MAROC
18/01/2019 11h:26 CET

Amnesty International proteste contre la dissolution de l'association Racines

“Un mauvais coup manifestement destiné à intimider les critiques et les réduire au silence”.

Facebook/Racines

RACINES - Le 26 décembre dernier, la justice a ordonné la dissolution de l’association Racines. Une annonce qui a choqué plusieurs acteurs du monde de la culture et de la société civile au Maroc. Dernier soutien en date, celui d’Amnesty International, ce vendredi 18 janvier. 

Dans un communiqué, l’ONG condamne cette décision de justice, appelant les autorités à “renoncer immédiatement à dissoudre l’association culturelle Racines à cause d’un talk-show critique qu’elle a hébergé”, référence à “Un dîner 2 cons”, émission enregistrée dans les locaux de l’association. Cependant, comme le rappelle Amnesty International, Racines n’est en charge ni de l’organisation, ni de la diffusion en ligne de l’émission.

“Un mauvais coup”

“Le talk-show ‘Un Dîner 2 Cons’ est l’un des très rares espaces où l’expression libre et non censurée est encore possible au Maroc”, déclare  Sarah Leah Whitson, directrice Moyen-Orient et Afrique du Nord de Human Rights Watch, citée par Amnesty.

“En cherchant à dissoudre l’organisation qui l’a hébergée, les autorités envoient un message glaçant aux journalistes et commentateurs critiques, qui se font de plus en plus rares au Maroc ; et ce message est: “Taisez-vous”″, continue le communiqué.

Amnesty y dénonce “un mauvais coup manifestement destiné à intimider les critiques et les réduire au silence”. “Personne ne devrait être puni pour avoir exprimé ses opinions pacifiquement ou critiqué les institutions. Si les autorités marocaines prennent au sérieux leurs engagements constitutionnels et internationaux à garantir la liberté d’expression et d’association, elles devraient renoncer immédiatement à fermer Racines”, a déclaré Heba Morayef, directrice Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International, également citée par le communiqué.

Les statuts en question

L’ONG est également revenue sur un des principaux points contentieux de ce jugement, les statuts de l’association. En effet; si dans son jugement le Tribunal affirme que l’association a dérogé à ses “statuts”, Racines affirme que ce n’est nullement le cas. 

Amnesty rappelle notamment que le tribunal de première instance a invoqué l’article 36 de la Loi sur les associations, stipulant que “toute association se livrant à une activité autre que celle prévue par ses statuts peut être dissoute.”

Une version contestée par l’association et Amnesty, rappelant que l’association, dans ses fameux statuts, stipulait que Racines “milite pour (…) la liberté d’expression”. “Ses statuts actualisés de 2018 ajoutent qu’une partie de la mission de Racines consiste à mettre en œuvre des “débats (…) concernant la liberté d’expression citoyenne”″, poursuit l’ONG.

“Les associations devraient être libres de déterminer leurs statuts et leurs activités et de prendre leurs décisions sans ingérence de l’État. Les règles régissant les organisations ne devraient pas être utilisées comme prétextes pour réprimer l’exercice de droits humains tels que les libertés d’expression, de rassemblement pacifique et d’association”, affirment Human Rights Watch et Amnesty International. 

Racines attend désormais d’avoir accès à la notification du jugement, document nécessaire pour faire appel. Un document qui “met du temps à arriver”, ironise une source au sein de l’association interrogée par le HuffPost Maroc, soulignant la célérité rare du jugement rendu en première instance, qui fut de trois semaines.