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23/08/2018 12h:35 CET | Actualisé 23/08/2018 12h:35 CET

Amin Zaoui, le non-bédouin et la rigueur de l'écrit

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Dans son “pamphlet” relatif à la  “bédouinisation-islamique”, Amin Zaoui utilise à six reprises cette expression inventée. Son texte, d’une rare médiocrité pour le littéraire qu’il est censé être, est touffu de contre-vérités et surtout manque totalement de cohérence.

L’auteur mélange allègrement les problèmes de l’urbanisation de nos villes avec ceux des comportements  sociaux d’une partie des citoyens “avec les moutons qui envahissent les belles rues” et utilise pour cela, des qualificatifs auxquels on s’est habitués. Et après nous avoir rappelé l’œuvre créatrice de la colonisation en citant l’exemple “des rues  Didouche-Mourad ou de Abane-Ramdane ou celle de Hassiba”d’Alger et d’autres villes, il dénonce cette bédouinisation-islamique qui serait, selon lui, à l’origine de nos maux. 

Et pour donner quelque force à son récit, il nous cite des extraits d’Ibn Khaldoun bien ciblés : “Tout pays conquis par les Arabes est bientôt ruiné… sous leur domination la ruine envahit tout…”.

Et donc, pour lui, ce sont les “arabes” et leur “bédouinisation-islamique” qui sont à l’origine de nos problèmes d’urbanisation de nos villes. Saha !

Peut-être lui rappeler cet autre extrait d’Ibn Khaldoun “Les Bédouins sont antérieurs aux sédentaires […] se contentent de satisfaire leurs besoins, tandis que les sédentaires recherchent le confort et le luxe. Or, les besoins (de base) précèdent le confort et le luxe. Ceux-ci sont secondaires et superflus. Les Bédouins sont donc à l’origine des cités et de la vie sédentaire”. 

Autrement dit, les bédouins sont d’abord des hommes et des femmes dont la vie est dictée par la nécessité de survivre à un environnement hostile (chaleur, sècheresse..) , et sont donc forcés à la transhumance et le nomadisme afin de disposer des ressources nécessaire à leurs animaux et donc à leur survie.

Mais Ibn Khaldoun précise que “dès qu’ils peuvent se procurer d’autres richesses, en supplément de ce qu’ils ont besoin pour survivre, ils s’installent et se sédentarisent”. Et cette “bédouinisation” est antérieure à l’avènement de l’Islam et donc n’a rien à voir avec cette religion.

Et de ce fait, il indique que “la vie bédouine est à l’origine de la civilisation dans la mesure où les Bédouins se contentent de satisfaire leurs besoins tandis que les sédentaires sont attirés par le confort et le luxe. Seuls les progrès de la civilisation peuvent leur procurer ces derniers, mais il faut pour cela se sédentariser ; c’est alors que se développe l’urbanisation” (Cf. Ibn Khaldoun, un génie maghrébin de Smail Goumeziane »).

La pauvreté de l’argumentation de l’auteur qui se perd en conjectures  et l’utilisation excessive de l’expression bédouinisation-islamique indiquent peut être une volonté de nuire ou de faire le buzz sur le dos d’une communauté dont il fait partie intégrante.

Et pourtant ce même Ibn Khaldoun écrit que “les arabes se sont toujours distingués entre les nations avec la clarté de l’expression, l’éloquence de la diction, la facilité d’élocution D’où leur nom. Le mot arab est un terme dérivé signifiant le fait de s’exprimer clairement C’est ainsi qu’on dit “a’raba ar-rajulu amma fi dhamirihi (l’homme a exprimé avec clarté ce qui est en son esprit) PP 139 de Ibn Khaldoun – Peuples et nations du monde. Eds Sindbad.

Comme il dénonce “l’inaptitude à décrire les faits de façon adéquate, à cause de l’ambiguïté ou de la fausse apparence qu’ils présentent. L’informateur les décrit comme il les voit, alors  qu’ils cachent une vérité tout autre. Ibn Khaldun – Peuples et nations du monde. Pp.105

En définitive, ce texte n’est qu’un ramassis de clichés auxquels on finit par s’habituer. En s’attaquant aux “Bédouins” et en épargnant la responsabilité de l’Etat maffieux qui nous gouverne quant à l’urbanisation de nos villes, l’auteur se trompe de cible tout simplement. 

Je lui conseille vivement de lire Rabah Chellig, autodidacte de son état, qui décrit merveilleusement la vie nomade dans la steppe algérienne et les rapports entre ces « bédouins » et la nature pour leur nécessaire survie d’une part et la solidarité entre eux d’autre part. Mais je persiste qu’il faut qu’il investisse dans un bon dictionnaire de français.