ALGÉRIE
28/09/2014 05h:31 CET | Actualisé 28/09/2014 05h:52 CET

Des véhicules de Tunisiens présumés "hallabas" interdits d'entrée en Algérie

Nacer Talel pour Huffington Post Maghreb

Les douanes algériennes appliquent depuis jeudi une instruction du Wali d'El Tarf interdisant l’entrée au territoire algérien par les postes-frontière d'Oum Tebboul et Laayoune, à près de 250 véhicules, immatriculés en Tunisie en raison de leur activité présumée de contrebande de carburant, rapporte le journal Echourouk.

La décision d'interdire l'entrée à ces véhicules se base, indique le journal, sur des données précises sur les mouvements d'entrées et de sorties de ces véhicules qui viennent s'approvisionner en carburant en Algérie.

Les gérants des stations d'essence dans la Wilaya d'El Tarf sont dans l’obligation de tenir un registre dans lequel ils doivent consigner le matricule et la quantité de carburant que prend chaque client. Une mesure à la légalité discutée mais qui aurait servi de base pour identifier les "hallabas".

La Wilaya d'El Tarf envisageait d'ailleurs récemment de renforcer les sanctions contre les gérants de stations d'essence qui rechignent à tenir le registre. La peine prévue actuellement qui est de 1 à 3 mois de fermeture de la station passerait à de 6 à12 mois.

La Wilaya d'El Tarf, comme toutes les régions frontalières, est particulièrement touchée par le phénomène, les habitants en subissent les effets par la pénurie en raison de son "siphonnage" par les hallabas.

Selon des chiffres rapportés par El Watan, la moitié des 350.000 litres de la dotation journalière de la Wilaya en carburant passe frauduleusement en Tunisie par "les pistes de la zone montagneuse du sud de la wilaya ou par les innombrables allers-retours des véhicules tunisiens qui passent légalement par les postes frontaliers comme le font également les gros tracteurs qui peuvent emporter entre 1200 et 1600 litres jusqu’à Tunis en n’en consommant que 200 litres".

Une étude de la Banque Mondiale sur "l'estimation du commerce informel à travers les frontières terrestres de la Tunisie" rendue publique en février dernier a mis en exergue l'importance du trafic de carburant avec l'Algérie.

3000 camions tunisiens impliqués dans le commerce informel avec l'Algérie

Selon cette étude, il est possible d'estimer que 25% du carburant consommé en Tunisie provient d'importations informelles à partir de l'Algérie. Le grand écart des prix à la pompe entre les deux pays explique l'attractivité de cette activité qui permet de dégager des marges substantielles.

L'étude qui estime à 3000 le nombre de camions impliqués dans le commerce informel avec l'Algérie fait une projection des quantités transférées vers la Tunisie.

"Si nous formulons une hypothèse que 60 % des 3000 camions impliqués dans le commerce informel entre l’Algérie et la Tunisie portent sur le carburant et que chacun fait seulement un voyage chaque jour avec une charge moyenne de 1.6 m3 au cours d'une année de 320 jours, nous pouvons déduire que la quantité de carburant importé d'une façon informelle en Tunisie à partir de l’Algérie, est de l’ordre de 921,600m3 par an. Avec des valeurs marchandes se situant autour de 882m DT (à 95 $ par baril)", avance l’étude de la BM.

Les autorités algériennes qui refusent pour des raisons des "paix sociale" d'agir sur le levier des prix pour rendre l'activité de contrebande non-rentable ont mis en place depuis une année des dispositifs sécuritaires et administratifs pour tenter d'endiguer le trafic qualifié, en juillet 2013, de "gangrène" pour l'économie par le ministre algérien de l'énergie, Youcef Yousfi.

Une "gangrène" pour l'économie algérienne

Le ministre de l’énergie a justifié les mesures drastiques prises au niveau des wilayas frontalières en donnant des chiffres alarmants sur l'ampleur des trafics.

"Je vais vous annoncer des chiffres alarmants : 1,5 milliard de litres sortent illégalement de nos frontières chaque année vers des pays voisins. C’est-à-dire 100 milliards de dinars (environ un milliard d’euros) que perd l’Algérie annuellement. La contrebande de carburant est une gangrène pour l’économie nationale. Ça suffit", a-t-il indiqué en relevant que "600.000 véhicules roulent hors des frontières du pays avec du carburant algérien".

Les économistes, partisans de faire jouer le levier des prix, sont sceptiques sur l'efficacité à long terme des contrôles qui seraient encore plus sévère à la frontière ouest avec le Maroc, ce qui suscite la grogne des commerçants.

Des chiffres rapportés par l'agence APS, indiquent que les saisies de carburants au cours des sept premiers mois de 2014 dans l'ouest du pays ont atteint les 500.000 litres contre 320.000 litres pour la même période de l’année écoulée.

Selon des responsables des services de sécurité, le dispositif "draconien" mis en place contraint les hallabas à "utiliser des baudets pour acheminer le carburant vers le Maroc afin de réduire les risques des saisies". "Les tranchées et les obstacles érigés le long de la bande frontalière Ouest ont permis de réduire ce genre de trafic..."

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