MAROC
07/09/2018 12h:42 CET

Amnesty International dénonce les politiques migratoires du Maroc et de l'Espagne

L'ONG estime qu’environ 5000 personnes ont été concernées par ces déplacements forcés.

FADEL SENNA via Getty Images

MIGRANTS - “Cruel” et “illégal”. C’est en ces termes qu’Amnesty International a qualifié les récentes répressions anti-migrants observées au Maroc depuis cet été, notamment dans les régions du nord.

L’ONG de lutte pour les droits de l’Homme qualifie les récents déplacements de migrants vers les provinces du sud et de l’est du pays (proche de la frontière algérienne) de “choquants”: “c’est à la fois cruel et illégal. Cela représente un inquiétant retour en arrière après l’introduction en 2013 de nouvelles politiques migratoires et d’asile, qui mettait le Maroc au niveau des standards internationaux”, déclare Heba Morayef, directrice régionale pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Amnesty International. Cette dernière appelle également le Maroc à cesser immédiatement ces actions “discriminantes”.  

Amnesty cite notamment le cas d’une mère de famille habitant à Tanger, demandeuse d’asile, déplacée à Kenitra avec son bébé d’un an.

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L’organisation rappelle que plusieurs personnes possédant des documents officiels de régularisation ont également été touchées par ces expulsions, comme l’expliquait l’AMDH Nador au HuffPost Maroc en août dernier.

Certains auraient été attachés avant d’être “déplacés de force dans des régions reculées prêts de la frontière algérienne et des provinces du sud comme Tiznit, Errachidia, Benguerir, Beni Mellal and Marrakesh”.

“Le Maroc a l’autorité et le droit de réguler les entrées, sorties et les séjours, mais cela doit être fait de manière à ce que ce soit consistant avec les lois internationales régulant les droits de l’Homme et en accordante avec la Convention des réfugiés”, affirme Heba Morayef. 

Citant l’AMDH, Amnesty estime qu’environ 5000 personnes ont été concernées par ces déplacements forcés.

“Complicité de l’Espagne”

L’Espagne est également pointée du doigt par le communiqué, suite à l’expulsion par les autorités d’une centaine de migrants ayant passé de force en août dernier la barrière de sécurité séparant le royaume de l’enclave de Sebta. Ces derniers sont désormais détenus dans une prison de Tétouan où ils attendent leur procès qui débutera le 10 septembre prochain, affirme l’organisation.

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Un “retour à chaud” permis par un accord datant de 1992 signé entre le Maroc et l’Espagne, très peu utilisé par les autorités et dont le recours ne s’effectuait jusqu’alors qu’en cas de “circonstances exceptionnelles”.

“L’Espagne et l’Union Européenne doivent reconcentrer leur coopération avec le Maroc, en priorisant la protection des droits humains et la création d’un système d’asile dans ce pays, comme l’exige le droit international”.