MAROC
07/12/2018 18h:18 CET

Alors que l'ordre des médecins prépare ses élections, les syndicats des blouses blanches s'insurgent

"Au sein de l'ordre actuel, un groupe a constitué son lobby qui impose son hégémonie"

Science Photo Library via Getty Images

MÉDECINE - A deux semaines de l’échéance, bouillonnement chez les blouses blanches. Le 23 décembre, c’est la date fixée par le Conseil national de l’ordre des médecins (CNOM) pour la tenue de ses élections au cours desquelles devraient être élus ses nouveaux membres aux niveaux central et régional. Une élection qui risque de se tenir dans un climat de tension, à en juger la position prise par 11 syndicats et organisations professionnelles représentant les médecins du privé et du public. Ces derniers estiment que ces élections devraient être reportées et pour se faire entendre, ils ont décrété un sit-in dimanche 9 décembre à 11h devant le siège du CNOM à Rabat.

Annoncée hier au cours d’une conférence de presse tenue à Casablanca, cette démarche protestataire est présentée comme le premier pas d’un mouvement de colère. “Nous l’avons décidé après notre tentative malheureusement vaine d’entamer un dialogue avec le gouvernement depuis à peu près 3 mois”, déclare au HuffPost Maroc le secrétaire général du Syndicat national de la santé, affilié à la CDT, Mustapha Chennaoui. 

Face au mutisme, les syndicats n’avaient plus d’autres choix. “Les syndicats avaient présenté leurs doléances, souligné que dans l’état actuel du CNOM, ce dernier ne pouvait plus continuer. Alors, nous nous sommes mis d’accord, syndicats du secteur public, privé ainsi qu’universitaire, d’organiser ce sit-in parce que le report des élections du CNOM relève d’une urgence”, explique ce syndicaliste, également député à la Chambre des représentants de la Fédération de la gauche démocratique (FGD). 

Un report, pourquoi? 

Les syndicats veulent que le cadre légal organisant le CNOM, en l’occurrence, la loi° 08-12 relative à l’Ordre national des médecins, soit d’abord amendée. “Depuis son application en 2014, nous avons constaté des lacunes et des insuffisances au niveau du texte”, affirme Mustapha Chennaoui. Et ces insuffisances imposent, aux yeux de ces médecins, des changements qualifiés de “vitaux” pour la bonne marche de l’ordre. Ils revendiquent, en priorité, trois amendements, dont les deux premiers sont liés à l’électeur. 

Ce dernier doit s’acquitter de sa cotisation, être ”à jour”, pour pouvoir participer aux élections. Mustapha Chennaoui précise qu’“il ne suffit pas d’être inscrit sur la liste de l’ordre, il faut aussi être à jour par rapport au paiement de la cotisation annuelle”. D’une somme de 700 dirhams, cette cotisation n’est pas payée par la plus grande majorité des inscrits. “Actuellement, seuls 35% des médecins s’acquittent de leur cotisation. C’est aberrant! Le président de la CNOM et les membres de ce dernier n’ont pas assuré le recouvrement, alors qu’ils sont habilités légalement à le faire par un rappel à l’ordre, puis une mise en demeure et, en dernier recours, par prélèvement sur salaires des adhérents via les instances financières”, insiste Chennaoui.

Dans le texte actuel, l’électeur peut voter même s’il ne paie pas ses cotisations. “Nous avions élaboré ce texte d’une manière consensuelle mais pour une période transitoire parce qu’à l’époque le nombre de ceux qui payaient leur cotisation ne dépassait pas 10%”, souligne-t-il. 

Autre critère lié à l’électeur: le secteur dans lequel il exerce. “Avant ce texte de loi (08-12), chaque électeur votait pour les candidats appartenant à son secteur. La règle a été changée pour une ouverture de tous sur tous les secteurs. Mais cela s’est avéré une erreur”, assure le syndicaliste revendiquant, au nom des 11 syndicats, “un retour à l’ancienne règle”. Et pour cause, ”à l’issue des élections, nous avons constaté des déséquilibres. Cela se traduit par une prédominance du public par rapport au privé qui, en réalité, a plus besoin du CNOM”. 

Le troisième amendement qu’ils réclament concerne, pour sa part, la mise en place de la régionalisation avancée au sein de l’ordre. “Le conseil national détient la majorité des prérogatives au dépend des conseils régionaux de l’ordre des médecins (CROM). Pourtant, ce sont ses derniers qui font le plus gros du travail parce qu’ils sont à proximité des citoyens et des médecins”, fait-il remarquer. 

Pour ces syndicats, il faut redynamiser les CROM et pour cela il est nécessaire de les alléger du fardeau “central” par la décentralisation du pouvoir décisionnel et l’octroi d’un pourcentage du montant des cotisations dont ils assurent la collecte. “Actuellement, ces cotisations, dans leur totalité, sont versées sur le compte du CNOM qui décide, plus tard, du montant à allouer aux CROM. Nous demandons à ce qu’une partie des cotisations reste à ces derniers, après négociation du montant avec le CNOM”, précise Chennaoui. 

Le lobby qui fâche

Dans un communiqué publié à l’issue de leur conférence de presse, les 11 syndicats estiment que leur demande de report de cette élection au sein du CNOM a été dictée par le principe du respect de la démocratie. Pour eux, les attributions du CNOM et des CROM doivent absolument être soumises à une révision. Et celle-ci devra se baser sur le principe de l’équité et l’équilibre administratif et financier devant permettre un travail de chaîne complémentaire entre central et régional. “Une homogénéité au profit de l’amélioration de l’exercice de la médecine”, estiment-ils dans ce communiqué. Et de préciser qu’ils n’hésiteront pas ”à faire appel à l’arbitrage royal en raison de la sensibilité de la question”.

Pour le moment, c’est au chef du gouvernement que ces syndicats adressent leur appel d’intervenir, estimant que l’avenir de la santé au Maroc repose sur son développement sur de bonnes bases. “Au sein de l’ordre actuel, un groupe a constitué son lobby qui impose son hégémonie et n’oeuvre pas dans le sens des missions réelles du CNOM... On est bien loin de l’esprit de la déontologie et de l’éthique”, regrette Mustapha Chennaoui. 

Une situation que ces médecins disent ne plus tolérer. “Nous ne sommes plus dans l’exercice légal de la médecine, bafouée, malheureusement, par ce groupe. C’est pour cela que nous avons unanimement décidé d’observer ce sit-in”, tient à souligner ce responsable syndical de la CDT. Et de préciser que lui et son groupe, soit une trentaine de médecins inscrits sur les listes du CNOM et CROM se sont retirés des élections. “Nous avons tous retiré nos candidatures avant l’échéance prévue par le CNOM qui est au moins 35 jours avant. Nous l’avons fait le 17 novembre”, précise-t-il.

Ce syndicaliste pense que d’autres sont sur le point de suivre le pas.