n’est pas pour autant “une exception”. “Elle rentre dans le cadre d’un contexte de répression que connaissent les libertés publiques au Maroc à travers l’interdiction de rassemblements pacifiques ou encore les interventions démesurées des forces de l’ordre... Nous sommes dans une phase de dépression”, soutient-il.

Une situation qui, pour l’ONG, laisse présager du pire. “Au gouvernement, nous affirmons que l’état actuel des choses ne mènera pas vers la stabilité. Tout au contraire, il amplifiera la tension dans les rues en multipliant les manifestations de colères populaires”, prévient Sektaoui. Et de rappeler que “les chercheurs d’Amnesty ont été empêchés d’accès au Maroc. Nous regrettons, au moment où l’on parle d’avancée dans les droits de l’homme, de nous retrouver dans une situation pire que la précédente”, martèle le militant. 

Le gouvernement est appelé, assure-t-il, à “donner des preuves tangibles de son engagement envers les droits de l’homme par la poursuite des réformes dans ce domaine et en construisant l’avenir sur la base des acquis de son expérience en matière de justice transitionnelle”. Par “preuves tangibles”, le SG d’Amnesty Maroc entend surtout “la levée de la répression à l’encontre des militants et des associations des droits de l’homme”, mais aussi “l’ouverture de l’espace public à tous pour les rassemblements pacifiques et la liberté d’expression”.

“Cette nouvelle interdiction n’empêchera pas Amnesty de poursuivre sa mission et ses activités de plaidoyer, d’élaboration de rapports, de mobilisation des jeunes et d’éducation aux droits humains”, promet le militant.