ALGÉRIE
16/03/2018 15h:27 CET | Actualisé 17/03/2018 11h:19 CET

"Algérie vue d’en bas" le projet photographique "شعبي " de Ahmed Ait Issad

Ahmed Ait Issad, jeune photographe, parcourt l'Algérie et réalise des photos avec son smartphone.

Ahmed Ait Issad
Photo de la collection "Algérie vue d'en bas" du photographe Ahmed Ait Issad

Immerger dans les villes algériennes sans attentes précises, les laisser surprendre, observer leurs mouvements quotidiens à travers leurs habitants, sont la manière dont Ahmed, jeune photographe, tente de rendre hommage à l’Algérie avec des images vraies et authentiques qu’il a baptisé,lui et son amie  “Algérie vue d’en bas”.

“Il s’agit d’une contre lecture d’Algérie vue d’en haut de Yann Artus Bertrand. Lui il montre le côté esthétique du pays et moi j’ai opté pour des images plus intimes. L’exercice que je me suis imposé pour réaliser mon projet et de descendre à la rue et documenter la vie de tous les jours. Au fil du temps j’ai compris que cet angle offre une matière inépuisable pour un photographe” dit Ahmed.

 

 

Lorsque le documentaire de Yann Artus Bertrand a été diffusé en Algérie en 2015, Ahmed avait déjà une collection d’images prises principalement dans la capitale qu’il publiait sur ses réseaux sociaux. Ahmed raconte qu’à l’époque il faisait découvrir la ville à une amie venue de l’étranger. Au cours de leurs balades une série d’images s’est donc constituée. Un jour celle-ci attire son attention sur la diversité des images qu’ils ont prise ensemble et lui suggère de changer l’appellation de ses pages sur les réseaux sociaux avec “Algérie vue d’en bas”.

 

 

À partir de là Ahmed décide de professionnaliser son projet. Son outil est son smartphone et ses supports de diffusion sont les réseaux sociaux. Mais pour être pertinent, Ahmed sait qu’il doit thématiser sa collection.

 

Ahmed Ait Issad

 

 

"Il y a mille et une façons d’aborder un projet photographique de nos jours, surtout dans un pays qui offre autant de matière. Pour moi l’idée était de prendre des photos des choses qui m’interpellent, je dis souvent que je photographie des moments car je ne sors pas systématiquement mon smartphone, je regarde, j’admire ensuite j’immortalise le moment", précise l’artiste.

 

Aujourd’hui Ahmed a fait un choix, celui de consacrer plus de temps à son projet. Il confie qu’il vient de prendre la décision de passer en freelance pour avoir le temps de voyager à travers le pays et d’enrichir davantage sa collection photographique.

“Je travaille depuis plusieurs années dans le marketing digital, d’ailleurs j’ai découvert la photographie grâce à ce métier. Il y a quelques semaines, j’ai décidé de devenir consultant pour avoir le temps de mieux façonner mon projet. Algérie vu d’en bas commence à se faire connaître auprès du public et je me dois d’aller à la rencontre de ces Algériens sur les 48 wilayas ”, indique Ahmed.

De 2015 à ce jour, “Algérie vue d’en bas” s’est enrichie d’images saisies d’une ville à une autre. Si le projet est né à Alger, au fil de ces trois dernières années, Ahmed a parcouru plusieurs villes et villages avec un seul but rapporté des clichés qui démontre la diversité d’un pays en mal de visibilité.

 

Ahmed Ait Issad

 

 

 

D’Oran à Mostaganem en passant par Tlemcen et Boussada et bien d’autres villes, Ahmed a, avant tout, répondu à la demande d’un public admiratif de son travail.

Il confie que les internautes l’invitent souvent à visiter leur ville, et c’est grâce à cet engouement qu’”Algérie vu d’en bas” est passé pour Ahmed d’une passion à un projet à part entière.

Il y a quelques semaines les photographies d’Ahmed ont été exposées pour la première fois à l’occasion des “journées photographiques de la ville d’Oran”. Il a également animé un atelier sur les photos réalisées à partir du smartphone.

 

Ahmed Ait Issad

 

Ahmed retient de cette première exposition l’intérêt du public oranais mais également sa rencontre avec Reza Deghati, un photojournaliste français d’origine iranienne. Il a réalisé en 2012 avec l’auteur Yasmina Khadra un livre intitulé “Algérie”.

La rencontre avec Reza Deghati est le temps fort de cette exposition. Au cours de cette rencontre je lui confie que je ne savais pas si je pouvais me présenter en tant que photographe puisque la photo s’est révélée en moi par hasard et surtout que j’utilise un smartphone pour photographier. Il me questionne avec humour si lorsque je lis un livre qui me captive et me bouleverse je me demande avec quel stylo l’auteur a écrit le livre. Pour lui tant que je réalise des images avec passion et qui m’inspirent je suis forcément photographe”, souligne Ahmed.

D’Oran “Algérie vue d’en bas” ira à la fin du mois à la rencontre du public parisien qui découvrira une vingtaine de photos d’une Algérie en effervescence.

Photographe avec un regard d’auteur

Ahmed confie d’emblée qu’il n’adhère pas à l’idée qu’une image parle d’elle-même. Il estime que chaque photographie doit être accompagnée d’une légende, qui renseigne sur le pourquoi de cette photo. «Une image c’est un parcours, au départ l’objet nous interpelle, nous questionne, et pour lui donner un sens on le photographie. Et l’histoire liée à chaque prise insuffle de la vie à l’image» précise-t-il.

 

Ahmed Ait Issad

 

Il se souvient particulièrement de l’histoire d’un jeune garçon nomade rencontré sur la route de Tigzirt. Ahmed raconte que ce qui l’a interpellé au départ est un vaste champ où des brebis broutaient. En allant photographier ce paysage rustique la petite silhouette d’un garçon s’ajoute au décor. Ahmed se rapproche et lui demande naïvement pourquoi il n’est pas à l’école, les yeux remplis de larmes il lui répond “nous on est comme ça”.

“L’histoire de ce petit garçon d’à peine 10 ans m’a beaucoup émue. Sa famille pratique l’élevage pastoral, et se déplace avec ses troupeaux de bétail à la recherche de pâturages. Il aimerait, comme les enfants de son âge, aller à l’école mais le mode de vie de sa famille ne le lui permet pas” ajoute Ahmed.

Le contact facile, Ahmed n’hésite pas à aller vers les gens, il ne les importune pas mais les amène à se confier. Il se souvient également d’une rencontre particulière avec un fleuriste à Bouzereah. Ce dernier lui raconte comment ce métier qui, autrefois, était celui de son père l’a aidé à se reconstruire après sa sortie de prison à l’âge de 50 ans.

 

Ahmed Ait Issad

 

"En racontant ces histoires et bien d’autres je donne une dimension engagée à mon projet. L’histoire du petit garçon nomade révèle que certains sont privés du droit à l’éducation. D’une autre par l’histoire du fleuriste nous dit simplement qu’il n’est jamais trop tard pour donner du sens à sa vie" dit Ahmed.

Le clap de fin d’"Algérie vue d’en bas" ne raisonnera pas d’aussitôt, Ahmed est déterminé à parcourir les quatre coins du pays, il confie que sa passion pour la photographie est intimement liée à l’admiration qu’il porte pour son pays et ses habitants.