ALGÉRIE
02/11/2018 12h:45 CET | Actualisé 04/11/2018 10h:48 CET

Alice Schwarzer, la Simone de Beauvoir allemande au SILA

Et si cette féministe allemande avait une "vie secrète"...en Algérie!

HuffPost Algérie

Le public germanophone du Salon international du livre d’Alger (SILA) a eu droit ce 1 novembre à une invitée de marque. Alice Schwarzer, la journaliste la plus célèbre de la presse allemande a été l’invitée de marque de l’ambassade d’Allemagne à ce SILA. Ce nom ne vous dit toujours rien ?

Alice Schwarzer est pourtant la Simone de Beauvoir allemande. Féministe convaincue, son combat pour la liberté des femmes date des années 60. Mais ce n’est pas pour cela qu’elle était au SILA ce jeudi. “Alice Schwarzer a une vie secrète”, explique le responsable du Goethe-institut à Alger. “Entre deux avions ou deux conférence, Alice prend sa petite valise et part se reposer à ...Alger”, déclare-t-il à une assistance étonnée d’apprendre que leur pays pouvait être le havre de paix d’une personnalité de renom.

En fait la relation de la fondatrice du magazine féministe Emma, avec l’Algérie remonte aux années qui ont précédé l’indépendance et s’est poursuivie après. Etudiante en France, elle a eu à connaitre des Algériens qui luttaient pour leur indépendance contre une des plus grandes puissances coloniales de l’époque et après elle a côtoyé des européens qui “souffraient de leurs départ de leur paradis perdu”.

Mme Schwarzer dit avoir réussi à comprendre les motivations des uns et les souffrances des autres mais sa relation avec l’Algérie ne devient dense que durant la décennie noire lorsqu’elle a rencontré Djamila Seddiki, une journaliste de l’Agence de Presse Algérienne. 

Djamila qui s’est réfugiée alors à Cologne en Allemagne, vivait mal son exil forcé. Elle est restée cinq années en Allemagne avant de rentrer définitivement en Algérie.

Depuis son amie, Alice lui rend périodiquement visite et devint membre, à part entière, de sa famille. Et c’est pour rendre hommage à sa famille d’adoption qui l’a accueillie à bras ouverts, Alice Schwarzer a écrit son dernier livre : “Ma famille Algérienne”. 

Ecrit comme un grand reportage, ce livre dévoile une autre image de l’Algérie : Celle que voit la journaliste allemande au fil de ses visites dans le pays.

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Alice Schwarzer venue au salon du livre d’Alger parler de “sa famille algérienne” a été ramené, presque malgré elle, à parler de l’objet de combat de sa vie entière : le féminisme.

Le public, curieux de comprendre son point de vue, a échangé avec l’auteure sur ses positions par rapport au voile et au sens qu’elle donne à la liberté de la femme.

Lancée sur son sujet de prédilection, Mme Schwarzer a expliqué, sans fards, que le combat pour l’égalité n’était pas encore gagné même en Europe. Elle a exhorté l’assistance à se parer d’un peu de courage pour en finir avec le patriarcat. “Toutes les causes ont besoin du courage de leurs protagonistes. Le combat pour la liberté des femmes avancera quand hommes et femmes parviendriez à parler de vos convictions intimes”.

Quand au foulard, Alice Schwarzer prendra tout son temps pour développer son point de vue sur la question en répondant à une algérienne en djilbab qui lui a confié qu’elle a souffert de ségrégation à cause de son foulard quand elle vivait en Allemagne. D’emblée, la journaliste allemande se dit franchement contre le foulard dans les écoles et les institutions de son pays. “Mais porter le foulard dans la rue c’est votre liberté la plus absolue; Je ne vous juge pas car vous portez ce foulard mais je vous prie de réfléchir sur le sens que vous lui donner aujourd’hui”, ajoute la féministe allemande avant de s’adresser à toute l’assistante: “Je fais partie de ceux qui prônent la liberté de la femme autant j’ai lutté toute ma vie contre ceux qui considéraient la femme comme objet de tous les fantasmes autant je dis que la couvrir totalement pour ne pas tenter les hommes n’est pas non plus la solution”, dit-elle et de conclure “nous sommes au 21 siècle et les femmes doivent être considérées pour ce qu’elles sont et leurs manière de réfléchir et non pour la tenue qu’elle porte quelque soit cette tenue”.