MAROC
06/09/2019 14h:30 CET

Amnesty International demande la libération immédiate de la journaliste marocaine Hajar Raissouni

Pour l'ONG, c'est "une atteinte scandaleuse à sa vie privée".

Hajar Raissouni/Facebook
Hajar Raissouni

JUSTICE - Les soutiens à Hajar Raissouni se multiplient. Dans un communiqué publié ce vendredi 6 septembre, Amnesty International appelle les autorités marocaines à “libérer immédiatement et abandonner toutes les charges retenues” contre la journaliste d’Akhbar Al Yaoum, “accusée d’avoir avorté et d’avoir eu des relations sexuelles hors mariage”, a déclaré l’ONG dans un communiqué publié trois jours avant son procès, prévu le 9 septembre à Rabat.

“L’arrestation de Hajar Raissouni et de quatre autres personnes (son fiancé Amin Rifaat, le médecin, et deux autres personnes travaillant à la clinique, ndlr), est totalement injuste et ces allégations constituent une atteinte scandaleuse à sa vie privée”, a déclaré Heba Morayef, directrice régionale d’Amnesty International pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.

Rappelant que la loi marocaine pénalise les relations sexuelles hors mariage et l’avortement, l’ONG estime qu’en vertu du droit international, “les femmes ont droit à une autonomie physique et personnelle, qui comprend la liberté de prendre leurs propres décisions en matière de sexualité et de procréation”.

“La criminalisation de services de santé dont seules les femmes ont besoin, comme l’avortement, constitue une discrimination fondée sur le sexe”, estime Amnesty International. “Cette affaire est un rappel brutal de la nécessité urgente d’abroger les lois marocaines criminalisant les relations sexuelles hors mariage et l’avortement. Ces dispositions violent un certain nombre de droits des femmes, notamment les droits à l’autonomie physique et personnelle, à la non-discrimination, à la vie privée et à la santé”, a ajouté Heba Morayef.

“Au lieu d’intimider Hajar Raissouni en la poursuivant pour des accusations injustes, les autorités devraient la libérer immédiatement et sans condition et abandonner toutes les charges retenues contre elle et les autres personnes impliquées dans cette affaire”, continue-t-elle.

Jeudi 5 septembre, la défense de Hajar Raissouni, arrêtée le 31 août pour “avortement illégal” et “relations sexuelles hors mariage” alors qu’elle sortait du cabinet de son gynécologue à Rabat, a indiqué que la journaliste porterait plainte contre la police pour torture ”à la suite de l’examen médical forcé qu’elle a subi pour la forcer à avouer des actes qu’elle n’a pas commis”. 

Selon la jeune femme, son arrestation est avant tout “une affaire politique qui vise à la punir” d’avoir écrit plusieurs articles sur le Hirak du Rif - elle a interrogé le père du leader du mouvement de contestation Nasser Zefzafi à plusieurs reprises - et à intimider son oncle Soulaymane Raissouni, militant des droits de l’homme et journaliste d’Akhbar Al Yaoum.

Le procureur du roi près le tribunal de première instance de Rabat, devant lequel a comparu la journaliste lundi 2 septembre suite à son arrestation, a pour sa part nié le caractère politique de cette affaire. L’arrestation de la journaliste “n’a rien à voir avec sa profession”, a affirmé le procureur du roi dans un communiqué envoyé jeudi. “Elle est due à sa visite dans une clinique qui a été contrôlée principalement sur la base d’informations obtenues par la police judiciaire sur la pratique récurrente d’avortements”.