MAROC
08/03/2019 17h:53 CET

Une campagne du CNDH s'attaque au mariage des mineures

"Abolir l’exception... rétablir la norme".

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DROITS DE L’HOMME - “L’exception ne fait pas la règle”. C’est le message de la présidente du Conseil national des droits de l’homme (CNDH), Amina Bouayach, pour cette journée internationale de la femme, la première qu’elle célèbre à la tête de cette institution dont elle a pris les commandes le 6 décembre dernier

La militante et avocate marque son empreinte en ce 8 mars en lançant une campagne nationale de sensibilisation sous le slogan: “Mariage des mineures: Abolir l’exception... rétablir la norme”. Qu’est-ce que l’exception au juste? Ici, c’est de l’article 20 de la Moudawana dont il est question. Ce dernier permet au juge de la famille d’autoriser le mariage du garçon et de la fille avant l’âge de la capacité matrimoniale par décision motivée. Le CNDH estime que cet article ne doit pas devenir “la règle”, après 15 années de mise en oeuvre de la Moudawana. “De 2004 à ce jour, les mariages de mineures augmentent, celui des drames et des violations physiques à l’encontre de ces filles aussi”, constate Bouayach dans une vidéo réalisée par le CNDH dans le cadre de cette campagne. 

La responsable souligne que le Plan d’action national en matière de démocratie et des droits de l’homme recommande l’ouverture d’un débat sur le mariage des mineures. “Le conseil prend l’initiative de dire que c’est un sujet urgent, un sujet essentiel dans le but d’abolir cette exception devenue, à présent, la règle”, déclare-t-elle, insistant, dans cette vidéo, sur la nécessité de faire respecter l’âge légal du mariage de 18 ans.

Au Maroc, il y aurait près de 40.000 mariages de mineures pas an. Cette campagne veut mettre l’accent sur l’ampleur des chiffres, des séquelles physiques et psychologiques que vivent ces filles contraintes à se marier à 12 ou 13 ans. Le CNDH mènera sa campagne au niveau des régions en impliquant ses commissions sur place tout au long de ce mois.

Débat public et plaidoyer contre ce fléau, la campagne, explique le CNDH dans un communiqué, compte sur plusieurs acteurs au niveau local et régional, directement concernés, dont des juges, des avocats, des journalistes, des professeurs universitaires et la société civile. Elle compte aussi sur les témoignages poignants de mineures mariées par la force.

Les débats au programme porteront sur toutes les facettes du mariage des mineures, en lien notamment aux conventions internationales, au rôle des médias dans la sensibilisation aux droits des femmes et aux aspects juridiques et sociales.

Sensibilisation grand public et réunions avec des catégories cibles. Des mineures, des parents, des fonctionnaires, des femmes en prison seront impliqués dans cet événement où la projection de films documentaires et l’animation de plusieurs émissions radiophoniques en seront les moyens didactiques.