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12/01/2015 05h:37 CET | Actualisé 14/03/2015 06h:12 CET

"Allô la France?... Ici Charlie"

SOCIÉTÉ - Charlie Hebdo est la seconde victime du crime politique en France à l'encontre d'un organe de presse depuis l'assassinat de Jean Jaurès en 1914. Directeur du journal L'Humanité, il fut assassiné pour son opposition à la première guerre mondiale et son combat pour la laïcité. Aujourd'hui, c'est une ligne éditoriale qui, par l'humour et la pertinence, privilégie la raison au dogme. Un siècle de résistance auquel s'oppose un héritage criminel qui fait de l'obscurantisme religieux et nationaliste deux revers d'une même médaille, celle de la barbarie.

SOCIÉTÉ - Charlie Hebdo est la seconde victime du crime politique en France à l'encontre d'un organe de presse depuis l'assassinat de Jean Jaurès en 1914. Directeur du journal L'Humanité, il fut assassiné pour son opposition à la première guerre mondiale et son combat pour la laïcité.

Aujourd'hui, c'est une ligne éditoriale qui, par l'humour et la pertinence, privilégie la raison au dogme. Un siècle de résistance auquel s'oppose un héritage criminel qui fait de l'obscurantisme religieux et nationaliste deux revers d'une même médaille, celle de la barbarie.

Ce crime abject de par sa caractéristique principale qu'est la lâcheté, qui consiste en l'assassinat sommaire de journalistes en réunion pour le motif de venger un symbole contre un dessin, interpelle la conscience collective de notre temps et arrête la marche de l'humanité pour imposer un recul de sagesse.

Ce traumatisme interroge les contradictions de la France, pays des droits de l'homme et de l'esprit colonial, d'une communauté musulmane apte à développer une culture et sécréter la violence, d'un monde musulman hétérogène capable de faire la synthèse des civilisations et exporter le terrorisme. L'échec du "développement" et des indépendances dans l'arc sud de la Méditerranée, en partie pour des considérations d'influences propres au 20ème siècle, ont installé ces trois acteurs en une interaction permanente.

Les racines du Mal

Contrairement à la majorité des pays européens, la France a fait le choix de l'intégration contrôlée de l'émigration qu'on a placée en périphérie du centre politique et économique de la république. Les réactions à cette fracture sociale, nées des manifestations contre la guerre d'Algérie ou la "marche des beurs" du début des années 80, se sont construites dans l'adversité et ont pris des formes d'expressions légitimes et pacifiques.

Par la suite, la désagrégation du "politique" et le déclin des idéologies alternatives à l'impérialisme ont propulsé la montée, sur deux fronts, du fascisme et du crime. Celui-ci est passé du monopole des mafias corses aux "caïds" des banlieues qui prêtent désormais allégeance, par l'action ou l'aval silencieux, au raisonnement takfiriste primaire.

Cette criminalité intérieure trouve écho dans la susceptibilité identitaire d'une génération victime de racisme et d'exclusion, abandonnée par le "politique" et ses outils de résistance rationnels. Emanant du wahabisme qui a servi à l'affaiblissement de l'empire ottoman et soviétique, le crime à connotation islamiste reste lié à l'Arabie Saoudite dont l'Etat national, en perte de ligne de conduite par le bouleversement des relations internationales, est basé sur le pacte entre Wahabites et Al Saoud qui ont pour second cercle stratégique l'exportation du terrorisme après le pétrole.

Cette réalité occultée pour des considérations énergétiques et des complicités forcées, malgré la prescription, avec la monarchie saoudienne, fait que le mal n'est jamais traité à sa racine mais par des diversions comme l'occupation de l'Irak.

Que faire?

Charlie Hebdo est le résultat d'un processus qui impose un choix binaire et radical entre le cercle vicieux de la division, du retranchement, de la peur et de la violence, ou d'une évolution vertueuse qui créera l'"union sacré" comme l'avait déclenché l'assassinat de Jaurès.

D'une part, si le 11 septembre avait créé les frontières entre les communautés apparentées musulmanes et les autres, aujourd'hui ce processus risque de s'aggraver. L'impact de Charlie Hebdo peut s'exprimer par plus de méfiance, de stigmatisation et d'islamophobie, par un choix politique en faveur de l'extrême droite et les conséquences juridiques qui peuvent en découler quant à la législation du séjour et de la nationalité, au droit pénal et des libertés fondamentales, aux droit fiscal et affectations budgétaires pénalisantes pour les services publics sociaux, aux relations diplomatiques, au commerce d'armes et son utilisation, à la peine de mort.

D'autres part, l'"affaire" Charlie Hebdo peut devenir l'événement de rupture qui provoque la communion autour des valeurs humanistes, la confiance, la refondation de la conception centre/périphérie, qui tranche avec les enjeux d'intégration, d'assimilation et de citoyenneté, qui privilégie les politiques de développements et de voisinage harmonieux, qui traite le mal à la racine.

A qui profite le crime? Certainement aux démocrates qui sont dans l'obligation morale et civilisationnelle de s'unir, de s'organiser, d'exister, de résister, de condamner, de proposer, de mobiliser, de penser, de créer, de témoigner, d'éduquer, de s'épanouir, de vivre, pour construire la dynamique vertueuse qui bannira le cercle vicieux qui, au moment de son dernier fait d'arme et de son déclin, a tenté d'assassiner Charlie Hebdo le 8 janvier 2015 à 11h25 minutes du matin.

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