ALGÉRIE
17/10/2019 16h:09 CET

Amar Sâadani: "Je continue à réclamer un État civil, mais pas au détriment de l’institution militaire"

Nacerdine ZEBAR via Getty Images
ALGER, ALGERIE - 29 AOUT : L'ancien president de l'Assemblee populaire nationale (APN), Amar Saidani, a ete plebiscite, jeudi 29 aout 2013, a main levee, nouveau secretaire general du parti du Front de Liberation Nationale (FLN) lors des travaux de la session du Comite central du parti, Alger, Algerie. (Photo by Nacerdine ZEBAR/Gamma-Rapho via Getty Images)

L’ancien secrétaire général du FLN et ancien président de l’APN, Amar Saâdani maintient son appel à l’instauration “d’un Etat civil” Algérie, lancé en 2015 lors de la campagne pour la révision de la Constitution.  “Je suis toujours pour l’édification d’un État civil, mais ce que je demande est différent des slogans qu’on entend chez certains aujourd’hui. L’État civil auquel j’ai appelé, ce n’est pas au détriment de l’institution militaire ou pour porter atteinte à l’image de ses généraux et de ses officiers”, a-t-il précisé dans une interview accordée à TSA, ce jeudi 17 octobre 2019.

“L’État civil c’est un État qui consacre la liberté d’expression, la séparation des pouvoirs et l’indépendance de la justice. Cet État ne peut survenir sans élire un président de la République démocratiquement. La tentative a été avortée par deux fois et il ne faudra pas qu’elle le soit une troisième fois. Je continue à réclamer un État civil, mais pas au détriment de l’institution militaire, qui est le garant et le protecteur pour tous”, a-t-il appuyé. Selon lui, “l’Etat profond” cherche à atteindre l’armée en agitant le hirak.

“Au début, l’État profond était la locomotive du hirak et voulait atteindre l’institution militaire, que j’ai appelée à l’époque “le centre”. Ils ont commencé avec les quatre “B”. Ils voulaient le petit-lait et cachaient le récipient. Le petit-lait, c’est l’institution militaire. Leur cible n’était ni le “B” du Parlement (Moad Bouchareb) ni celui du gouvernement (Noureddine Bedoui) ni même Bensalah. Ils voulaient atteindre les institutions. Avec le temps, on voit qu’ils attaquent uniquement le “centre”, c’est-à-dire le chef d’état-major et l’institution militaire. C’est ce qui est voulu à l’étranger et par leurs relais à l’intérieur”, a accusé Amar Sâadani.

“A l’étranger, on veut changer l’orientation de l’institution militaire

A l’étranger, on veut changer l’orientation de l’institution militaire, ses convictions, ses achats d’armes, ses alliances. Car depuis l’indépendance, l’institution avait la même orientation et le même programme et achetait les armes d’une seule partie. La seconde alliance souhaite changer l’état-major pour lui imprégner une autre orientation. L’objectif est donc de porter atteinte à l’institution militaire et c’est ce qu’on voit sur Facebook, dans les marches, les articles et les écrits. Beaucoup de patriotes n’ont pas pris conscience de cette question. L’institution militaire porte le projet nationaliste car il y a une lutte entre deux projets. Le projet de l’État nationaliste a frappé dès 2015 celui de l’État profond, lui causant des dégâts considérables”, a-t-il souligné évoquant une volonté de “l’État profond” de se reconstruire aujourd’hui.

Et certains lui procurent de l’oxygène pour le sauver et le sortir du coma afin de relancer son projet. C’est ce que sont en train de faire des individus se trouvant parmi les avocats, les juges, la presse et Facebook. Ils portent le projet de l’État profond dont ils souhaitent le retour. De ce fait, la lutte n’est pas entre l’institution militaire et les citoyens, mais entre deux projets, celui de l’État nationaliste et celui de l’État profond qui a perdu plusieurs rounds mais qui ne désespère pas de se reconstruire”, a-t-il relevé.

Il a estimé que demander le départ du vice-ministre de la Défense et chef d’état-major de l’ANP, le général de corps d’armée Ahmed Gaid Salah vise à vider l’institution militaire de son commandement ”pour qu’elle devienne une proie facile”. ”La décision de mettre fin aux fonctions de Gaïd Salah appartient exclusivement à l’institution militaire et à la présidence. Aussi, demander son départ équivaut à demander le départ de tous les généraux et de toute l’institution militaire pour la punir et la faire tomber. On se focalise sur Gaïd Salah et l’institution militaire, parce que ce sont eux qui portent le projet de l’État nationaliste maintenant. Si l’étendard tombe des mains du chef d’état-major, l’État nationaliste tombera pour laisser place à l’État profond qui est dirigé d’outre-mer”, a expliqué Amar Sâadani.

“Ils veulent le pouvoir sans élections”

D’un côté, on appelle l’institution militaire à ne pas s’immiscer dans la gestion, d’un autre on lui demande de gouverner. Elle, elle dit à tout le monde “allez aux urnes et choisissez un président”.  Mais ils veulent le pouvoir sans élections. Ils veulent le prendre à travers la rue”, a-t-il dit. Aller à l’élection présidentielle du 12 décembre 2019 sera, selon lui, moins coûteux que de ne pas y aller. ”Il n’existe pas de profit total, mais il peut y avoir une perte totale. Il est plus sensé d’aller vers les urnes, même pour élire un tiers de président. On prendra ça comme une période qui ressemblera à une transition. Car la période de transition signifie que c’est l’armée qui gouverne et il est clair qu’entre cela et un président élu, on choisira la seconde option. Les adeptes d’une période de transition veulent que l’institution militaire assume toute la charge pour ensuite la critiquer et ne pas aller aux élections. C’est Gaïd Salah qui est visé”, a-t-il argué avant d’ajouter : ”C’est pour cela que j’appelle tous les patriotes et les militants des partis politiques et des organisations à aller aux élections pour remettre le pouvoir au peuple. C’est lui qui changera par la suite celui qu’il estime qu’il n’est pas à sa place. Les élections sont la solution dans cette conjoncture et l’armée veut se délester de cette charge afin de se consacrer au volet sécuritaire et aux missions qui font partie de ses prérogatives”. Interrogé sur la récente déclaration politique d’Ahmed Taleb Ibrahimi, d’Ahmed Benbitour et d’autres personnalités, Amar Sâadani a estimé qu’elle n’aboutira à aucun résultat.

“Car elle n’a rien apporté de nouveau. C’est un Sant’Egidio II (Contrat national de 1995 signé à Rome)″, a-t-il dit. Une vingtaine de personnalités ont appelé les autorités, ce mardi 15 octobre, à faire ”une nouvelle lecture″ de la situation politique du pays avant d’aller à l’élection présidentielle. L’ancien SG du FLN s’est interdit de commenter le jugement prononcé par le tribunal militaire de Blida, en septembre dernier,  à l’encontre de Saïd Bouteflika, Louisa Hanoune et les généraux à la retraite Mohamed Mediene et Athmane Tartag.

“Je m’interdis de parler de trois catégories de personnes : les malades, les prisonniers et les morts″, a-t-il répondu. A propos de l’affaire du député du FLN, Baha Eddine Tliba, qui aurait été arrêté mercredi 16 octobre, Amar Sâadani a usé d’un ton moqueur : ”C’est un ”éléphant” induit en erreur″. ”Il a été chassé depuis l’étranger par un braconnier qui l’a écorché, coupé ses défenses, mangé sa chair et broyé ses os″, a-t-il ironisé. Après la levée de l’immunité parlementaire, à la demande de la Justice, fin septembre 2019, Baha Eddine Tliba, homme d’affaires et ex-vice-président de l’APN, a quitté le pays sans répondre à la convocation du juge, après l’ouverture d’une enquête judiciaire.