MAROC
15/11/2018 10h:29 CET

Amnesty International demande la libération d'El Mortada Iamrachen, condamné en appel à 5 ans de prison ferme

Une peine que l'ONG qualifie d'"évidente erreur judiciaire".

Amnesty International

JUSTICE - Sa peine de 5 ans de prison ferme a été confirmée en appel, mercredi 14 novembre, par le tribunal de Salé en charge des affaires de terrorisme pour “apologie du terrorisme” et “incitation à commettre des actes terroristes”. El Mortada Iamrachen, 32 ans, arrêté en juin 2017 et condamné il y a un peu moins d’un an suite à plusieurs publications sur Facebook avant et pendant le mouvement de protestation dans le Rif, passera donc les quatre prochaines années derrière les barreaux. Une peine qualifiée par Amnesty International de “nouveau coup consternant porté à la liberté d’expression au Maroc” et d’”évidente erreur judiciaire”.

“Avec cette peine d’emprisonnement, El Mortada Iamrachen est impitoyablement sanctionné alors qu’il n’a fait qu’exprimer ses opinions sur Facebook”, a déclaré Heba Morayef, directrice du Programme Moyen-Orient et Afrique du Nord à Amnesty International, dans un communiqué publié à l’issue du procès en appel. “Il a déjà été maintenu en détention à l’isolement pendant 11 mois, en violation de l’interdiction de la torture et des autres formes de mauvais traitements. Il est révoltant que cet homme ait à purger une peine de plusieurs années d’emprisonnement uniquement pour avoir exprimé pacifiquement ses opinions”, a-t-elle ajouté.

“El Mortada Iamrachen a apparemment été pris pour cible parce qu’il a appelé à manifester pacifiquement. Sa condamnation est le dernier exemple en date du durcissement de la répression exercée par les autorités marocaines contre les dissidents, qui se manifeste par des poursuites judiciaires et des actes d’intimidation à l’encontre des manifestants du mouvement Hirak”, poursuit Mme Morayef, estimant qu’“au lieu d’emprisonner El Mortada Iamrachen dans des conditions inhumaines, les autorités marocaines doivent le libérer et veiller à ce que sa condamnation, qui repose sur des accusations sans fondement, soit annulée.”

Interrogé en novembre 2017 lors de la première condamnation de Iamrachen, l’avocat de la défense Me Mohamed Tebbal avait indiqué au HuffPost Maroc: “Je crois fermement que c’est le fait que mon client soit présent, que ce soit à travers les réseaux sociaux ou même personnellement, aux manifestations du Rif qui est derrière une pareille sentence”.

En février dernier, l’ONG de défense des droits humains Human Rights Watch (HRW) avait appelé à “réexaminer” la condamnation du militant rifain. Celui-ci affirmait en effet que ses aveux, réfutés par la suite, avaient été obtenus sous la contrainte.

Toujours selon HRW, la condamnation de Iamrachen était notamment liée à deux publications Facebook. La première relatait l’assassinat de l’ambassadeur russe en Turquie, le 19 décembre 2016, par un policier turc qui agissait apparemment au nom de Daech. “Cette publication, que l’ONG a consultée, ne commentait pas la nouvelle et se contentait de rapporter, à l’instar de nombreux médias, que “le meurtrier [avait] crié : ‘Nous mourons à Alep, et vous, vous mourez ici’”. Un peu plus tard dans la même journée, Iamrachen ajoutait sur Facebook: ‘Le meurtre de l’ambassadeur russe est un crime terroriste, et son auteur est un criminel... quelles que soient ses motivations’”, précisait HRW.

“Dans la seconde publication Facebook, datée du 9 juin 2017, Iamrachen racontait avoir dit à un journaliste que le chef d’Al-Qaïda Ayman al-Zawahiri, qu’il était allé voir à Tora Bora en Afghanistan, lui avait ordonné d’importer des armes dans le Rif. Au tribunal, Iamrachen a expliqué que cette publication était manifestement sarcastique - et ce pour plusieurs raisons, dont le fait qu’il n’était jamais allé en Afghanistan”, rapportait encore HRW.