ALGÉRIE
18/04/2018 12h:59 CET | Actualisé 18/04/2018 13h:31 CET

Algérie-UE: levée de boucliers contre les déclarations de la Commissaire européenne du commerce

Les critiques récentes de l'UE ne sont pas du goût de la partie algérienne pourtant signataire de cet accord d'association en 2005 réaménagé en 2012.

alexis84 via Getty Images

Véritable levée de boucliers des principaux acteurs de la scène économique nationale contre les déclarations de la commissaire européenne du commerce. Vingt-quatre heures après la déclaration commune de l’UGTA et FCE exprimant leurs préoccupations quant aux déclarations des responsables européens, c’est au tour du vice-président du Conseil National Economique et Social (CNES) de dire son étonnement face à l’incompréhension des partenaires européens.

Sur les ondes de la chaîne III de la radio nationale où il était l’invité de la matinée, M. Mustapha Mekideche s’est dit “intrigué” par les réactions de mécontentements exprimées par l’Union Européenne, après la décision de l’Algérie de limiter ses importations de la zone euro en particulier.

M. Mustapha Mékidèche déclare ne pas comprendre que l’UE s’aventure à mettre les “pieds dans le plat”, en s’adonnant à des critiques contre les décisions prises par les autorités algériennes “sur la base du principe de précaution et de sauvegarde”.

M. Mékidèche souligne, à cet égard, l’absence d’une attitude “plus compréhensive” de la part des partenaires économiques européens, à un moment, rappelle-t-il, où l’Algérie est confrontée à une baisse drastique de ses recettes en devises.

“Bonne volonté”

Appelant à analyser la situation d’un point de vue “structurel”, celui-ci considère que l’asymétrie entre les deux rives de la Méditerranée sur le plan économique diminue. Or, relève-t-il, “depuis la signature de l’accord d’association avec l’UE, en 2005, celle-ci n’a pas été réduite”.

Il estime que pour réduire cette asymétrie, il ne faudrait pas que les relations entre les deux rives soient réduites aux seules considérations commerciales. Cependant, selon lui,  “d’après les réactions que nous entendons, ce principe ne semble pas avoir été suffisamment pris en compte.”

L’intervenant trouve curieux, par ailleurs, que c’est justement au moment où l’Algérie met en place des politiques de diversifications et de promotions du secteur privé qu’on lui fait “un faux procès” en l’accusant de limiter ses importations.   

Il citera aussi la bonne volonté de l’Algérie exprimée à travers “les restrictions sur certains intrants nécessaires à l’économie algérienne” et la conclusion de contrats “importants” avec l’Italie dans le domaine des hydrocarbures et ceux avec les entreprises européennes dans le secteur de l’automobile.

Ce courroux algérien intervient dix jours après les déclarations “préoccupantes” de la Commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström, devant les Commissions des Affaires économiques et des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française.

Elle avait, alors, estimé que l’Algérie ne respectait pas ses accords commerciaux avec l’Union européenne, ce qui, in fine, revenait à favoriser les intérêts de la Chine.

“L’Algérie, beaucoup des choses qu’ils font, ne sont pas en conformité avec nos accords de libre-échange” a affirmé Mme Malmström. “Il faut qu’on trouve des solutions, sinon il faudra évoquer, dans l’accord, les clauses de règlement de différend” a-t-elle averti.

“Nous sommes dans un échange de lettres et discussions avec les autorités algériennes à ce sujet”, a-t-elle ajouté, en assurant que l’UE menait un “dialogue” avec le pays.

Cette mise en garde et critiques directes ne sont, pas du goût de la partie algérienne, pourtant signataire de cet accord en 2005 réaménagé en 2012.

Un manque à gagner très problématique

L’Algérie, faut-il le rappeler, avait demandé un report de trois ans, du calendrier du démantèlement tarifaire, prévu par l’Accord d’association avec l’Union européenne. Celui-ci a donc été reporté à 2020. 

Le nouvel accord obtenu en août 2012 stipule un “réaménagement de certains contingents préférentiels de l’UE pour les produits agricoles, et produits agricoles transformés”. Cela concerne 36 contingents agricoles à l’importation en Algérie qui bénéficient de franchise de douanes, qui seront désormais supprimés ou réaménagés. 

A l’origine, l’Accord d’association entré en vigueur en septembre 2005 prévoyait un démantèlement graduel de deux listes de produits européens, à l’importation en Algérie, dont l’une sera complètement démantelée en 2012 et l’autre en 2017, année de l’entrée en vigueur de la zone de libre-échange.

En obtenant un décalage de la date butoir, l’Algérie devrait éviter un manque à gagner pour le Trésor de 8,5 milliards de dollars. Un chiffre calculé à partir d’estimations officielles, basées sur une simulation avec une facture constante des importations en provenance de l’UE, sur la période allant de 2010, date du gel par l’Algérie du processus de démantèlement, à 2017.

Les observateurs de la scène économique algérienne avait tiré la sonnette d’alarme en 2012 mettant en garde sur les conséquences dans un avenir pas si lointain.

Le report est une bonne chose, avaient-ils estimé, mais restaient sceptiques sur l’usage qui sera fait de ce “sursis de trois ans”. “Trois ans, c’est long et très peu. Cela dépend de ce qu’on en fait. Logiquement, ce sursis doit être mis à profit pour préparer le marché, stimuler une production algérienne concurrentielle et organiser le marché de sorte à ne pas être submergé par les produits européens”, avait-on dit.

Pouvait-on faire en trois ans, ce qui n’a pas été fait en plus d’une décennie? La réponse est claire aujourd’hui. 


Les intentions ne suffisent pas. Le plan quinquennal 2010-2014 prévoyait 5 milliards de dollars pour la construction de PME viables. Six ans plus tard, le désert industriel est évident. Rien n’a été fait ou presque.

L’Algérie pourra, dans ces conditions, très difficilement “redemander un autre sursis.”   

Loading...